• JEREZ TEXAS, Clar de lluna, Prod. Jerez Texas – jereztexas.com

    Chaque nouvel album de Jerez Texas est un enchantement. L’enchantement cela vous prend dès les premières minutes, les premières notes que vous entendez, l’atmosphère qui vous enveloppe immédiatement, vous captive et vous charme – au sens magique du terme, car la musique est magie.

    « Clar de lluna », enregistré un soir de pleine lune, en plein air et en live, au théâtre antique Sagunto près de Valence, est une autre perle d’un collier que ne cesse de confectionner ce groupe que nous aimons énormément. Basé à Valence en Espagne et mené par le violoncelliste français Matthieu Saglio, la formation Jerez Texas est à géométrie variable, et ici elle est ramenée à son trio essentiel, avec Ricardo Esteve à la guitare flamenca et Jesus Gimeno aux percussions.

    A l’ouverture de ce nouvel opus, ce ne sont pas les notes de violoncelle de Matthieu Saglio que l’on entend tout de suite, mais la guitare aérienne de Ricardo Esteve, oh à peine quelques gouttes de cristal étincelant, qui viennent ensuite faire briller les sons profonds et ondulants du violoncelle, sur juste la respiration des percussions de Jesus Gimeno…

    Enlevés : nous sommes enlevés, comme sur un beau cheval alezan, par le trio ensorceleur… « Vapor del Sudan » était le titre de cette composition – signée Ricardo Esteve. Avec Matthieu Saglio, tous deux se partagent les compositions de cet album, tantôt l’un, tantôt l’autre, tantôt ensemble – à l’exception de « Birdland » (de Joe Zaniwul) et « Color café » (de Serge Gainsbourg, ici dans une version «rumba » décoiffante !). Les autres titres se nomment « Sirocco », « Paris sous la pluie » (signée Matthieu Saglio, très belle composition, où comment la musique transforme la tristesse en beauté), « Danza del clavo »,…

    Enregistré en live, avec toute l’énergie de l’échange avec le public que l’on entend, cet album nous donne envie de courir les voir sur scène. Jerez Texas, ou quand la flamme du flamenco, la douceur du violoncelle, et la pulsation de vie des percussions, se mêlent pour nous offrir un flamboiement de musique… 

    www.jereztexas.com 

  • GREEN MOON, Tyto Alba, Homerecords (Belgique)

    Dans la même veine que l’album précédent – hommage à des musiques traditionnelles par de jeunes musiciens d’aujourd’hui – voilà l’album d’un trio belge qui revisite les musiques irlandaises populaires, et leur redonne vie, avec parfois des accents rock ou pop.

    Lorcan Fahy au violon et à la mandoline, Téo Crommen à la guitare et à la mandoline, et Lucas Deru à la contrebasse, accompagnés parfois d’autres amis musiciens, nous offrent une musique dansante, joyeuse, et intemporelle. La Belgique se révéle décidément comme un petit pays où l’on cultive le goût des traditions musicales vivantes…

    www.homerecords.be 

  • NISIA, Pandora e cumpagnia, Homerecords (Belgique)

    Nisia est un duo, composé de la Sicilienne Emanuela Lodato et du contrebassiste belge Vincent Noiret, qui redonnent vie aux traditions musicales de l’Italie du Sud, et notamment de la Sicile.
    Dans ce deuxième album (le premier était sorti en 2012), ils mêlent leurs propres compositions – toujours chantées en sicilien par Emanuela – à des chansons traditionnelles, berceuses pour un enfant ou tarentelles à danser. Ils ont convié ici l’accordéoniste sicilienne Virginia Maiorana, ainsi que, venu de l’île également, Antonio Putzu, qui joue de la cornemuse (appelée « zampogna ») et de la flûte-roseau (« friscaletto ») (comme dans « Nniminu », berceuse traditionnelle).

    Le tout donne un disque qui sonne résolument « authentique » : la voix à la fois claire et intense d’Emanuela, et l’énergie que diffusent les musiciens qui l’accompagnent, nous disent que ces traditions chantées ne se sont pas éteintes, et qu’elles restent vivantes. Et ces disques même, qui sortent à l’orée du XXI° siècle, contribuent à maintenir bien vivants ces chants, traditions et instruments, ancrés dans des siècles d’histoire. La preuve : à part deux ou trois titres, toutes les chansons sont des compositions originales de Nisia, chansons d’aujourd’hui dans le droit fil de la tradition d’hier…

    A noter : la chanteuse tunisienne Ghalia Benali, invitée sur cet album, qui chante ici en arabe sur un titre, en duo avec Emanuela. Comme pour rappeler que la Sicile fut arabe pendant longtemps…

    www.nisiamusica.com

  • CLARINET FACTORY, Meadows, Homerecords (Belgique)

    Nous n’avons pas souvent l’occasion de recevoir des disques de groupes tchèques, aussi nous sommes nous montrée extrêmement curieuse de découvrir cette « Fabrique de Clarinettes », constituée de quatre amis clarinettistes, qui se sont rencontrés quand ils étaient tous quatre étudiants à l’Académie des Arts de la Scène de Prague (AMU), et qui ont décidé il y a une dizaine d’années de créer un groupe ensemble. Parmi eux : trois clarinettes donc, et une clarinette basse.

    A l’écoute, c’est fou ce qu’une – ou plutôt quatre ! – clarinettes arrivent à produire, comme sons différents, ambiances opposées, atmosphères in-ouïes. Le seul élément sonore, hormis les clarinettes, que s’autorisent nos quatre compères, étant … la frappe de leurs mains !

    « Musique classique, jazz, crossover, ethno, minimalisme, electronique, musique contemporaine, improvisation et création originale » : sur leur site internet, c’est ainsi que les Clarinet Factory définissent leur musique. Création en tout cas, pour cet univers totalement neuf, et où le son des clarinettes peut évoquer tour à tour une flûte, un orgue, un hautbois, un accordéon, ou même la voix humaine… Un véritable petit orchestre donc !
    Envoûtant… et convaincant !

    http://www.clarinet-factory.cz/

  • KARIM BAGGILI, Apollo you sixteen, karimbaggili.com

    Nous suivons depuis ses débuts le guitariste et ‘oudiste belgo-jordanien Karim Baggili. Et il nous semble que d’album en album, l’Orient est de plus en plus présent dans ses compositions… et jusqu’au choix de ses partenaires musicaux.

    Ainsi, après avoir invité le Trio Joubran dans son dernier album, l’artiste convie ici Mohamed Mokhlis au violon arabe, pour des introductions et des mélodies dans le droit fil des compositions classiques arabes nées au Caire, à Amman ou à Alger…

    L’univers du musicien reste plus « speed », plus « guitare manouche » ou « flamenca », que celui d’un ‘oudiste arabe traditionnel normal, car il est né et a grandi en Europe, où les rythmes de vie actuels sont intenses… Mais ce sont précisément ces rythmes enlevés, énergiques, pulsés, que nous aimons chez l’artiste (comme dans « Apollo recall »). Même si, Orient oblige, certaines compositions sont plus mélancoliques – et nous séduisent tout autant (« Kiss from lion »)…

    Karim Baggili s’affirme ainsi d’album en album comme un artiste qui a su créer un univers musical qui lui appartient en propre – et qui nous réjouit !

    www.karimbaggili.com 

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    ALEXIS AVAKIAN, Hi dream, Absilone/Socadisc

    Une découverte pour nous que le saxophoniste franco-arménien Alexis Avakian, qui nous présente ici son deuxième album : le premier, « Digging chami », l’avait aussitôt propulsé « Révélation française de l’année » par Jazzmagazine !

    Tour à tour au saxo, à la guitare et à la flûte, Alexis est entouré ici de Fabrice Moreau  (percussions), Mauro Gargano (Contrebasse), Ludovic Allainmat (Piano)et Artyom Minasyan (doudouk).

    « Hi dream » porte bien son nom, car c’est un jazz aérien, léger – ce qui ne veut pas dire futile – qui nous est offert ici. Et si l’album devait être une couleur, ce serait un arc-en-ciel de couleurs pastel, vert amande, bleu ciel, jaune pâle, rose tendre… Car le saxophone, en jazz, est souvent l’instrument de la douceur, parfois chuchotement ici, comme un nuage, comme un rêve… :  «Hi dream », bonjour le rêve… Et bravo et merci à Alexis Avakian et à son quintet… de rêve !

    www.alexisavakian.net 

  • j-aime-la-france

    J’AIME LA FRANCE, Collectif, Milan Music

    Les attentats qui ont endeuillé la France en 2016 ont paradoxalement eu un effet positif : faire prendre conscience aux Français qu’ils AIMAIENT leur pays – chose qui n’était pas évidente à comprendre lorsque l’on li(sai)t ou entend(ait) les tonnes de critiques que les Français aim(ai)ent à déverser contre : leur pays, leur gouvernement, leur percepteur, etc. Et que l’on vo(ya)it les Français vouer une adoration à tout ce qui est étranger – nourriture, musique, mode, et j’en passe – quitte à dévaloriser parfois… tout ce que les étrangers et les touristes adorent quand ils viennent en France !

    Bref, voici, proposé par les éditions Milan Music, un « revival » de l’esprit « français » dans ce qu’il a de plus sympathique : ses chansons populaires, que fredonna non seulement toute la France, de 7 à 77 ans, pendant l’entre-deux-guerres et jusqu’aux années 50, mais aussi : que l’on fredonna dans tous les pays où la France exerçait son (immense alors) influence culturelle, de l’Afrique du Nord au Moyen-Orient en passant par l’Amérique Latine. Jean Sablon, Ray Ventura, Mistinguett, Edith Piaf, Charles Trénet, Tino Rossi, ne furent pas seulement des vedettes françaises mais des vedettes mondiales, qui se produisaient à l’étranger, ambassadeurs d’une joie de vivre que le monde entier nous enviait alors.

    Joie de vivre qu’il serait urgent de retrouver, car :

    – la télévision et ses « débats politiques » d’un sérieux à mourir ont remplacé la radio et ses chansons joyeuses dans les foyers ;

    –  les cadres sup et les employés de bureau ont remplacé les ouvriers et les classes populaires comme composantes majeures de la population française, et l’esprit de sérieux de tous ces « Bac + », ces « complets-cravate » et ces pseudo « élites intellectuelles » que l’on nous montre à l’écran du matin au soir — l‘esprit bourgeois ou prétentieux en somme – a mis comme un couvercle d’ennui et de grisaille sur tout le pays…

    A quand un nouveau Front Pop ? Une nouvelle Mistinguett un peu canaille ? Un nouveau Ray Ventura qui nous fasse rire ? Le retour de la douceur dans ce monde de brutes avec une nouvelle Lucienne Boyer et ses chansons d’amour si romantiques ?…

    www.milanmusic.fr 

  • DAVID VENITUCCI & ANNICK CISARUK, La vie en vrac – EMP Musique/Universal

    Et voici, continuant à faire vivre la riche tradition de l’accordéon en France, David Venittuci, qui a composé les belles musiques de textes écrits par Yanowski, et qu’interprète ici Annick Cisaruk. Chansons écrites par le poète Yanowski spécialement pour la chanteuse, et qui raconte, nous dit-il, non seulement une femme, mais les «  nombreuses femmes qui l’habitent ».
    Très beaux textes et musiques qui collent parfaitement à ces mots et qui les subliment : voici un album de « chansons françaises » comme on les aime, où poésie et musique se rencontrent au sommet.

    Extraits de la chanson « La lettre » :

    « Ma mère je m’en vais j’ai quinze ans cet automne

    Et quinze ans c’est déjà la moitié d’un murmure

    La moitié de trente ans qui vertement bourgeonne

    A mes lèvres pressées d’escalader le mur… »

    Dans « C’est la ville » :

    « C’est la ville avec ses lumières

    Sa floraison de réverbères

    Et ses ruelles buissonnières… »

    Et dans « L’amour » :

    « L’amour

    C’est un cerf-volant déchiré

    Qui virevolte tout l’été

    Au-dessus des faubourgs

    Sait-on jamais au grand jamais

    S’il échouera au mois de Mai.. »

    http://www.davidvenitucci.frwww.epmmusique.fr 

  • thrace

    THRACE, « Sunday Morning Sessions », Harmonia Mundi
    Voici la rencontre de quatre musiciens : les frères Bijan et Keyvan Chemirani, percussionnistes d’origine iranienne installés en France ; le Grec Sokratis Sinopoulos à la « Lira », cette petite vièle traditionnelle ; et le violoncelliste français Jean-Guihen Queyras, plus habitué des formations de musique classique et contemporaine.
    Le « teaser » de l’album sur youtube fait apparaître une évidence : la parenté du violoncelle avec ces musiques d’Orient et de l’Est du bassin méditerranéen que pratiquent les trois autres musiciens. Car le violoncelle tout comme la lira se joue calé debout entre les jambes – c’est aussi ainsi que se joue le violon dans les orchestres arabes et arabo-andalous. Et le son du violoncelle évolue dans ce registre grave et mélancolique qu’est celui du ‘oud…

    Le violoncelliste Matthieu Saglio, tout comme le contrebassiste Renaud Garcia-Fons, emmènent depuis des années leurs instruments, créés «pour musique classique occidentale », sur les terres des musiques méditerranéo-orientales. Voici Jean-Guihen Queyras à son tour conquis par ces mélodies et rythmes orientaux qui entrent parfaitement en résonance avec ces grands instruments à cordes frottées au son grave et profond…

    http://www.harmoniamundi.com

  • voxtraVOXTRA, « The encounter of vocal heritage », MuziekPublique (Belgique)

    Voilà une bien belle idée, concrétisée par l’équipe de MuziekPublique, ce centre de musiques du monde, à Bruxelles, tout à la fois salle de concerts, école d’instruments du monde entier, et producteur de disques – dont voici le huitième.

    Leur disque précédent, « Amerli – Refugees for Refugees », avait été notre coup de coeur de l’été 2016 : MuziekPublique avait eu l’idée d’enregistrer un disque avec des artistes, réfugiés en Belgique, venus de pays en conflit tels que la Syrie, l’Irak ou l’Afghanistan, qui jouaient ensemble

    Nos Belges passionnés de sons d’ailleurs poussent ici encore plus loin l’expérience : ils invitent des artistes venus d’Albanie, de Belgique, de Finlande, de Madagascar et de Sardaigne, à mêler leurs traditions vocales, dans des créations où les langues et les sons se mêlent.

    Polyphonies subtiles d’Albanie, polyphonies sardes aux étonnants effets de voix masculines en bourdon, yodels malgaches très loin de leurs cousins autrichiens, chanson populaire en américano-wallon récoltée sur les bords du Lac Michigan auprès de descendants de migrants belges partis là-bas au XIX° siècle, ou encore une berceuse composée de trois berceuses, la première sarde, la deuxième malgache et la troisième de Finlande : au total, l’oreille se régale d’entendre tous ces chants, basés sur des traditions anciennes de plusieurs siècles, toujours vivants heureusement.

    Et sur youtube l’on pourra visualiser comment toutes ces traditions se mêlent : car les artistes se produisent dans leurs costumes traditionnels, et l’on se régalera de voir, autant que d’entendre, comment la Malgache Talike Gelle mêle son chant à celui du trio albanais Gjini, ou encore comment la Finlandaise Anu Junnonen répond au groupe sarde Tenore de Monte Arvu.

    Une bien belle initiative, et un disque déjà salué et récompensé !

    www.muziekpublique.be