• ANOUSHKA SHANKAR, “Traveller”, Deutsche Gramophon

    2Il est parfois salutaire de casser les frontières entre des musiques parentes à l’origine, mais que la géopolitique de plusieurs siècles ont séparées, et voilà qui est fait avec le dernier album d’Anoushka Shankar.

    Fille du maître Ravi Shankar, auprès de qui elle s’est formée dès l’âge de 9 ans, Anoushka aime depuis quelques années mêler la musique indienne classique qu’elle a apprise rigoureusement auprès de son père et dans les traités de musique indienne, à d’autres musiques. En 2007 elle créait son propre groupe, “The Anoushka Shankar Project”, et accompagnait sur scène des artistes comme Peter Gabriel, Elton John, Nina Simone ou Sting. Dans le dvd consacré à Ravi Shankar et publié par le label Accords Croisés, qui était sorti en décembre 2010, Anoushka nous explique bien sa démarche (http://www.babelmed.net/muzzika/299-mediterraneo/6232-muzzika-d-cembre-2010.html ) .

    C’est en Espagne que l’artiste a voulu se rendre cette fois-ci, pour faire dialoguer ragas indiens et flamenco. Une rencontre qui sonne plutôt comme des retrouvailles: car le flamenco est enfant de l’Inde. On le sait, les gitans d’Espagne, comme les tsiganes d’Europe de l’Est, sont issus des migrations de peuples nomades du nord de l’Inde – du Pendjanb et du Rajasthan – migrations que l’on situe vers 800-900 de notre ère: probablement d’anciens “Intouchables”, restés marginaux dans les sociétés où ils migrèrent…

    Cette filiation est évidente quand l’on observe les danses tsiganes féminines du Rajasthan et les danses flamenco: mêmes mouvements des bras, mêmes ondulations circulaires du corps. Et la musique indienne, qui a enfanté la musique arabe au passage, est grand’mère du flamenco, qui puise aussi ses sources dans la musique arabe…

    Mais laissons Anoushka raconter cette étrange familiarité des musiques, se confiant au magazine Mondomix: “Un jour, j’étais en studio avec Javier Limon (producteur de ce disque comme des meilleurs artistes de flamenco, ndlr) et des musiciens gitans de flamenco, et j’ai joué quelque chose pour leur montrer une idée indienne – j’étais souvent la seule musicienne indienne présente. Ils se sont montrés étonnés et ont dit: “Mais ce que tu joues, c’est du flamenco!”. Je leur ai répondu: “Non, c’est un raga indien”. Mais eux insistaient: “Ce que tu viens de faire, on ne le trouve que dans le flamenco!”…
    Une chose est sûre: les accents indiens du sitar d’Anoushka se marient parfaitement aux cordes des guitares flamencas, le “cante jondo”, ce chant profond gitan, est tout à fait à l’aise accompagné de ce seul instrument asiatique, et les frappes de main – las palmas – accompagnent parfaitement les rythmes et les mélodies de ragas, dont on ne sait s’ils sont indiens, arabes, ou espagnols…
    Un voyage au plus profond des sources du flamenco…

    www.anoushkashankar.com

  • IBRAHIM MAALOUF, « Diagnostic » (Mi’ster Production, Distribution Harmonia Mundi)

    Le successeur de Miles Davis est Libanais. C’est le trompettise Ibrahim Maalouf. Celui qui avait fait sonner la trompette avec une douceur littéralement in-ouïe auparavant (c’est-à-dire jamais entendue), a trouvé dans le jeune musicien de jazz libanais un digne successeur.

    Ce n’est pas de jazz qu’il s’agit ici, c’est de musique, de sincérité, de vérité, de langue parlée, d’émotion, de beauté. Est-ce parce qu’il est oriental? Ibrahim Maalouf fait parfois sonner sa trompette comme un nay, cette flûte bédouine faite d’un roseau qui produit un son si léger et aérien, et à laquelle Fayrouz a consacré l’une de ses chansons les plus célèbres (“Aaatiny el nay” – Donne-moi le nay).

    Car, bien qu’il vive en France depuis l’adolescence, arraché à son pays natal par la guerre civile, l’Orient est omniprésent dans ce cd – et dans la pratique musicale de l’artiste, qui joue avec une trompette bricolée pour produire les quarts de ton indispensables à la musique arabe – une invention, baptisée “trompette arabe”, de son père Nassim, dont nous vous avions parlé quand nous avions découvert Ibrahim Maalouf avec son cd précédent, “Diachronisme” (http://www.babelmed.net/index.php?c=4926&m=&k=&l=fr ).

    Pourtant Ibrahim a étudié la trompette au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, joue de la trompette classique dans divers orchestres, a gagné une quinzaine de prix internationaux de trompette, et dans un conservatoire en France. L’Orient, et le jazz, ne sont donc que quelques-uns des univers que ce musicien d’exception fréquente, et l’union des deux est sa langue maternelle, celle avec laquelle il a signé la trilogie d’albums que l’artiste clôt ici (Diasporas, Diachronisme, Diagnostic).

    Nous avons été scotchés par “Beirut”, composé à 13 ans nous raconte l’artiste, alors qu’il se promenait sur la Place des Canons bombardée et détruite, autrefois coeur battant de la ville. Musique d’une tristesse infinie – mais l’adolescent se promenait en écoutant Led Zeppelin, et le morceau explose bientôt en une énergie folle. Et l’on comprend que ce moment, dont l’artiste dit se souvenir comme si c’était hier, et que le jeune Ibrahim a voulu fixer alors en une photo reproduite dans le livret de l’album, représente la naissance de l’artiste: l’adolescent décide alors de transformer les explosions, fréquentes au Liban alors, en échos d’une énergie qu’il allait transformer pour en faire une énergie créatrice, qui le nourrirait pour toujours…

    Entouré d’un piano qui se fait classique, cubain, ou “Keith Jarretien”, d’un violon à la mélancolie tsigane, et d’autres instruments, conviant même le rappeur Oxmo Puccino sur un titre, Ibrahim Maalouf signe ici sa profession de foi musicale: enraciné en Orient il restera à jamais, mais enraciné dans la modernité et les sons d’aujourd’hui aussi – il n’a qu’une trentaine d’années. Les compositions témoignent d’une recherche incessante, d’une in-quiétude comme en anglais on dit “unquiet” – pas tranquille. Ibrahim nous époustoufle. Et ça ne fait que commencer!

    www.myspace.com/ibrahimmaalouf

    www.ibrahimmaalouf.com 

     

  • GIOVANNI MIRABASSI, Adelante! (Discograph)

    Giovanni Mirabassi est l’une des révélations récentes du jazz international. Ce pianiste italien basé en France depuis 1992 a d’abord commencé à jouer dans les bars (notamment le café Saint-Jean à Montmartre) et à exercer toutes sortes de métier – assureur, veilleur de nuit, “vendeur de trousseaux de mariage” (!), interprète, etc. – avant de devenir un artiste de jazz reconnu par la critique et le public comme un très très grand pianiste – Victoires du jazz en 2002 pour son album “Avanti” et “Meilleur disque de l’année  2003” pour “Air” – et il parcourt aujourd’hui les scènes internationales: il se produit à Tokyo comme à Varsovie, et à Paris dans la prestigieuse salle Pleyel…

    “On choisit de faire une carrière, et il faut beaucoup de volonté pour y arriver, une sorte d’entêtement aveugle, et je pourrais même dire que c’est une maladie, ou plus exactement une thérapie”, confiait-il à pianobleu.com dans une interview. Pour notre plus grand bonheur, Giovanni a réussi. Offrez-vous une heure de bonheur avec cet album, “Adelante!”, où la douceur du toucher de piano de l’artiste vous apaisera l’âme.

    L’artiste veut pourtant vous secouer, mais en douceur. Son album s’ouvre par “L’Internationale”, oh mais dans une version si soft, si douce, et les titres s’enchaînent: “Hasta Siempre”, “The partisan”, “A luta continua”, “Le déserteur”, Graine d’ananar”, “Le temps du muguet”, “Le chant des canuts”, “Le temps des cerises”… On l’aura compris: Giovanni Mirabassi est un militant, mais un militant qui ne veut pas utiliser la violence ou l’agressivité pour faire entendre sa voix et protester, mais la douceur. Et c’est au nom de la douceur, de la sérénité, de la paix, au nom du muguet, des cerises, et de toutes les fleurs du monde que l’on admire seulement quand on est heureux, au nom de la musique dont on pourrait dire la même chose, c’est au nom du bonheur de vivre qui est le premier droit de l’homme et le plus oublié peut-être, c’est au nom de ce bonheur que Giovanni Mirabassi sait si bien capturer et nous restituer en notes, que l’artiste chante ces chants qui tous rêvent d’un monde meilleur.

    “Che Guevara disait que pour faire la révolution, il faut une dose d’amour”, explique-t-il. “Il ne s’agit pas d’un geste politique, mais esthétique”. Et encore: “L’artiste doit retrouver sa place, un rôle dialectique de contre-pouvoir qui permet d’élever les consciences (…). Cet album (enregistré à Cuba, ndlr) est dédié à la révolution. Parce qu’on nous fait croire que cette idée est enterrée, alors qu’elle n’a jamais été autant d’actualité”. 

    Mais le mieux est encore de l’écouter. Sur son site, toutes les dates de ses prochains concerts, en Europe et ailleurs…

    Ecouter “Gracias a la vida”: http://www.dailymotion.com/video/xkbsoi_giovanni-mirabassi-gracias-a-la-vida-official-video_music#from=embed 

    www.mirabassi.comwww.discograph.com 


  • HUM TRIO, “Lei passa tèms”, Autoproduction d’artiste

    Les Français se passionnent pour les “musiques du monde” et pour ces artistes exotiques d’Afrique ou d’Asie qui mixent tradition et modernité. Mais la même démarche est aussi à l’oeuvre en France, et il serait peut-être temps d’entendre, autrement que sous l’étiquette “trad”, parce qu’ils ont énormément évolué, ces artistes français qui, à leur manière douce et non-violente, revendiquent aussi leurs racines et leurs identités, tout en étant solidement arrimés à la contemporanéité. Le Trio Hum, composé de trois jeunes musiciens, et basé à Montpellier, en fait partie.

    Petit retour en arrière sur le renouveau des musiques occitanes, dont témoigne le livre récent d’Elisabeth Cestor et Augustin Le Gall, “La vie en oc. Musique! (Editions Carnets Méditerranéens, Marseille – www.carnetsmed.com ).

    Ce renouveau musical a accompagné un renouveau littéraire, l’un n’allant pas sans l’autre car pour chanter en occitan il faut des textes. Comme l’écrit Robert Lafont dans la préface de “L’anthologie de la nouvelle littérature occitane” de Giovanni Agresti (Editions Jorn, 2004, édition bilingue),

    “Des écrivains d’un type nouveau, qui n’accordent plus rien au pittoresque, choisissent de labourer plus profond que leurs aînés la part d’héritage, d’éprouver la saveur des vieux mots restaurés en dignité aux ouvroirs modernistes, et d’ouvrir en même temps l’enclos familial aux souffles du monde”. 

    Joan-Ives Roier fait partie de ces nouveaux auteurs occitans. Spécialiste de la tradition orale dans la région de Forcalquier en Haute-Provence où il vit, collecteur de contes et de chansons et conteur lui-même, ce sont ses poèmes du recueil “Les tèms passa” (Editions Jorn), qu’ont mis en musique le jeune trio Hum (“hum” signifie “fumée” en gascon). Poèmes aux thèmes intemporels dont nous vous offrons un extrait, en v.o., pour goûter cette langue occitane qui fut la langue dans laquelle s’écrivirent les premiers poèmes en Occident, car elle était la langue des troubadours. Langue populaire car parlée, et non pas savante comme le latin dans lequel s’écrivaient tous les livres alors – véritable révolution et subversion à l’époque.

    La luna ei dins son plen e lo vuege dins ieu
    creisse coma un chiron s’entrauca dins la fusta ;
    faudriá que lo fustier vèngue d’una man justa
    xilofenar mon còr en me durbent lo sieu…”

     

    Mais je vous rassure: moi non plus je ne parle pas l’occitan, et pas besoin de le comprendre pour apprécier ce disque du Trio Hum, de la même manière que l’on apprécie un disque malien sans parler bambara ou les chansons des Rolling Stones sans comprendre toutes les paroles. Aimé Brees à la clarinette et au chant, Vincent Crépin à la guitare et au bouzouki, et Christophe Montent aux percussions (riq, daf, zarb,…) nous offrent ici un voyage aux sources de l’Occitanie, qui fut longtemps irriguée d’influences orientales.

    Et l’on reste scotché, à l’écoute de certains morceaux, par l’extraordinaire parenté des rythmes et mélodies entre Occitanie et Orient: l’oreille seule dit, mieux que mille analyses savantes, à quel point ces cultures furent – et sont sans doute restées – proches.  Ainsi dans “Como la molineta”: comme une moulinette, la musique s’égrène, sur un rythme circulaire dont on ne sait s’il est un rythme arabe ou celui d’une danse paysanne européenne d’autrefois, qui se dansait en ronde… Et le son sourd de la percussion qui rythme, à intervalles lents, les mélodies, est à la fois parent de ces percussions qui rythmaient les longues marches et processions médiévales, et qui rythment toujours la musique orientale à ce jour…

    Les références à l’Orient sont parfois beaucoup plus explicites, comme dans la pièce “Irish Muslim”, où la clarinette d’Aimé Brees évoque clairement celles que l’on entend du côté d’Istanbul… Et l’on apprend, étonné, dans le livret, que ce thème… est un arrangement, tout oriental donc, d’un traditionnel irlandais! Voyage, voyages…

    Le trio Hum nous offre sa vision d’une occitanie enracinée dans une langue et des rythmes séculaires, mais aussi ouverte à tous les vents, et aussi à la modernité, comme en témoignent l’irruption d’un chant hindi dans “La curat de Lurs”, des évocations de transes africaines, musiques répétitives et hypnotiques, ici et là, ou le final de “Lo Peire”, très pop-rock…

    Si vous voulez entendre l’Occitanie moderne, contredire tous ceux qui croient qu’internet est en train d’uniformiser le monde et que la modernisation tue les traditions…

    Les écouter: http://www.youtube.com/watch?v=0wpUls6YtfI 

    www.myspace.com/humtrio 

     

  • CARLES DÉNIA, “El paradís de les paraules”, Poetes de l’Orient d’al-Andalus, Comboi Records (Espagne)

    Sur l’un des stands installés sur “Las Ramblas” de Manresa, pendant la Fira Mediterrania, festival de musiques et cultures traditionnelles de Méditerranée qui se tenait du 3 au 6 novembre, nous avons acheté ce disque, produit par un label de Valence, Comboi Records, créé tout juste en 2005, et, comme ils se définissent, “abierto a la buena música, venga de donde venga”!

    “Le paradis des paroles” met en musique, traduits en catalan par Josep Piera, les grands poètes de l’époque de l’Andalousie arabe: Ibn Khafaja, Ibn Sahl, Ibn Al-Jannan, Ibn Lubbun,…

    Le disque s’ouvre sur un poème récité, et nous rappelle ces disques de poésie qui se vendent dans les pays arabes, poèmes simplement récités par leurs auteurs, sans musique ni accompagnement, texte pur, disques populaires vendus sur les trottoirs et qu’un chauffeur de taxi vous demande parfois d’écouter attentivement, et qui nous disent mieux que tout l’amour toujours présent du public arabe pour la poésie, art réservé en France à une toute petite élite d’amateurs de poésie, mais art éminemment populaire dans le monde arabe, où, également, des journaux et magazines offrent souvent des pages entières de poèmes écrits par les lecteurs.

    Mais l’Espagne, et avec elle toute l’Amérique Latine, est restée héritière de cet amour des Arabes pour la poésie, art qui était éminemment noble à l’époque de l’Andalousie arabe, puisque les plus grands hommes politiques étaient également poètes (lire à ce propos l’excellent livre, “L’Andalousie arabe”, de Maria-Rosa Menocal, Editions Autrement, 2003).

    Et le mérite de ce disque est de nous démontrer l’intemporalité de cette poésie arabe andalouse, qui parle d’amour, de jasmin, d’or et de crépuscule, et pourrait avoir été écrite hier.

    Ces poèmes d’hier sont devenus chansons d’aujourd’hui, accompagnées par des musiques aux accents espagnols mais pas seulement, d’un piano jazz aussi, d’une guitare dont les trémolos évoquent les mandolines napolitaines, de percussions nues comme les troubadours devaient réciter leurs poèmes autrefois, d’un rythme de milonga droit venu d’Argentine, de rythmes africains passés sans doute par le Maroc, et d’autres contrées aussi, car les Arabes, tout comme les Espagnols, ont énormément voyagé dans le monde.

    Rendre les poèmes d’amour de ces poètes andalous aussi actuels qu’une chanson espagnole entendue à la radio: la meilleure manière de les faire revivre. Une bonne idée du chanteur Carles Dénia, et une très belle réussite!

    Ecouter “Deixeu-vos de retraure’m les passions”: http://www.youtube.com/watch?v=iYP6Nm02Wxk  

    www.carlesdenia.comwww.comboirecords.com


  • AMIR-JOHN HADDAD, “Pasando por tabernas”, Double Moon Records

    Ce disque n’est pas récent, car il est sorti en 2006, mais il nous a semblé intéressant de vous présenter Amir-John Haddad, à notre connaissance le seul musicien d’origine arabe – son père est Palestinien – à faire partie du cercle fermé des guitaristes reconnus de flamenco en Espagne, qui a accompagné les plus grands chanteurs.

    Retour aux sources donc pour cet artiste, né en Allemagne, et qui a trouvé en Espagne sa patrie adoptive, et la musique qui parle à son âme. Mais vous connaissez peut-être Radio Tarifa, ce groupe espagnol de fusion né dans les années 90, et dont Amir-John fut pendant une dizaine d’années le ‘oudiste.

    Amir-John Haddad a appris enfant le ‘oud de son père, et à l’oreille comme dans bien des familles de ‘oudistes, puis, en autodidacte, s’est mis à la guitare flamenca. En 1997 il décide de venir vivre en Espagne, d’abord en Andalousie, dans la ville mythique de Jerez de la Frontera, où il se forme auprès de Pepe Justicia et Enrique de Melchor, deux grands guitaristes et professeurs. En 1998 il s’installe à Madrid, où il prend part aux projets musicaux les plus variés – il crée, entre autres, un groupe de world music, Zoobazar, et un groupe de heavy, Members of Parliament.

    Ce qui nous a frappé dans ce disque est que le flamenco y est avant tout énergique, on est très loin de la mélancolie de certaines ambiances de flamenco parfois. Amir-John a trouvé dans le flamenco une manière de célébrer la joie de vivre – nul chant de douleur ici. “La musique maintient notre esprit vivant et nous permet de survivre” est la devise de l’artiste: nul doute, à écouter sa guitare flamboyante, que le flamenco pour Amir-John Haddad est avant tout pulsion de vie. Un disque plus efficace que le Prozac pour vous énergiser!

    L’écouter: http://www.youtube.com/watch?v=1SXIZRyMW0A 

    www.amirjohnhaddad.com/

     

  • CHEMIN DE FER, Occident Express, Autoproduction d’artiste

    Le trio qui compose Chemin de fer – Rémy Boniface au violon, Fernando Raimondo à la vielle à roue et Mathieu Aymonod à l’organetto, ce petit accordéon diatonique italien, ressuscite des mélodies traditionnelles de cette région alpine, et le disque offre également des compositions originales, dans ce même esprit, si bien qu’à l’écoute il est impossible pour un non-connaisseur de savoir s’il s’agit d’airs anciens ou nouveaux – ce qui, en soi, est la preuve de la réussite de leur projet!

    Que dire d’autre, sinon que même par une grise après-midi de novembre à Paris, cette musique est capable de communiquer la gaieté des fêtes du Val d’Aoste où l’on danse toutes sortes de danses: valses, polkas, mazurkas, scottishs, courantes, contre-danses et j’en passe. Et que ces musiques sont parfois accompagnées de chansons, comme elles le furent, ce jour-là à la Fira de Manresa, par la superbe voix de bel-canto de Vincenzo “Ciacio” Marchelli, “chanteur de pays”, chansons qui parlent d’émigrants qui partent loin de chez eux, car le Val d’Aoste longtemps vit partir ses hommes vaillants, et de belles amoureuses que l’on est impatient de retrouver… mais le tout en gaieté!

    Sur le site de l’association dont il fait partie, l’ “Association Grand-mère” qui promeut ces musiques traditionnelles, le trio explique: “l’objectif est d’avoir une sonorité non seulement belle, mais aussi et avant tout adaptée au bal”. 

    Si, comme nous, vous aimez danser, et si vous aimez les musiques joyeuses, vous aimerez écouter Chemin de fer sur votre platine, ou, mieux: en live, lors d’un bal! Par exemple en vous rendant, l’été prochain, en Val d’Aoste, au festival Etétrad, qui célèbre ces musiques, et qui est animé par l’un des membres du trio, Rémy Boniface!

    Les écouter: http://www.youtube.com/watch?v=HRoP5sTHYK8

    www.myspace.com/cdfwww.grand-mere.it www.etetrad.com

    Vincenzo Marchelli: lelladx@libero.it 

     

  • SONIA REKIS, Drôles de lames, (Vocation Records)

     

    Sonia Rekis est, à notre connaissance, la seule accordéoniste en France – les femmes sont déjà rares dans la profession – à être née d’un père algérien. Née et grandie dans le Nord de la France, Sonia commence l’accordéon à 6 ans, et se produit déjà en public à 10 ! Nous l’avons rencontrée au festival Nuits de Nacre, à Tulle, en septembre dernier, où se produisent chaque année les meilleurs groupes et artistes mettant en valeur cet instrument, dont Tulle abrite la dernière usine en France – les accordéons Maugein.

    “Il y a très peu de femmes accordéonistes”, nous expliquait-elle, “et quand j’arrive pour un concert on me demande souvent si je suis la femme d’un accordéoniste…Et il y a peu de musiciens en France qui arrivent à vivre sans donner de leçons de musique. Moi, je vis de la scène depuis 23 ans…”

    Sonia commence, comme nombre d’accordéonistes, à animer les bals et les boîtes de nuit, avant de se tourner vers des projets artistiques où elle peut exprimer sa personnalité, qui mêlent théâtre, poésie, et chanson. Elle crée notamment un spectacle de duo avec le violoncelliste-auteur-compositeur William Schotte, qui donnera l’album “Dédicaces” sorti en 2010, et leur vaudra des passages télé… On la voit aussi aux côtés de Caroline Loeb (vous vous rappelez, la chanson “C’est la ouate”…?) dans un spectacle qui fera le tour de la France.

    “Drôles de lames” est son premier album solo, auto-produit, et Sonia y démontre tout son talent non seulement d’instrumentiste mais de compositrice. L’accordéon de Sonia sonne grave, ce qui n’est pas ici une indication musicale mais émotionnelle. On est très loin de l’ambiance des bals que la jeune artiste devait animer, gamine. Plus proche de l’accordéon argentin, qui est un instrument à part entière avant d’être un instrument d’accompagnement de quoi que ce soit – pour la voix ou la danse. D’où le choix du solo dans ce disque.

    Dans “Quai de Bourbon”, valse-musette vive et rapide, le toucher est très léger, aérien, et on imagine la folle course des doigts sur les claviers… Nous avons particulièrement aimé “Roz des sables”, sur un mélancolique rythme de milonga, et “Musique pour trotteuse”, sur un rythme de tango, pièce que l’artiste semble s’être auto-dédiée, comme certains peintres font leur auto-portrait, et qui pourrait la définir le mieux: comme dans le tango, la mélancolie est là, qui parcourt l’album, la gravité de la vie, mais cela n’empêche pas d’avancer, au contraire c’est sans doute cela même qui pousse à la danse, et qui redonne, au bout du compte, goût à la vie…

    L’écouter, en duo avec le violoncelliste William Schotte: http://www.youtube.com/watch?v=ELIGLs6rxJY 

    www.myspace.com/soniarekis

     

  • MIRODA, A estoria dos meus roteiros (Meu Mundo/L’autre distribution)

    Nous avons beaucoup aimé ce disque d’un groupe qui vient de naître, Miroda, né de la rencontre du guitariste français David Krupinski avec les poèmes de la grande poétesse brésilienne Hilda Hilst (1930-2004). En 2007, David Krupinski cherche des textes pour accompagner ses compositions. Il découvre les poèmes de Hilda Hilst, qui semblent comme “faits pour lui”: “Il s’est passé quelque chose de magique”, raconte-t-il, “car le découpage des textes, voire des syllabes, collait parfaitement aux musiques, plus je tournais les pages du livre, plus une évidence se dégageait, comme si Hilda participait elle-même au projet”.

    David commence à chercher une voix pour chanter ces poèmes: “Je ne voulais pas d’une artiste lusophone, mais d’une artiste qui allait se laisser porter par le son des mots”. Son choix se porte sur Milena Rousseau, dont la voix épouse déjà d’autres langues et d’autres sonorités au sein du groupe de musique tsigane Rodjeni. Singhkèo Panya les accompagnera à la guitare et à la clarinette alto.

    Le résultat: des mélodies qui se prêtent parfaitement au chant – on n’a pas envie de parler de chanson ici, car le propos est parfois grave, comme peut l’être la poésie – une guitare limpide et claire qui sait s’effacer devant la voix de Milena, expressive comme le sont les voix des chanteuses espagnoles ou portugaises, et dont on dirait qu’elle chante cela depuis toujours… Parfois, Milena ne fait que réciter un poème, les instruments accompagnant les mots comme un écrin.

    Un bien bel album, à la tonalité mélancolique, tout imprégné de “saudade” brésilienne – mais où David Krupinski a su éviter l’écueil de “faire de la musique brésilienne”, pour mieux exprimer l’universalité de la parole poétique.

    Hilda Hilst est traduite en français aux éditions Caractères. 

    Ecouter “Te mandar escritos”: http://www.youtube.com/watch?v=EVfvM9cW_P4

    Lire des poèmes de Hilda Hilst sur son site officiel: www.hildahilst.com.br 


  • BABA ZULA, Gecekondu (Essay Recording/Distr. La Baleine)

    Le film de Fatih Akin, “Crossing the bridge – The sound of Istanbul”, sorti en 2005, a fait connaître hors de Turquie le groupe Baba Zula, l’un des groupes-phares de la nouvelle scène turque (Fatih Akin est un réalisateur allemand d’origine turque, primé pour ses films: “Head-on” (Ours d’or à Berlin en 2004), “De l’autre côté” (Prix du scénario au Festival de Cannes en 2007) ou encore “Soul Kitchen” (Prix spécial du Jury à Venise en 2009)).

    Et, si vous ne connaissez pas encore Baba Zula, vous avez la chance de pouvoir les découvrir! Créé en 1996, Baba Zula est un groupe de “dub oriental psychédélique” comme ils se définissent. Murat Ertel et Levent Akmann introduisent les instruments traditionnels turcs (saz, ‘oud, darbouka, flûte,…) ainsi que les mélodies et rythmes orientaux, à leurs expérimentations électroniques, et le résultat est formidable! Nous sommes fans de ce groupe, qui s’est entouré dans cet album d’artistes tels que Cem Yildiz, célèbre joueur de saz, Titi Robin, guitariste-’oudiste français, ou encore Alcalia, un groupe allemand d’électro-dub.

    Les spectacles de Baba Zula ne sont pas seulement musicaux: sur scène, ils convient la danse orientale, se vêtent de costumes aux couleurs chatoyantes, convoquent même parfois le théâtre ou la peinture… Mais leur force est d’abord musicale: en les écoutant, on ne pense plus “musique orientale” ou “électro-dub”: on aime, on se laisse transporter avec eux, c’est tout.

    Ceux qui sont encore réticents à l’entrée de la Turquie dans l’Europe, au nom de l’”islam” ou de choses comme ça qui fixeraient à jamais la Turquie dans la partie “sous-développée” ou “arriérée” du globe, devraient vite faire une chose: écouter “Le son d’Istanbul” aujourd’hui, qui est un son éminemment plus moderne que celui que l’on peut produire dans certains bars des Deux-Sèvres, du Devonshire, ou de Bavière, et même dans certaines salles à Paris, Londres ou Berlin…

    Baba Zula dans le film “Crossing the bridge”: http://www.youtube.com/watch?v=9JoFbp_hr7g 

    www.babazula.comwww.metisse-music.com