• PEPPE VOLTARELLI, Ultima notte a Mala Strana, Le chant du monde/Harmonia Mundi

    L’artiste italien se produit parfois en première partie des concerts de Moussu T e lei Jovents, et il y a un lien de parenté entre les deux groupes d’artistes: l’enracinement dans une terre et une langue locale, une bonne dose d’humour, et une forme de résistance qui passe par la chanson.

    Car Peppe Voltarelli est originaire du Sud de l’Italie, de la Calabre (la pointe de la “botte”), qui est la région la plus pauvre du pays et a fourni bon nombre d’émigrants à l’Amérique du Sud, à l’Europe, et … au Nord industriel du pays.

    Il chante parfois en calabrais, et, s’il fait ici et là résonner les typiques trémolos de la guitare du Sud de l’Italie, il emprunte aux genres musicaux qu’il aime, joyeux le plus souvent: swing manouche, jazz, flamenco énergique, rock… Dans ses chansons, l’artiste s’en prend directement à la mafia – la terrifiante mafia calabraise, qui s’est exportée jusqu’aux USA – et il chante les petites gens, comme dans la belle chanson sur les marins – “Marinai” – qui fait irrésistiblement penser, par sa poésie, à Brel et à son “Port d’Amsterdam”.

    Peppe Voltarelli, comme de nombreux Italiens, a le voyage dans le sang. Son premier album solo, en 2009, s’appelait “Duisburg Nantes Praga”, et était le fruit d’une tournée européenne. Dans cet album (“Dernière nuit à Mala Strana”), il rend hommage à ce quartier historique de Prague, mais aussi à Montréal dans une chanson qui s’ouvre sur un mélancolique accordéon, aux accents tout francophones…

    Si vous aimez l’Italie, et si vous aimez la chanson, vous aimerez ce disque, qui révèle un artiste à l’insatiable curiosité, qui nous offre un mariage heureux entre poésie mélancolique et gaieté facétieuse.

    http://www.peppevoltarelli.it

  • MOUSSU T E LEI JOVENTS, Putan de cançon, Le chant du monde/Harmonia Mundi

    Nous adorons le groupe Moussu T e lei Jovents, basé à La Ciotat près de Marseille.

    Ils élaborent depuis leur création en 2004 un répertoire de chansons joyeuses, impertinentes, et néanmoins engagées, qui ne font pas que “fleurir bon le Sud” parce qu’il y fait chaud et qu’il y a la mer et le soleil, mais qui s’enracinent dans un Sud politique, vécu comme une résistance à un “Nord” métaphorique qui veut imposer, au Sud de la France et au monde entier, un ordre, économique et social, qui n’est pas forcément en harmonie avec les modes de vie et les coutumes locales…

    Et voilà un album formidable, où l’inspiration est toujours au rendez-vous, pour des chansons qui reflètent toute une philosophie de la vie, heureuse et tranquille, manière de nous dire que le bonheur de vivre est la chose la plus importante au monde – ce que le rythme effréné imposé à nos vies modernes veut contredire chaque jour.

    Ainsi, dans “L’horloge”, Tatou, le chanteur du groupe, parlant au nom du groupe, et d’un groupe de gens encore plus important sur la planète sans doute, nous alerte:
    “On ne prend plus le temps le temps de rire
    On ne prend plus le temps le temps d’aimer
    On ne prend plus le temps le temps d’écrire
    Des lettres à nos bien-aimés

    On perd notre temps à s’enfuir
    On perd notre temps à ramer
    On perd notre temps à courir
    Pour être en tête à l’arrivée…”

    Dans “Bons baisers de Marseille”, il écrit une tendre carte postale:
    “A l’encre bleue d’un vieux stylo
    Au bord de l’eau je t’écris un mot
    Rien qu’un oiseau qui me surveille
    Je pense à toi
    Bons baisers de Marseille (…)
    Je connais bien cet endroit
    Où l’on marche dans le froid
    Où on se bat pour gagner sa pitance
    Où le soir au creux du lit
    On se dit quelle folie
    D’avoir laissé les couleurs de l’enfance”

    L’humour est au rendez-vous dans “Quand je la vois je fonds” (‘Je suis son petit sucre quand elle est mon café/Je suis sa céréale quand elle est mon bol de café”…). “Mon ouragan” est une vraie déclaration d’amour, même si elle commence par “Je te déteste quand tu fais ta peste”: ici l’amour est passionné, mais franc ! L’engagement politique – façon Brassens dans “La mauvaise réputation” (“Mais les braves gens n’aiment pas que/L’on suive une autre route qu’eux…”), est clairement exprimé dans “Empêche-moi”, qui fustige la pensée unique et l’homogénéisation des comportements.

    Et la beauté des lieux – des “barques peintes de couleurs vives” de La Ciotat à la couleur de la mer, est chantée avec une passion pour l’endroit où l’on vit que n’a chanté récemment, avec le même amour, que Claude Nougaro pour sa Toulouse natale, et qui était un autre homme du Sud…

    Au total un album merveilleux, qui place Moussu T e lei Jovents haut dans le palmarès des meilleurs artistes français d’aujourd’hui, par leur musique et leur message qui atteignent l’universel – même quand ils chantent en occitan! – tout en étant enracinés dans un lieu passionnément aimé. Il y a eu Trénet et Brassens chantant Sète, Brel et son plat pays, Nougaro et Toulouse, c’est aujourd’hui Moussu T e lei Jovents qui, de La Ciotat, chantent, comme leurs aînés, à la fois leur ville, et nos émotions humaines…

    http://www.moussut.ohaime.com

  • ORCHESTRE NATIONAL DE BARBÈS, Rendez-vous Barbès, Le chant du monde/Harmonia Mundi


         Le nom et le titre de l’album sont français, mais toutes les chansons, sauf deux, sont chantées en arabe: “Sidi Yahia-bnet Paris” (Sidi Yahia et les filles de Paris), “Chkoun?” (Qui?), “Rod balek” (Fais attention),… L’Orchestre National de Barbès, formation française comme son nom l’indique, est composé d’une dizaine de musiciens, d’origine algérienne (comme son fondateur, le bassiste Youcef Boukella, qui accompagnait Cheb Mami autrefois), marocaine, tunisienne, portugaise… et française (comme le saxophoniste Emmanuel Le Houezec).


          Ce quatrième album est très réussi, et mêle, marque de fabrique du groupe, les traditions musicales du Maghreb, à d’autres qui plaisent aux musiciens. L’album s’ouvre ainsi par le son joyeux d’une ghaïta, cette cornemuse saharienne, restitué ici par un synthétiseur, istrument-fétiche des premiers temps du raï dans les années 80. La langue de la chanson mêle, comme dans le raï et la chanson maghrébine d’autrefois, français et arabe dans la même phrase: “ana bent sghira wou civilisée” (“je suis une fille jeune et civilisée”, pour la chanson “Sidi Yahia-bnet Paris”).
    Nos artistes chantent aussi en français, comme dans “No-no-no”, où, sur un rythme de biguine, ils raillent ces enfants d’immigrés qui cultivent l’inactivité et l’auto-exclusion:
    “Ne me dis pas que tu ne sais rien faire de tes 10 doigts (…)
    Et tu es là planté en attendant que ça se passe
    Et il ne tient qu’à toi que se brise la glace
    Nous sommes tous du même diamant
    Un deux trois et quatre un seul éclat
    Nous sommes tous des 4 vents
    Et on raisonne de ci-de là
    Aya barka la comédie
    Aya oui ça suffit”

           Dans “Rod balak”, c’est sur un rythme de reggae qu’ils décrivent ce qu’endure un immigré clandestin, en prononçant “rod” comme “road”, car la route d’un immigré est parfois longue…:
    “Ce que nous sommes capables
    Nul de peut l’imaginer (…)
    Traverser des mers de sable
    Tout ça à dos de mulet”…

           La chanson “Chkoun?” est sur un rythme ska – autre référence aux années 80. “Chorfa” est un reggae. “Jarahtini”, raï sentimental, évoque le “raï-love” si populaire du regretté Cheb Hasni, toujours aimé dans tout le Maghreb. “Allah idaoui” est un clin d’oeil au chaabi, avec en plus l’énergie de cordes qui deviennent flamenco énergique, et du rythme vif des percussions.
    Le groupe est en tournée (les dates sur leur myspace): ils seront cet été partout en France, mais aussi au Festival de Hammamet ainsi qu’au WOMAD, qui est l’un des plus grands festivals de musiques du monde… du monde, initié par Peter Gabriel (World of Music, Arts and Dance). L’une des meilleures preuves de leur qualité musicale !
    www.myspace.com/orchestrenationaldebarbeswww.lechantdumonde.com

  • KUDSI ERGÜNER, Les passions d’Istanbul, IMAJ//Distrib. Dom Disques
    KUDSI ERGÜNER ENSEMBLE, La Banda Alla Turka, IMAJ/Distrib. Dom Disques


    Kudsi Ergüner est le descendant, à la 6° génération, d’une longue lignée de maîtres musiciens turcs affiliés à la confrérie soufie Mevlevi, fondée par Jalal ad-Din Roumi à Konya en Turquie au XIII° siècle, et connue du grand public par son art des “derviches tourneurs”. Kudsi Ergüner a appris l’art du ney, la longue flûte de roseau, de son père Ulvi Ergüner, qui lui-même avait appris la musique de son père Süleyman Ergüner, etc… Et Kudsi, qui est né en 1950 à Istanbul, a perfectionné son apprentissage en s’installant en France en 1973, où il a obtenu un doctorat en musicologie et en architecture.
    Dans une interview accordée à Ghaleb Bencheikh dans son émission “Vivre l’islam” sur France 2, Kudsi Ergüner nous expliquait les liens entre musique et spiritualité dans le soufisme: la musique, comme la prière disait-il, a pour fonction de “nous rappeler que Dieu est notre Seigneur”, quand “d’autres musiques, aujourd’hui, ont surtout pour fonction de nous faire oublier”. Le mot “sama”, qui désigne la musique jouée lors des rituels soufis, signifie “écoute” en arabe. Et de la même manière que le Coran commence par l’injonction “Iqra!”, qui veut dire “Lis!”, la première phrase de l’oeuvre principale de Rumi, un long poème de 25.000 distiques, commence par: “Ecoute!”: “Ecoute le ney/Qui te décrit la plainte de l’absence…”. “Donc écouter est quelque chose de très important”, explique Ergüner, qui raconte cette anecdote: un jour à Konya, un théologien vint trouver Rûmi et lui dit:
    – On te considère comme un bon fidèle, un homme bien, un bon uléma, un homme sage. Pourquoi as-tu inventé cette hérésie d’écouter de la musique? Qu’est-ce que tu entends quand tu entends cette musique?
    – J’entends le grincement de la porte du Paradis s’ouvrir.
    – Mais je ne comprends pas: si c’était ainsi, je l’entendrais aussi? Or je n’entends rien?…
    – Certainement tu l’entends. Tu entends le même grincement, mais quand la porte se ferme sur toi…
    Voici donc deux albums de l’artiste turc installé en France. “Les passions d’Istanbul” est une commande d’Etat du Ministère de la Culture et de la Communication, en France, et a bénéficié du soutien de la Fondation Royaumont, dans le cadre de son programme “Musiques orales et improvisées”. Dans ses compositions, Ergüner perpétue la tradition du makam, musique classique, parfois chantée, que l’on trouve aussi dans le monde arabe. Dans “La Banda Alla Turka” on entendra des musiques turques plus récentes, nées au XIX° siècle, et qui intègrent ces instruments occidentaux que sont la trompette, le tuba, la clarinette ou le trombone. On notera la présence, dans cette joyeuse bande de musiciens, du contrebassiste Renaud Garcia-Fons, ou du trompettiste Antoine Cure, qui viennent actualiser, par une touche de jazz, un métissage dont ces fanfares sont nées…
    Ecouter Kudsi Ergüner parler du soufisme en musique dans l’émission “Vivre l’islam”:
    http://www.dailymotion.com/video
    www.domdisques.comwww.royaumont.com

  • RICHARD GALLIANO, Bach, Deutsche Gramophon
    La légende de la photo dit: “Richard Galliano et son père 1957”. Sur la photo on les voit tous deux, sur une scène de plein air portant un décor tropical – canisse de bambou et plantes grasses – dans un orchestre qui semble de jazz: un saxophoniste sur la droite, la caisse d’une percussion sur la gauche.

    Le père est debout, un accordéon dans les mains, il porte une chemise blanche, c’est un bel homme brun, il fixe l’objectif en souriant, d’un regard sûr: il a l’air d’un homme heureux. Le fils, qui a 7 ans alors, est assis à son côté, jouant de l’accordéon lui aussi, la tignasse épaisse, il fixe l’objectif mais ne sourie pas: il semble intimidé de se trouver là.
    On imagine le bonheur du père, bonheur d’offrir à son fils l’occasion de jouer à ses côtés, avec des adultes, sur une scène. Sa fierté aussi sans doute, car le fils doit jouer bien, déjà, “pour son âge” comme on devait dire alors. On imagine surtout le bonheur du fils, jouer de l’accordéon avec son papa, jouer avec des grands, accompagner son papa, à 7 ans à peine, quand celui-ci joue dans un orchestre, en public!

    Sur son site internet, Richard Galliano a mis cette photo, car c’est son père, Lucien Galliano, italien émigré à Cannes et professeur d’accordéon, qui lui a transmis sa passion de l’instrument. Et père et fils viennent de signer une méthode d’accordéon, en 2009, qui a reçu le Prix SACEM du meilleur ouvrage pédagogique. Sur son site, Richard Galliano a aussi mis cette phrase d’Alfred de Vigny: “Une vie réussie est un rêve d’adolescent réalisé dans l’âge mûr”. Richard Galliano a donc réalisé son rêve, construire sa vie autour de l’instrument qu’il aime, pour notre plus grand bonheur. Et les photos de lui, adulte, le montrent rayonnant, fidèle à son rêve d’enfant.
    Nous connaissions – et adorions – l’accordéoniste qui a révolutionné la musique pour accordéon en France, en la jazzifiant, en la faisant “swinguer”, exactement comme Django Reinhardt l’avait fait pour la guitare: tous deux ont fait de ces instruments des instruments de jazz. Les deux musiciens sont à rapprocher aussi en ce sens que tous deux ont enrichi des traditions musicales françaises en les modernisant, et ont ainsi créé chacun un nouveau genre musical, à la fois typiquement français, et métissé puisqu’il s’agit de jazz: la musique créé par Django fut appelée le jazz manouche; et les Américains ont baptisé “new musette” le nouveau jazz français créé par Richard Galliano. Et de la même manière que Django a créé toute une génération de guitaristes en France qui font toujours vivre la guitare swing, Richard Galliano a donné envie à toute une nouvelle génération de jeunes musiciens français de découvrir cet instrument, que l’on voit désormais de plus en plus sur scène, et qui est désormais enseigné dans les conservatoires de musique.
    Mais c’est Bach que Galliano a choisit d’honorer dans son dernier album, dans un disque sublime, qui se passe de mots. Bach était organiste, et l’accordéon est un orgue en miniature. Bach composait de la musique pour les messes du dimanche, c’est-à-dire pour le peuple, car quoi de plus populaire et grand public qu’une messe à Leipzig au XVIII° siècle. Bach ne se voulait donc pas un musicien pour élites, ce que la musique classique est devenue en Europe aujourd’hui. Ce n’est pas Bach jazzifié, mais la partition pure, “sans changer une note” nous dit-il, que Galliano joue ici, entouré de musiciens classiques. Et en jouant Bach à l’accordéon, instrument populaire, Galliano respecte, plus fidèlement que jamais sans doute, l’esprit du compositeur, qui écrivait sa musique pour le plus grand nombre. “Je ne veux pas montrer de quoi est capable l’accordéon. Je veux faire partager l’émotion que Jean-Sébastien Bach a écrite”, s’explique Galliano dans le livret. Mission réussie. Et qui vous portera à des sommets d’émotion.
    www.richardgalliano.com
     

  • MOUSS & HAKIM, Vingt d’honneur, Ephélide, Distrib. L’autre distribution

            Vous vous rappelez Zebda, et leurs chansons qui racontaient, comme dans “Ca va pas être possible”, le quotidien des jeunes beurs qui se font refouler des boîtes de nuits, des agences immobilières, des entreprises, etc? Le groupe tournait autour des deux frères Amokrane, Mouss et Hakim, grandis à Toulouse dans une famille algérienne kabyle, et les textes étaient écrits par Magyd Cherfi, d’origine algérienne aussi, devenu romancier depuis, et qui signe ici quelques excellentes chansons, comme celle qui ouvre l’album, “Petite histoire”, inspirée par les émeutes des banlieues de 2005:

    “J’étais assis un peu kakou (…)
    Dans les airs y a des oiseaux qui sont coriaces
    Qui te choppent et qui te disent t’es chez moi tu t’casses
    Ok j’ai pas demandé mon reste
    J’ai toujours mis un accent sur le mot modeste (…)
    C’est vrai j’ai tenté l’ours en entrant dans la grotte
    Ça brillait tout au fond il a fallu que je m’y frotte
    Et c’est ainsi quand t’as pas eu ta Chocolatine
    Tu casses la vitrine
    C’est pas la peine de regarder tout ça à la loupe
    Mais vous voulez tout savoir moi j’en ai fait des entourloupes
    Parce que les riches l’argent ils le gaspillent
    Et moi je fais plaisir à la famille (…)
    Le môme il a mis le feu
    Le môme il a mis le feu”…

         Certaines chansons de cet album sont devenues des tubes, comme “On est venu” (“On est venu se qualifier pour la coupe de Mandela”…). Mouss & Hakim avaient rendu hommage aux chansons de leurs aînés, les premiers immigrés, dans leur précédent album, “Origines contrôlées”, en reprenant des chansons des premiers chanteurs algériens de l’émigration; ils poursuivent cet hommage ici dans plusieurs titres comme “La carte de résidence” de Slimane Azem ou “Tel lyyam” de Lounis Aït-Menguellet.

           Musiciens-citoyens bien plus qu’artistes engagés, Mouss et Hakim, et déjà Zebda, sont à l’origine de plusieurs associations et mouvements à Toulouse, et sont devenus des acteurs phares de la ville, dans les domaines à la fois culturel et politique. L’album a été enregistré en direct, sur scène, et il restitue toute l’énergie d’un groupe d’artistes qui, depuis plus de 20 ans maintenant, utilisent la chanson, l’humour, et le rythme qui donne de la joie, pour parler – à leurs pairs, mais surtout à ceux qui les côtoient, et à ceux qui dirigent le pays dans lequel ils vivent – avec légèreté et modestie, de choses infiniment graves…
    www.moussethakim.comwww.myspace.com/moussethakim

  • AMALIA RODRIGUES, “Reine du Fado”, Disques DOM
    Voici un album d’Amalia Rodrigues, qui prouve que la star est toujours immensément populaire. Et tout(e) jeune artiste fado qui se lance se doit de reprendre ses chansons, pour s’affirmer sur la scène du fado où les Portugais l’avaient consacrée “Reine” (Rainha do Fado). On ne vous présente plus la grande artiste portugaise. Les chansons de ce disque ont été enregistrées pendant son concert à l’Olympia en novembre 1956, et l’album offre aussi quatre chansons françaises, chantées en français. Et à écouter “La vie en rose” chantée par Piaf, “Aïe! Mourir pour toi” écrite par Aznavour, ou “Paris s’éveille la nuit”, chansons françaises d’autrefois qui parlaient abondamment d’”amour”, d’”amants”, de “baisers”, et de “promesses”, on réalise que les chansons françaises de l’époque d’une Piaf ou d’un Tino Rossi n’étaient pas si éloignées des fados portugais. Ecoutez Amalia chantant “Paris s’éveille la nuit”, pour juger par vous-même: www.youtube.com . Et réécoutez “Nem as paredes confeso” (Je n’avoue pas même aux murs (qui j’aime)), incluse dans ce disque ( www.youtube.com ), chanson dont Antonio Zambujo, l’une des étoiles montantes du fado, nous a offert une version toute personnelle dans son album “Outro sentido” ( http://www.youtube.com ). Et pour finir finir: passez un bel été !
    www.domdisques.com

  • LA CARAVANE PASSE, Ahora in da futur, Makasound


              La France, terre historique d’accueil de personnes venues de partout, et avant tout d’Europe, a le don d’abriter aujourd’hui des groupes de musique qui, à la faveur de la vogue pour les musiques du monde et les musiques métissées, s’en donnent à coeur joie pour nous offrir des musiques aux origines parfaitement non contrôlées, venues des quatre coins du monde. Nous vous les présentons régulièrement, dans cette rubrique MUZZIKA!: des Lo’Jo d’Angers aux artistes du collectif L’Assoce Pikante à Strasbourg tels Boya ou Maliétès.

            Et voici que nous arrive le deuxième album du groupe La caravane passe, musiques “entre Espagne et Balkans”, qui font la part belle aux musiques tsiganes comme le nom du groupe l’indique, mais qui invitent aussi les musiques arabes, espagnoles ou autres. Le tout dans un esprit très français pour l’humour et la sophistication des textes et des paroles chantées.
    On passe donc le disque d’abord une première fois, où l’on est séduit par les musiques festives, balkaniques et voyageuses, dans l’esprit des musiques popularisées en France ces dernières années par Goran Bregovic et son Orchestre des mariages et des enterrements. Et c’est d’abord de cet univers de musiques balkaniques joyeuses, qui font la part belle aux fanfares, dont nos compères de “La caravane passe” se réclament, puisque le spectacle avec lequel ils tournent depuis quelques années s’appelle “Le vrai-faux mariage”….
           Mais dans les musiques balkaniques, on comprend rarement les paroles. Et là, comme le groupe est français – formé autour de Toma Feterman, dont la famille vient de Pologne et de Roumanie, et d’Olivier Llugany, dont la famille vient de Catalogne – on se régale avec les paroles, drôlissimes – avec des accents et des “R” roulés parfois tout aussi drôlatiques. Exemple, dans Babakool Babushka”:
    “Babakool Babushka
    Vient de Sibéria
    Mais c’qu’y a
    C’est qu’son coeur bat
    Pour la buleria la rumba balkanique
    La polka flamenca (…) Elle porte les robes de Cuba
    Par-dessus les djellabas
    Les toques les chubabas les burnous
    Les chakachas… “
    Bref, une caravane à suivre pour les années qui viennent – et qui passera peut-être près de chez vous cet été: toutes les dates de concert sur leur myspace, dès leur retour… du Japon, où ils ont un énorme succès !
    www.makasound.comwww.myspace.com/lacaravanepasse

  • BIRÉLI LAGRÈNE, Gipsy Trio, Dreyfus Jazz


    “Django” signifie “je réveille” en langue manouche, et, pour s’en convaincre, il suffit d’écouter le deuxième morceau de “Gipsy Trio”: “New York City” réveillerait même les esprits les plus assoupis, par son swing rapide et nerveux ! Car Biréli, comme Obélix dans la potion magique, est tombé dans la musique de Django Reinhardt quand il était tout petit: né à Soufflenheim, à 60 km au nord de Strasbourg, dans une famille de musiciens manouches, il raconte: “Tout gamin, je remettais les disques (de Django) jusqu’à ce que j’arrive à le refaire. Par la suite, j’ai compris qu’il valait mieux respecter les grands guitaristes que les imiter”.
             Et aujourd’hui ils sont nombreux, les jeunes guitaristes pour qui Biréli, à son tour, est devenu un modèle, et un modèle difficile à imiter, tant il est virtuose ! Il suffit de lire les commentaires enthousiastes que l’artiste suscite sur youtube, pour s’en rendre compte, et de comptabiliser les visites sur ses titres: près d’un demi-million en moyenne, par titre! Grâce à internet, vous pourrez voir et entendre, si vous ne l’avez jamais écouté ou vu sur scène, l’extraordinaire guitariste! Sur son site myspace, vous pourrez le voir à 13 ans, sur la scène du Festival de Jazz de Montreux, véritable enfant prodige, plein de sérieux… ou de trac! Car Biréli fut très précoce: il commence à jouer à 4 ans, joue déjà très bien parmi les siens à 8 ans, remporte un Prix de musique tsigane à 12 ans, part en tournée à 13, et enregistre son premier album à 14 ans: “Routes to Django”, qui sera le premier d’une longue série puisque l’artiste, né en 1966, compte quelque 35 disques à son actif, soit presque un disque par an!
            Plusieurs ont été des best-sellers, notamment ceux où il s’associe à d’autres guitaristes, tels “The super guitar trio” avec Al Di Meola et Larry Coryell,, tiré d’un concert mémorable en 1989 à Montreux; et “Duet”, avec Sylvain Luc. Biréli est aujourd’hui l’un des plus grands artistes français, et mondiaux, du jazz, et un improvisateur hors pair, comme le jazz l’exige, se produisant sur scène aux côtés d’autres grands tels que John Mc Laughlin, Didier Lockwood, Richard Galliano, Paco de Lucia, etc…
            Cet album ne déroge pas à la règle, et, aux côtés de Hono Winterstein à la guitare d’accompagnement, et de Diego Imbert à la contrebasse, Biréli nous offre ses visions de standards tels “Lullaby of Birdland” ou “Singin’ in the rain”, de succès plus récents tels “Something” des Beatles, à côté de ses propres compositions…ainsi qu’une composition, quand même, de Django ! Nous,comme Obélix aussi, on est “tombés” dans la musique de Biréli Lagrène il y a quelques années, et on est complètement fans: écoutez-le, et vous le deviendrez à votre tour !
    www.disquesdreyfus.comwww.myspace.com/birelilagrene

  • RICAO, L’âme gitane, DVD, Discadanse, Distrib. DOM Disques
    RICAO Barcelona Yo tengo, Discadanse, Distrib. DOM Disques
    MANOLO, Solo diré, Discadanse, Distrib. DOM Disques
    SARITANO, Entre dos mundos, Autoproduction

    Voilà trois disques et un DVD qui vous plongeront dans les musiques gitanes catalanes du Sud de la France, avec quelques-uns de ses artistes les plus célèbres. Le mieux est de commencer par le DVD, consacré à Ricao, et qui, parce qu’il est tourné en grande partie pendant le festival gitan des Saintes-Maries-de-la-Mer, nous plonge de manière très fidèle dans l’ambiance de ces jours – et surtout de ces nuits ! – de fête flamenca.
              Ricao est l’un des petits-neveux de Manitas de Plata, et le fils de Manolo. Si le père est connu pour son tube “Solo diré”, le fils a fait un tabac avec sa chanson “A donde vas”, et les deux succès sont désormais connus même des enfants gitans les plus jeunes, qui les jouent, comme on le voit pendant le festival des Saintes-Maries, sur leurs guitares d’enfants. Le film, réalisé par Angélique Martin et Nicolas Fort, est un portrait de Ricao, qui est abondamment interviewé, et filmé sur scène ou dans l’intimité avec diverses formations, dans les genres musicaux les plus divers: soleares, bulerias, sevillannes, rumba catalane, et même chanson française – car les gitans français chantent aussi en français, parfois…

           “Quand mon père Manolo arrêtait de jouer, le soir, il posait sa guitare sur le lit, et le matin je la regardais pendant des heures. Un jour il m’a dit: “Tu aimerais apprendre à jouer?” Il m’a fait voir deux ou trois accords, et il m’a dit “Si tu aimes, débrouille-toi”, raconte Ricao dans le film. Et l’enfant s’est très bien débrouillé, puisqu’aujourd’hui, Ricao est l’une des stars du festival des Saintes-Maries, reprenant dignement le flambeau de son père, et de son grand-oncle Manitas de Plata. Et si le film le montre en concert ici ou là, le meilleur passage du film est celui où Ricao anime l’une de ces fêtes de nuit aux Saintes-Maries, dans un campement gitan parmi les caravanes, autour d’un grand feu, comme nous avons eu l’occasion de le voir et de l’entendre récemment lors du Festival des Saintes-Maries le mois dernier.

           Car Ricao a beau être une star qui se produit dans divers pays, il continue cependant, dans la tradition gitane, comme son grand-oncle Manitas le fait toujours aussi, à offrir gracieusement sa musique à ses frères gitans, et aux touristes ravis, lors du festival des Saintes-Maries. “Mon bonheur c’est de rendre heureux les gens”, explique-t-il dans le film. Et Ricao rend hommage à des personnes qui l’ont fait connaître et qui ont fait connaître les musiques gitanes du Sud de la France, comme Henriette, qui a abrité pendant des années, dans son Mas de la Fouque, dans la région, des fêtes qui rassemblaient plusieurs artistes, et duraient jusqu’à 6 ou 7 heures du matin. Le film donne aussi à voir et à entendre le père de Ricao, Manolo, ainsi que Manitas de Plata, filmé aux Saintes-Maries dans son veston blanc immaculé et avec ses cheveux toujours longs, look de jeune homme pour un homme qui approche les 90 ans mais qui continue à jouer de la guitare pour faire plaisir aux gens – et pour se faire plaisir!
           Après le film, on appréciera donc davantage les trois cd de Ricao, de Manolo et d’un nouveau groupe qui monte, Saritano, qui nous offrent de la belle rumba catalane, joyeuse et dansante, et dont les guitares savent broder de jolies mélodies. On vous le prédit: après le succès mondial rencontré par les Gipsy Kings il y a quelques années, et avec la vogue récente des musiques tsiganes et voyageuses, la rumba gitane va de nouveau enflammer vos soirées et vos fêtes !
    www.discadanse.frwww.domdisques.comwww.myspace.com/saritano