• 0-PHOTIS

    PHOTIS IONATOS, Périples, Homerecords (Belgique)

    «Il pleurait assis sur le rivage à la même place

    Où il venait d’ordinaire se déchirer le coeur

    A force de larmes de sanglots de tourments

    Fixant son regard sur la mer sans récolte

    Et répandant ses pleurs…»

    Ces quelques lignes de L’Odyssée d’Homère sont l’un des extraits poétiques que l’artiste grec Photis Ionatos a choisis de mettre en musique dans ce dernier album qui est une pure merveille pour tous les amoureux de poésie, de Grèce, ou de Méditerranée.

    Photis, nous le connaissons depuis les années 70, lorsqu’il formait un duo avec sa soeur Angélique : rappelez-vous le 33 tours «Angélique et Photis Ionatos» que l’on passait en boucle alors, où l’on voyait le frère et la soeur chacun penché sur sa guitare, et où nous les entendions chanter des poèmes et textes magnifiques, comme «Y a-t-il de la place au ciel pour les poètes ?» ou «I have a dream», célèbre discours anti-raciste de Martin Luther King…

    Esprit poétique et idéaliste du duo, parfaitement adapté à l’esprit de cette époque où les cris de «flower power» et de «make love not war», mots d’ordre de tous les poètes en tous temps et en tous lieux, voulaient s’imposer contre l’esprit de commerce et de guerre de la société de consommation moderne…

    Ecouter Angélique et Photis Ionatos à leurs débuts :

    Bref, pendant toutes ces années Photis n’a cessé de chanter de la poésie, et il nous offre ici un choix des extraits de poèmes qui le font le plus vibrer. Plus : qui guident sa vie, comme il s’en explique dans le livret :

    «L’approche de l’action poétique à travers l’expression musicale, a toujours été la priorité et la préoccupation, l’épicentre et l’engagement de ma «conduite artistique». La poésie est, tels des phares pour les navigateurs, la condition indispensable qu’il faudrait à tout prix respecter, afin d’éviter les écueils et arriver à bon port. Le choix des poèmes est donc vital afin de «jalonner» le chemin… J’ai donc (fait) un choix, certes très difficile, parmi tous les textes poétiques que j’ai mis en musique et qui m’ont accompagné, certains en tous cas, depuis le début…»

    Le livret offre donc la traduction en français de ces courts extraits poétiques, où l’on trouvera, outre Homère déjà cité, Constantin Cavafis, le célèbre poète grec de l’Alexandrie du XX° siècle, mais aussi Aki Roukas, poète grec contemporain qui vit, comme Photis Ionatos, en Belgique…

    Vous rappelez-vous le temps où Ferré ou Brassens chantaient Aragon ? Pourquoi cette époque s’est-elle éteinte en France, et pourquoi les Grecs continuent-ils, tout comme Homère jadis, à mettre en musique les plus grands poètes ? (Car l’Illiade et l’Odyssée étaient chantées, à la manière des lieder ou des airs d’opéra… opéra, c’est-à-dire spectacle réunissant théâtre et chant, justement inventé par les Grecs !).

    Nous avons été profondément touchée par ce disque, qu’il faut bien évidemment écouter livret à la main si, comme nous, l’on ne comprend pas le grec, et qui nous parle d’une Grèce éternelle, qui vit encore aujourd’hui, même dans l’exil, et qui continue à placer au coeur de son imaginaire, de ses rêves, c’est-à-dire de sa réalité, la mer, le soleil, et le voyage, ou plutôt les «périples», tout comme au temps d’Ulysse. Un disque beau et rare.

    www.homerecords.be

  • 0-oum

    OUM, Zarabi, Music Development Company/ Distrib. Harmonia Mundi

    Le premier album diffusé à l’international de la Marocaine Oum, « Soul of Morocco », paru en 2013, nous avait enchantée, première voix féminine de qualité à émerger du monde arabe, 15 ans après Natacha Atlas. L’album «Zarabi» (tapis, en marocain) confirme l’artiste comme une voix singulière. L’artiste, de son vrai nom Oum el Ghaït Benessahraoui, est née dans une famille saharienne, comme son patronyme l’indique, et ce disque est un hommage à ces musiques du Sahara marocain, longtemps ignorées par les élites urbaines éduquées, comme il en va souvent des musiques des régions périphériques et de leurs populations déshéritées, en tous pays…

    Oum, qui a eu la chance de naître à Casablanca et de faire des études, donne ici une revanche, comme d’autres artistes avant elle dans d’autres contextes, à son peuple. Elle chante ici, en darija, qui est la langue marocaine c’est-à-dire le parler de tous les jours, par opposition à l’arabe littéraire langue de la musique arabe classique, et elle remet au goût du jour ces musiques sahariennes, souvent d’un accompagnement très simple et d’une mélodie épurée, comme le seraient des statuettes africaines car le Sahara est africain, en se les appropriant et en leur donnant une nouvelle vie.

    Oum a écrit les textes des courts poèmes qu’elle chante ici, poèmes d’amour dans la pure tradition du peuple sahraoui, poèmes de quelques vers à peine, repris et répétés tout le long de la chanson. Musique saharienne souvent interprétée par des femmes traditionnellement, car les femmes jouent un rôle important dans les sociétés sahariennes et d’Afrique de l’Ouest, et sont musiciennes également par conséquent. Oum est accompagnée tantôt d’une guitare guembri, tantôt de frappes de mains nues, tantôt d’une kora car l’Afrique noire, cousine-voisine, est tout près, tantôt d’un saxophone car l’artiste marocaine est moderne avant tout.

    Le disque a été enregistré dans l’oasis de M’hamid, lieu magique du Sud marocain que nous avons la chance de connaître, lieu habité par le silence et l’immensité du désert. Les enregistrements ont été réalisés en extérieur, chants d’oiseaux y compris parfois, pour restituer l’esprit du lieu.

    Le tout est une vraie réussite, repéré par la radio française FIP, experte en musiques du monde, gage de qualité.

    http://www.oum.ma/

  • A FILETTA

    A FILETTA, Castelli, World Village/Harmonia Mundi

    La beauté du chant humain pur. Voilà ce que nous proposent les choeurs polyphoniques, tradition corse mais tradition qui existait dans le passé dans bien d’autres régions d’Europe et du Moyen-Orient, venue sans doute des chants liturgiques religieux, et chants polyphoniques qui se maintiennent aujourd’hui particulièrement vivants dans certains pays, comme la Bulgarie ou la Géorgie.

    Le groupe A Fileta existe depuis plus de 30 ans, et dans cet album Jean-Claude Acquaviva, François Aragni, Paul Giansily, Stéphane Serra, Jean Sicurani et Maxime Vuillamier  nous offrent des chants éternels, qui sont pourtant… leur création ! Voix qui enflent comme une voile, voix graves comme les notes les plus graves d’un violoncelle, notes aiguës qui rejoignent le registre féminin, la gamme des effets et des textures est infinie, et nous restons saisis de cette beauté essentielle, car beauté nue.

    Voici comment les artistes se présentent sur leur site : «En octobre 1978, naissait le groupe A Filetta. A l’époque nous ne savions pas et d’ailleurs, nous ne savons toujours pas, s’il s’agissait du rêve d’une esquisse ou de l’esquisse d’un rêve. L’esquisse d’une demeure à jamais ouverte où pourraient venir trouver refuge, les âmes entremêlées, qui dans leur quête d’éternité, tissent et retissent les fils de ce vieux partage qu’est le chant. Le rêve d’un navire sans pavillon, parti de nulle part sillonner l’ailleurs où des phares immémoriaux pourraient peut-être un jour lui dire : « c’est là, parmi vous, dans l’éphémère partagé que sont les étendues éternellement heureuses »».

    Du bonheur, céleste ou terrestre, oui voilà ce que nous offre A Filetta…


    http://afiletta.com/

  • DU-SEMS

    DÜ-SEMS ENSEMBLE, Music from Turkey & Greece, ARC Music

    «Frères ennemis» ? La Turquie et la Grèce, l’une musulmane l’autre chrétienne, et qui ont pu s’opposer sur le plan politique, ont bien plus de points communs que l’on imagine, et leur musique en est sans doute la meilleure preuve. Voilà ce qu’ont voulu démontrer nos trois musiciens turcs quand ils ont fondé le trio Dü-Sems, en 2010 à Istanbul. Mais aussi, comme ils s’en expliquent eux-mêmes, au-delà de la seule Grèce, «l’un des principaux objectifs de l’Ensemle Dü-Sems est de démontrer comment la musique turque a toujours été en interaction avec les musiques d’autres pays tels que la Grèce, l’Iran, les Balkans et la Syrie ; et nous le faisons en jouant avec des musiciens de tous ces pays».

    Osman Kırklıkçı, Emre Erdal et Osman Öksüzoğlu nous offrent donc ici un petit bijou musical, où vous entendrez, à l’oreille, tous ces pays, d’une composition à une autre. «Geragotikos Sirtos» sonne grec bien entendu, et «Hicaz Mandra» vient directement des Balkans. Et pourtant, tous deux sonnent AUSSI profondément turcs ! Et il en va ainsi de l’ensemble des 14 compositions.

    Ecouter « Geragotikos Sirtos» :

    Au fait, que signifie ce nom, Dü-Sems ? Il se prononce Dou-Chams, et signifie «Deux soleils» : c’est le titre d’une composition de El Farabi, célèbre philosophe musulman du X° siècle, né dans l’actuel Turkmenistan et décédé à Bagdad, commentateur d’Aristote, théoricien de la musique (on lui doit un célèbre «Traité de la musique»), et aussi excellent joueur de ‘oud !

    Musulmane, chrétienne, persane, turque, balkanique ou ouzbèke : la musique n’a que faire de votre carte d’identité, et ce disque en est l’une des plus belles illustrations ! Un bel acte politique, à l’heure où, aux frontières de la Turquie actuellement, islam et occident semblent plus que jamais s’opposer…

    http://www.dusems.com/

  • SACRI CUORI

    SACRI CUORI, Delone, Glitterbeat

    «Sacri Cuori, les enfants bâtards de Fellini, ont de nouveau pris la route. Ancrés en Romagne en Italie, le groupe est conduit par le guitariste/producteur Antonio Gramentieri, et joue de la musique topographique instrumentale qui reflète les lieux qu’ils traversent, qu’il s’agisse d’une plage de Rimini emplie de nostalgie ou du rêve du désert Mojave à la fin de l’hiver (…) Comment définir leur musique ? Appelons-la du Twang Adriatique, quelque part entre la musique de danse d’autrefois de leur Romagne natale et le film Mulholland Drive de David Lynch, quelque part entre le rêve des années 50 et les cauchemars du futur, Santo & Johnny et Brian Eno? Et avec un goût prononcé pour les musiques de films italiens pour couronner le tout. Bien sûr sont présents Ennio Morricone et Nino Rota, mais aussi Riz Ortolani, Piero Piccioni, Piero Umiliani, Armando Trovajoli et plusieurs autres maîtres de l’âge d’or».

    C’est ainsi que nos artistes, qui signent ici leur 3ème album, après avoir signé également plusieurs B.O. de films, dont certains primés au Festival de Venise, se présentent. Et pour notre part, qui les découvrons ici, c’est un véritable coup de coeur pour ce groupe déjanté, un peu foutraque, et imprégné surtout d’un ÉNORME sens de l’humour, et d’une légèreté de vivre, toute italienne, qui fait du bien !

    Rythmes rock and roll et tropicaux des années 60, couleur bleu ciel et jaune citron («La Maradena»), bouffées d’Ennio Morricone mi-tragique mi-comique («Delone»), Folk américain «on the road» («Belly strange»), esprit de Nino Rota réincarné («Portame via»), fanfare joyeuse qui pourrait être celle d’un cirque dans un film de Fellini («Madalena»), chanson glamour en anglais à écouter avec humour et au second degré comme celles de Paolo Conte («Dancing»), nous avons adoré l’inventivité, la totale liberté, et la fantaisie de ce groupe qui voyage autant dans l’espace que dans le temps. Rafraîchissant et pétillant comme une glace au citron italienne !

    http://www.sacricuori.com

  • DAVIDE

    DAVIDE SALVADO, Lobos, FOL Music (Espagne)

    Il est émouvant de voir un jeune artiste consacrer un disque entier à des chants traditionnels de sa région. Tel est le parti de Davide Salvado, qui nous offre ici un florilège de chants de Gallice, chants traditionnels qui se perdent dans la mémoire du peuple, et que l’artiste s’approprie totalement, comme s’il les avait composés lui-même. «A vida», «Helena», «Lobos» (les loups)… : ainsi sur les 10 titres de l’album, 8 sont traditionnels, les 2 autres proposant de nouvelles paroles sur des airs traditionnels…

    Le livret nous offre les paroles de toutes les chansons, et si nous ne comprenons pas à 100% le gallicien, entre-deux entre l’espagnol, le portugais et un idiome local, nous saisissons les mots de ces chansons : pierre, herbe, loup, mouchoir, étoile, lune… Et, parfois, quelques phrases, comme, dans «Helena» :

    «Donne-moi une aiguille d’argent

    Pour que j’ôte une épine dans mon coeur

    Qui me tue…»

    Davide Salvado, qui est au chant, est ici accompagné, tantôt d’un tambourin seul, comme ces chansons ont dû se chanter bien souvent dans les villages de Gallice autrefois, tantôt d’un accordéon, d’un saxophone, et d’autres instruments. On reconnaît ici et là des bouffées mauresques – la région fut, comme toute la péninsule ibérique, occupée par les Arabes pendant plusieurs siècles, et dans certains morceaux, une flûte jumelle de la flûte arabe ney se fait même entendre («Helena», «A vida»)…

    Un album authentique, qui prouve que l’attachement à ses racines défie les siècles et la modernité. Sur la pochette, notre jeune artiste pose, en jeans et t-shirt, tenue des jeunes gens d’aujourd’hui, mais à ses pieds cinq tambourins nous disent son enracinement dans la musique de ses ancêtres. Car le patrimoine immatériel des peuples est éternel…

    https://www.facebook.com/oladrondeamorodos/info?tab=page_info

  • TIGRAN

    TIGRAN HAMASYAN & Yerevan State Chamber Choir, Luis y Luso, ECM

    En cette année de commémoration du centenaire du génocide arménien, le pianiste arménien Tigran Hamasyan, désormais installé aux Etats-Unis, a choisi de rendre hommage aux millions d’hommes, de femmes et d’enfants assassinés ou exilés, par la musique. Et par celle qui n’appartient qu’au seul peuple arménien : la musique liturgique des rites de l’église chrétienne d’Arménie.

    Avec le Choeur de chambre de Yerevan, l’ensemble vocal le plus célèbre du pays, il réinterprète ici les chants religieux de ce peuple – appelés «sharakans» – dont certains remontent au V° siècle…

    Musique de recueillement, musique profonde, ce disque, empreint de gravité et de mélancolie, se veut néanmoins un disque d’espoir. D’abord par son titre : car «Luys i Luso» signifie «Lumière de la lumière». Mais surtout parce que certains de ces chants, qui sont des prières, s’élevant dans le ciel, sont, MUSICALEMENT, par leur beauté même, leur harmonie, le bonheur qu’ils procurent à l’écoute, porteurs d’espoir, comme peuvent l’être certaines cantates de Bach.

    Et l’on imagine, à écouter ces chants religieux, combien de prières ont dû éclore, dans des églises d’Arménie, dans des maisons dévastées, et dans l’exil ensuite, par des millions d’Arméniens et d’Arméniennes de tous âges. Et jusqu’à ce jour, dans la diaspora, restée très attachée à sa religion, parmi les descendants de ce terrible génocide, qui n’oublient pas…

    http://www.tigranhamasyan.com/

  • FADOAMÁLIA, As vozes do fado/Les voix du fado, Decca/Universal

    O que interessa é sentir o fado.
    Porque o fado não se canta,

    acontece. O fado sente-se, não

    se compreende, nem se explica.

    Traduction : 

    L’essentiel c’est de ressentir le fado.

    Car le fado ne se chante pas,

    il survient. Le fado se ressent,

    il ne se comprend pas, ni ne s’explique.

    Cette pensée d’Amália Rodrigues ouvre le superbe album que nous offre Decca, les plus grandes voix du Portugal d’aujourd’hui chantant ces fados que fit connaître au monde entier la grande artiste aujourd’hui disparue. Et l’album est un véritable trésor, chaque chanson, magistralement interprétée par des artistes différents, femmes ou hommes, s’ouvrant sur une autre, tout aussi sublime… Si, comme nous, vous vouez une passion à ce chant profond du Portugal, vous succomberez à ce disque qui porte le fado au sommet.

    Ecouter Ricardo Ribeiro, «Grito» :  

    Ana Moura, António Zambujo, Carminho, Camané, et des découvertes pour nous comme le poignant Ricardo Ribeiro, et des surprises aussi avec l’Angolais Bonga, la Cap-Verdienne Mayra Andrade, merveilleuse ici, ou encore le Brésilien Caetano Veloso… Et pour clore le tout, un titre chanté par la propre soeur d’Amália, Celeste Rodrigues…

    Ecouter Mayra Andrade & António Zambujo, «Lisboa não sejas francesa» :

    Une pépite en or, qui nous offre en outre les paroles, en portugais, de toutes les chansons, poésie pure. Un disque certainement appelé à devenir une référence dans la discographie du fado.

    http://www.ricardoribeiro.pt/

  • ARMEL DUPAS, Upriver, Jazz Village/Harmonia Mundi

    La naissance d’un grand pianiste. Quel bonheur de découvrir un nouveau pianiste de jazz, et de comprendre d’emblée qu’il s’agit d’un très grand artiste ! Armel Dupas a tout juste 30 ans, une solide formation classique derrière lui puisqu’il est passé par le Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris, où il suivait la classe de jazz. Mais Armel Dupas a surtout le génie propre aux grands artistes, un génie particulier qui lui fait composer une musique qui n’appartient qu’à lui. En l’écoutant, l’on pense à Keith Jarrett, à Ravel, à Satie, au ‘oudiste Anouar Brahem peut-être, pour l’intériorité et la pudeur, mais l’on pense surtout «Armel Dupas», car les compositions du jeune artiste défrichent des territoires totalement neufs, comme seuls le font les génies musicaux.

    Certes, Armel Dupas avait déjà été repéré dans les milieux jazz depuis quelques années, collaborant par exemple avec la jazzwoman franco-camerounaise Sandra Nkake, ou encore ayant été choisi par le contrebassiste Henri Texier pour intégrer son Sky Dancers Quintet. Armel a déjà ainsi une bonne discographie derrière lui comme membre de divers groupes de jazz ou d’électro-groove, et également comme compositeur de musiques de films.

    Mais «Upriver» est son premier album solo, et c’est un vrai régal. Intégrant ici l’électronique, car il faut vivre avec son temps, s’accompagnant là d’une chanson française ou d’un saxophone, Armel Dupas nous offre son univers intimiste et poétique, pudique et expressif. Ecoutons-le parler de ce disque : «Une composition surgit le plus souvent de manière inattendue. Elle sommeille en moi et surgit quand l’émotion est plus forte que la pudeur qui la tient enfermée à l’intérieur. Upriver est comme un carnet intime écrit sur plus de dix années (…). Upriver signifie «à contre-courant» : j’ai cherché une esthétique qui me soit propre, quitte à ce qu’elle me conduise sur un flux opposé à certains courants dominants. Pour moi, Upriver, c’est être libre d’apprécier ce qui me semble authentique dans chaque esthétique (…). Néanmoins le piano seul m’ennuie. Un monologue pur sur un disque entier, c’est trop pour moi. Et pourtant j’ai voulu faire un album solo car je veux assumer pleinement les émotions qui m’ont amené à cette musique». Un album étincelant comme un diamant pur. 0-Armel Dupas

    www.armeldupas.com

  • LUCA

    LUCA BASSANESE, «Popolare Contemporaneo», Buena Onda, et «Quand piove» (Italie)

    Il y a quelques semaines, Place d’Italie à Paris, la foule rassemblée sur la place dansait sur le rythme de tarentelles endiablées jouées par l’Italien Luca Bassanese et son groupe : c’était à l’occasion d’une Fête de l’Italie organisée par la Mairie du 13ème arrondissement. Car depuis la Gaule et Jules César, Rome et Lutèce sont reliées par un cordon ombilical qui ne s’est pas tari, renforcé par l’abondante émigration italienne en France, au début du XX° siècle, Italiens installés, pour ceux vivant à Paris, essentiellement dans les quartiers Sud de la capitale…

    Les disque «Popolare Contemporaneo» et «Quando piove» ne sont pas récents – sortis il y a 2 ou 3 ans –  mais ce n’est pas une raison pour ne pas vous présenter cet artiste passionnément engagé dans la préservation d’un patrimoine musical populaire qui fit danser des millions de ses ancêtres, et continue de le faire jusqu’à aujourd’hui !

    «Per l’acqua, per la terra, per la dignita dei popoli», est le sous-titre de ce disque, tant il est vrai que tous ces artistes passionnés de musiques traditionnelles le sont aussi de la défense d’une certaine idée du «peuple», dans son sens le plus noble, à l’heure où les politiques nationales et la mondialisation semblent les ignorer totalement, gommant leurs désirs, leurs priorités, leur réalité presque…

    «Ola Ola Ola

    Drinking Coca Cola

    Tu sei Superman

    Tu hai venduto Peter Pan»…

    (Ola Ola Ola/ Tu bois du Coca-Cola/Tu es Superman/Tu as vendu Peter Pan…).

    Car défendre le peuple c’est toujours, et aujourd’hui plus que jamais, intensément subversif, comme l’expriment les paroles de «Ola Ola Ola…», qui suscitent des commentaires enthousiastes sur youtube, telles que «La poésie du carnaval sauve le monde»…

    Un grand bravo à Luca Bassanese, à qui nous souhaitons de faire danser encore bien des foules, sur bien des places publiques ! 

    www.lucabassanese.itwww.buenaonda-officialsite.it