• TROVADOTRESTROVADOTRES, Mundo Perdido, Homerecords 

    Amoureux de la guitare, réjouissez-vous ! Car voilà un disque fort réjouissant, porté par le guitariste belge Louis Henry, fou de flamenco, qui a composé et écrit les titres de cet album – chantés en espagnol bien entendus. Trovadotres, c’est au départ trois amis musiciens de Belgique qui se retrouvent pour jouer ensemble : Martin Chemin (Percussions) et Marc Renders (Basse). Mais sur cet album, ils invitent d’autres amis, et c’est au total une douzaine d’artistes qui apportent leur touche à leur musique, y compris un quatuor à cordes…

     

    « Le titre de l’album Mundo Perdido – le monde perdu – évoque (…) un regard sur notre monde actuel. Un monde que nous essayons de faire fleurir à travers l’art, les rencontres, les échanges culturels, ou à travers la volonté de nous éveiller et de nous positionner face aux incohérences du systèmes mondial actuel.
    Le concept Mundo Perdido se rapporte à une nostalgie de nos traditions, des connaissances ancestrales et des folklores qui se perdent petit à petit dans la mondialisation. C’est une réflexion sur les évolutions du monde moderne, un monde où nous sommes tiraillés entre notre nature et les artifices de la technologie, de la surconsommation et de l’individualisme qui nous perdent dans leurs extrêmes.
    Mundo Perdido c’est un désir de retour aux racines, un esprit optimiste pour un monde meilleur, à redécouvrir et à partager ».
    Bon, ça ce sont les sous-titres: le plus important est la musique, tonique, optimiste, joyeuse… et enracinée dans des siècles de flamenco !!! Tania Terron au chant, Sergio Haller à la flûte, pour ne citer qu’eux, apportent avec eux toute leur flamme et toute leur passion pour un genre musical qui, comme d’autres traditions musicales du monde, refuse de mourir, malgré la technologie, la musique par des machines, et le progrès…

    www.homerecords.be 

  • BUMBACQUINTET BUMBAC, Libre voyage dans les musiques des Balkans, Prod. Collectif Çok Malko

    David Brossier est un violoniste, formé au Conservatoire de Gap, et tombé amoureux des musiques des Balkans à l’âge de 15 ans. Il décide alors de partir sur place écouter la musique qu’il aime, et jouer avec les musiciens locaux, et prend la route pour séjourner en Roumanie, au coeur de la région. Là-bas, il a le bonheur de jouer avec des violonistes comme lui, auprès de qui il apprend, par la pratique, plus que la technique : le coeur et l’âme et de ces musiques…

    Pour ce « Libre voyage dans les musiques des Balkans », il a réuni un quatuor à cordes « classique » : violon (Ariane Cohen-Adad), alto (Aline Haelberg), violoncelle (Léonore Grollemund) et contrebasse (Anita Pardo). Que des femmes ! Pourquoi ? Peut-être en réaction à son séjour en Roumanie ? Car là-bas, TOUS les violonistes et musiciens sont des hommes ! Les femmes ne peuvent que chanter…

    Il joue ici du violon d’amour, sur un instrument spécialement fabriqué pour lui par un luthier de Marseille, André Sakellarides (probablement d’une famille venue de la même région?). Roumanie, Bulgarie, Turquie, Moldavie, Grèce : tous les rythmes et toutes les ambiances sont présentes sur ce disque, des danses endiablées des Carpathes aux sirakis grecs et jusqu’aux langueurs des mélodies orientales d’Istanbul…

    Une merveilleuse découverte… et le début d’une belle collaboration entre nos 5 musiciens – il faudrait dire musiciennes car elles sont à 4 contre 1!  – à cordes ?…

    Le site du collectif Çok Malko : http://www.cokmalko.com/quintet-bumbac/ 

  • ZÉ BIOADÉ

    ZÉ BOIADÉ, Zé qué casa, Prod. La Roda

    Marseille porte décidément dans son ADN le gène « ouverture sur le monde », et la preuve en est encore donnée avec ce groupe, Zé Boiadé, qui réunit des musiciens autour du choro, musique populaire brésilienne qui est une musique populaire tout en étant d’excellente qualité musicale, et qui réunit d’ailleurs, dans les mêmes formations, aussi bien des musiciens formés dans les conservatoires que des musiciens populaires : car au Brésil on ne fait pas, comme en France, de hiérarchies et de distinctions entre musiciens passés par une école et les autres, autodidactes…

    Nous avons ici : Claire Luzi à la mandoline et au chant, Cristiano Nascimento et Wim Welker à la guitare, à la viola nordestine et au cavaquinho, et Olivier Boyer aux percussions. Le groupe nous propose ses compositions, chantées en français ou en brésilien par Claire Luzi, ou bien instrumentales, où nos compères dialoguent joyeusement avec leurs cordes !

    https://www.youtube.com/watch?v=CkY2ngWg0jQ

    Le groupe est produit par une association, La Roda, qui soutient plusieurs formations de musique brésilienne, et vise surtout à faire connaître le choro au public dans la région. Roda veut dire « Ronde » en brésilien, et une « roda de choro » est une réunion informelle de musiciens, professionnels et amateurs mêlés, dans un lieu où le public peut participer – café, plein air, maison privée… C’est l’occasion pour certains musiciens de transmettre leur art, et pour d’autres, de l’apprendre… Ce sont donc de vraies «écoles informelles de musique » au Brésil, et comme il en fut probablement dans le monde entier, avant le XX° siècle, quand la plupart des gens ne savaient pas lire… l’alphabet et encore moins une partition !

    Pourquoi la Roda est-elle publique ? C’est que précisément ça n’est ni une école, ni une répétition ! Car l’esprit est plus proche d’une « jam session » ou d’un « boeuf » : une impro entre musiciens avec et pour un public – car on peut danser bien sûr, et si l’on danse ça fait plaisir aux musiciens : c’est que leur musique est bonne ! Comme nos amis l’expliquent : « on n’assiste pas à une Roda, on y vient ! Le public fait la Roda autant que les musiciens ».

    A Marseille, La Roda organise des soirées Roda de Choro à l’Equitable Café, sur le Cours Julien. On ira les écouter… et participer !

    A noter pour les amoureux du choro – dont je suis : deux anthologies du choro parues chez Frémeaux, l’une (1906-1947) et l’autre (1978-1999), tous deux sous la direction de Philippe Lesage.

    www.laroda.fr 

  • TARIK

    TARIK BENOUARKA, La légende de Néré, 21-22 Production

    Tarik Benouarka est un compositeur algérien, formé à la musique classique au Conservatoire d’Evry, et compositeur d’opéras où se mêlent orchestres symphoniques, choeurs classiques, langue arabe classique, instruments orientaux tels le ‘oud ou la flûte nay… sans oublier la figure traditionnelle du conteur arabe – le « hakawati », appelé aussi « récitant » si l’on aime les termes savants…

    Parmi ses oeuvres, on compte notamment le l’opéra « El Nafas » (Le souffle, l’esprit) ; l’opéra-ballet « Les Jours et les Nuits de l’Arbre Coeur » ; les opéras « Djamila » et « Qais wa Leila » ; l’opéra pour enfants « Sindbad, le fils du vent » ; oeuvres dont certaines ont déjà été accueillies par de grandes scènes arabes, telles l’Opéra du Caire ou le Théâtre National d’Alger. Sans compter de nombreuses musiques de films et documentaires…

    Son dernier opus, « La légende de Néré », vient de sortir : un « oratorio pour orgue », dont l’artiste a signé à la fois la musique et le livret. L’histoire tourne autour du personnage de Néré, « un être à la voix si belle, qu’à son écoute, la lumière naissait »…

     

    L’oeuvre, qui met l’orgue et les choeurs au coeur de la composition, rappelle les musiques liturgiques d’Occident, dans lesquelles pareillement l’orgue et les choeurs sont prépondérants. Et pourquoi s’étonner qu’un musicien de culture musulmane soit épris de ces musiques d’inspiration religieuse chrétienne, magnifiées par Jean-Sébastien Bach, lorsque tant de musiciens occidentaux sont passionnés de musiques soufies ou gnawas, intimement liées à la religion musulmane ?…

    Et à l’écoute des vocalises sophistiquées de la soprano syrienne Racha Rizk – longues modulations sur une seule voyelle, telles que les adore la musique arabe – l’on se surprend à penser que dans la tradition arabe aussi, tout comme dans l’opéra occidental, c’est la VOIX qui est l’instrument principal. En outre Mozart, Rossini et consorts, firent aussi faire à leurs sopranos de savantes vocalises sur une seule syllabe… mais elles étaient écrites sur la partition, quand dans le monde arabe, comme le faisait Oum Kalthoum, elles durent aussi longtemps, mais sont improvisées…

    Racha Rizk, remarquable, donne ici la réplique au ténor marocain Yanis Benabdallah, déjà lauréat de nombreux prix ; l’organiste est le Marseillais Christophe Guida, titulaire du grand orgue de la basilique du Sacré-Coeur dans cette ville ; et les choeurs sont interprétés par l’Ensemble Sequentiae, sous la direction de Mathieu Bonnin.

    Une oeuvre musicale accomplie, qui témoigne d’une grande maîtrise des langages musicaux d’Occident et d’Orient. Et surtout : un spectacle – car l’opéra est un spectacle avant d’être un disque – destiné à tourner, comme les précédents, dans tout le monde arabe, comme par exemple au Festival des Musiques Sacrées de Fez ?

    www.tarikbenouarka.comwww.21-22.fr 

  • REFUGEESVoilà un disque formidable, né en outre d’une excellente idée ! En Belgique affluent, comme dans d’autres pays d’Europe, de nombreux réfugiés qui fuient un pays en guerre, une dictature ou un gouvernement qui les maltraite. Or parmi eux se trouvent, aussi, d’excellents musiciens…

    L’association Muziekpublique, qui tient à la fois une école de musiques du monde et une salle de spectacles, au centre de Bruxelles, a réuni ici une vingtaine d’entre eux, venus de Syrie, d’Irak, d’Afghanistan ou du Tibet, diplômés des meilleures écoles de musique de leur pays ou bien autodidactes comme nombre de musiciens populaires de ces pays.

    Le disque s’ouvre sur un chant magnifique de la Tibétaine Dolma Renqingi, accompagnée par Kelsang Hula qui joue du violon local « dramyen ». C’est un hommage à la beauté du mont Everest, près duquel sont nés les deux artistes, et l’on sait que les Tibétains vouent un véritable culte à la Beauté du Monde, improvisant de véritables lieux de culte, qui deviennent parfois temples, pas sur les tombes de saints, mais simplement devant des « panoramas » extraordinaires, indiqués sur les cartes comme chez nous les monuments remarquables…

    Le reste du disque se déroule avec des artistes tout aussi excellents (et des félicitations pour l’excellente qualité de la prise de son, et la qualité technique du disque en général)

    : l’Irakien Fakher Madallal nous lance ses « Aman ! Aman ! » avec, dans la voix, comme la douleur d’un SOS… Son compatriote Ali Shaker Hassan Al-Bayati – car l’Irak, comme toute civilisation riche, fut riche en musiciens de haut vol – nous offre ses raffinements au qanoun, la cithare arabe. L’Afghan Aman Yusufi nous chante Nowrouz, fête du Printemps qui est le nouvel an afghan et persan, fêté le 21 mars, et aujourd’hui interdite par les Talibans qui tiennent le pays… La chanson décrit comment les filles sont belles ce jour-là, mais il est vrai que voilées de pied en cap cette chanson n’aurait plus aucun sens !…

    Avec une chanson traditionnelle pakistanaise chantée par Asad Qizilbash, où une fillette demande à son père de lui rapporter une poupée de la ville, c’est tout le drame de l’exode rural dans ce pays qui est évoqué, et de l’absence des pères pendant des mois, voire des années, loin de leur famille…

    Une partie des bénéfices de ce disque est reversée à deux associations belges qui mènent des actions de terrain pour les réfugiés : Globe Aroma et Synergie 14.

    Ce ne serait qu’une raison de plus pour acheter ce disque, disponible mondialement en version digitale. Et d’inviter, surtout, ces musiciens à se produire en concert, pour leur permettre de gagner leur vie, dans leur nouvelle vie en Europe…

    www.muziekpublique.be 

  • Morricone

    ENNIO MORRICONE, Jubilee, Milan Music

    Nous avons eu la chance – car le maestro, qui a plus de 80 ans, se fait très rare aujourd’hui – d’assister à un concert d’Ennio Morricone, à la tête de son grand orchestre, il y a deux ans, à Bercy. C’était comme se retrouver à une projection de diapos en famille, de quand on était petits : car tous ses thèmes, musiques de films célèbres, nous, le public, nous les connaissions par coeur, et chacun nous rappelait tel film, telle année, telle époque ; les années 70 et 80 essentiellement, qui firent la gloire du compositeur italien.

    Ce disque nous offre plus d’une vingtaine de ses plus grands succès : entre autres, « Il était une fois dans l’Ouest », « Mission », « Il était une fois en Amérique », « Le désert des Tartares », et mon préféré : « Cinema Paradiso »…

    Et en réécoutant tout le disque, je comprends pourquoi j’adore – et une foule de millions d’admirateurs avec moi – Ennio Morricone : c’est le « latin lover » des musiques de film ! La musique qu’il compose est éminemment SENTIMENTALE, ROMANTIQUE, EMPHATIQUE, bref chargée – et surchargée parfois – d’émotion, et, oui, on adore ça !

    www.enniomorricone.org

     

  • Front Pop

    LA VOIX DU FRONT POPULAIRE, Milan Music

    Restons dans le domaine rétro et avant-guerre, avec ce disque qui nous offre 24 chansons des années 30, celles qui accompagnèrent l’avènement du Front Populaire, dont se célèbre en 2016 le 80ème anniversaire.

    Chansons connues comme « Y a d’la joie » de Trenet ou « Quand on s’promène au bord de l’eau » chantée par Jean Gabin, mais aussi chansons moins célèbres – et certaines drôlissimes ! – comme « La grève de l’orchestre », créée, sur un air de charleston, par Ray Ventura et ses collégiens. La chanson est un dialogue entre les membres d’un orchestre et son chef, et le parolier et le compositeur, qui mènent la vie précaire d’artiste (qui n’a guère changé depuis les années 30 !), se moquent gentiment de ces salariés qui se mettent en grève quand eux, artistes, ne peuvent guère se mettre en grève pour réclamer une amélioration de leur sort… :

     

    – Assez assez, messieurs, en grève ! Mettons-nous en grève !

    Monsieur le Chef ma voix s’élève pour vous annoncer sans façon

    Que nous allons nous mettre en grève

    Ce que nous voulons nous l’aurons.

    • Et bien mes chers amis, vous aurez tout ce que vous désirez !
    • C’est pas assez !
    • Et bien vous serez augmentés de 1.000 francs,

    Est-ce que vous acceptez ?

    • C’est pas assez !
    • L’argent on s’en fiche nom d’une pipe

    Chef c’est une question de principe.

    • Alors voulez-vous un an de repos

    Et le droit de parler argot ?

    • C’est beaucoup trop ! (…)
    • Vous protestez pour quelle raison ?
    • D’abord parce que c’est la mode

    Et puis pour embêter le patron (…)

    Le disque contient aussi plusieurs chansons aux paroles vraiment révolutionnaires, qui se chantaient dans les manifs de ce temps-là, comme « Le chant des jeunes gardes » ou, bien sûr, « L’Internationale ».

    Et même si la situation matérielle des « classes laborieuses » s’est considérablement améliorée depuis 1936 en France – diminution drastique des heures de travail, 5 semaines de congés payés pour la plupart, réduction de la pénibilité de bien des emplois, voiture pour presque tous les ménages et téléphone portable pour tous les membres du foyer, et bien, on se prend de nostalgie pour ces années d’avant-guerre où la France était : PLUS PAUVRE MAIS PLUS HEUREUSE !

    Ce n’est pas moi qui le dis, et ce n’est pas une affirmation gratuite : mais les chansons sont la meilleure bande-son d’une époque, et ce sont ces chansons joyeuses, hilarantes, ou terriblement romantiques – et même les chansons d’ouvriers rebelles – qui nous le disent, tout simplement. En paroles. Et en musiques !

     

     

     

  • Jo Privat

    JO PRIVAT, Sa préférée, Milan Music

    Jo Privat fut le roi de l’accordéon en France pendant 50 ans. Né en 1919, il fut l’une des stars de l’accordéon musette, et composa des valses musettes qui sont devenues des classiques, et que l’on trouvera dans ce disque, comme « Sa préférée », « Nuit blanche » ou « Balajo », quelques-uns des quelque 500 titres qu’il a composés !

    Mais surtout, Jo Privat fut le premier à faire entrer l’accordéon dans le jazz. Surnommé « le Gitan blanc » tant il aimait la musique manouche, il fut le premier à jouer de l’  « accordéon manouche », comme Django Reinhardt, qui devint son ami, et avec lequel il joua souvent. En somme ils sont trois : Django pour la « guitare manouche », Jo Privat pour « l’accordéon manouche » et Stéphane Grapelli pour « le violon manouche », compagnons de scène et amis à la ville.

    C’est donc Jo Privat qui a fait sortir l’accordéon du seul registre « musette et bals dansants » dans lequel cet instrument était confiné pendant la première moitié du XX° siècle, et sans cet immense artiste n’existeraient ni Richard Galliano ni Daniel Mille ni Vincent Peirani ni aucun des artistes français, jeunes et moins jeunes, qui emmènent désormais l’accordéon très loin des terres du musette et des bals, vers le jazz, l’improvisation, et même, pour un Peirani, vers les musiques très contemporaines voire expérimentales.

    Nous on adore le musette ! Et la valse-musette, contrairement au bon Jacques Brel ! Et nous nous sommes régalée de ce disque, qui, heureusement, contient quand même bon nombre de ces titres joyeux – valses musettes entraînantes, javas et autres – sur lesquels nous adorons danser lorsqu’ils sont joués dans un bal populaires, dans un village en France, sur une place de village, par exemple pour un 14 juillet !

    Un documentaire sur Jo Privat, où on l’entend nous raconter sa vie :

    https://www.youtube.com/watch?v=ceVJS-Moj-M

     

  • Guo Gan

    GUO GAN & EMRE GÜLTEKIN, Lune de Jade, Homerecords (Belgique)

    Nous avons été totalement conquise par ce disque doux et mélancolique, qui réunit Guo Guan, musicien chinois sur le violon traditionnel « Er Hu », et Emre Gültekin, musicien turc aux luths traditionnels turcs lauta et baglama.

    La Chine et la Turquie furent pendant des siècles en contact indirect, à travers les Routes terrestres de la Soie, qui convoyaient jusqu’à Istanbul les soieries somptueuses fabriquées en Chine, dont les Sultans ottomans confectionnaient leurs manteaux luxueux ; habits brodés d’or et de lumière que l’on peut désormais admirer dans leur ancien palais, Topkapi, transformé en musée…

    « Lune de jade » : le titre même du disque est tout oriental – c’est-à-dire à la fois moyen-oriental et évoquant l’Orient extrême : car si la lune est un élément-clé de la poésie et de l’imaginaire turc et arabe (« Belle comme la lune » est le plus beau compliment que l’on puisse adresser à une femme, et « Lune » (Qamar) est aussi un prénom féminin en arabe), la lune est aussi, et peut-être d’abord, centrale dans la poésie, la littérature et l’imaginaire chinois : « belle comme un astre » dit-on dans cette langue, et l’expression arabe vient peut-être de là, eux qui furent les premiers à entrer en contact avec la Chine, bien avant les marchands européens ?

    « L’amoureuse chinoise », « Chanson d’amour de Kang Ding » ou « La course de chevaux » sont quelques-uns des thèmes traditionnels ou composés par Guo Gan ; ils côtoient des thèmes traditionnels et des créations de Emre Gültekin, certaines comportant des parties chantées qu’il chante admirablement. Au total un mariage Chine-Turquie plein de poésie et de douce mélancolie, parfaitement réussi.

    http://www.guogan.fr

     

  • Basel Rajoub

    BASEL RAJOUB – SORIANA PROJECT, The queen of Turquoise, Jazz Village/Harmonia Mundi

    Coup de foudre pour ce disque superbe de Basel Rajoub, saxophoniste syrien dont nous ignorions tout avant de recevoir ce disque… Basel, qui est né à Alep en Syrie et a étudié la trompette classique au Conservatoire avant de choisir le saxophone, nous offre ici, entouré de quatre amis musiciens, ses propres compositions, qui sont écrites dans un registre aux confins de l’Orient, du jazz, de la poésie, et des nuages, compositions qui nous ont totalement transportée !

    Ecoutons-le s’expliquer : « The queen of Turquoise est mon troisième album (…). Cela faisait quelques années que je cherchais le son qui me convenait, celui que j’entendais intérieurement. Je l’ai retrouvé quand je me suis à composer pour le qanûn (…) Je joue aussi du duclar (flûte en bois cousine du duduk arménien, ndlr) (…) Il n’a qu’une octave (mais) il suffit de jouer trois ou quatre notes pour être instantanément transporté en Orient… ».

    Basel Rajoub vit en Suisse depuis 2011, et « Soriana », du nom de son groupe, signifie « Notre Syrie » en arabe. Il a déjà été repéré par les plus grands. La preuve : c’est sous l’égide de la très prestigieuse « Aga Khan Music Initiative » qu’il s’est produit en 2013 au nom moins prestigieux Festival de jazz de Montreux ; et c’est le très exigeant label Jazz Village qui le produit ici.

    La Syrie fut pendant des siècles l’un des berceaux les plus féconds de la musique – car de la culture – arabe. Même à genoux, même dans l’exil, ce pays continue de remplir son rôle de fournisseur de trésors, car, comme l’Histoire l’a souvent montré, même si son pays est détruit, le génie d’un peuple ne meurt jamais, et refleurit de plus belle dès que le pays se reconstruit.

    Un GRAND artiste à découvrir d’urgence !

    www.sorianaproject.com