• COMPAGNIE MONTANARO:
    D’amor de guerra, Nord-Sud

    “Cri persan”: c’est sur ce titre, instrumental et tout oriental, que s’ouvre le dernier album, double, de la Compagnie Montanaro: “D’amor de guerra”. S’ensuit la chanson “Alexandria”, dont voici les paroles, sur un rythme lent, poésie parlée plus que chantée:

    “Ballade citadine
    Fumée des narguilés
    Au calme des cafés
    C’est l’heure masculine

    C’est l’heure du jacquet
    Des jeux d’échec fébriles
    C’est l’heure fraîche, tranquille
    Le doux temps de flâner

    (violon oriental)

    Au secret des maisons
    Des gestes de tendresse
    Dattes offertes en caresses
    Des regards des frissons

    C’est l’heure des amours
    L’heure cachée, câline,
    C’est l’heure féminine
    Belle, rebelle, toujours

    Je marche avec douceur
    En dansant tous mes pas
    Et mes notes déjà
    Exhalent ces odeurs

    Qu’elles chantent tous ces bruits
    Un rien de la couleur
    Cette vague pâleur
    Du bleu d’Alexandrie

    Qu’elles chantent tous ces bruits
    Un rien de la couleur
    Cette vague pâleur
    Du bleu d’Alexandrie”

    Le ton est donné: Miquèu Montanaro nous emmène encore une fois dans un périple musical, qui nous mène cette fois-ci non seulement à l’Est de la Méditerranée, comme dans son album “Vents d’Est”, mais au Soudan, en Hongrie, en Roumanie, en Colombie, et en Israël…

    Et c’est bien d’amour et de guerre dont nous parlent ces chansons: étonnement de trouver de la joie de vivre, et le goût de chanter et de danser, aussi bien dans le Darfour dévasté, dans la ville de Medellin où s’entretuent les cartels de la drogue, que dans les écoles d’Israël, où se mêlent enfants des trois confessions…

    “Troubadour”: Miquèu Montanaro ne compose pas de chansons qui font seulement plaisir, ou seulement danser, mais des chansons qui sont des messages, comme à l’époque où il n’y avait pas de papier imprimé pour colporter les nouvelles, et dire à quel point le monde va mal… Ainsi dans la chanson “J’ai vu des hommes”, longue litanie de douleur :
    “J’ai vu des hommes qui tuaient (…)
    J’ai vu des hommes qui me ressemblaient…”

    Et nul besoin de parler l’occitan pour comprendre la chanson “Ashanti/Drecch”, écrite lors de son séjour au Darfour :
    “Au mitan de l’orror
    Au mitan dei foliàs
    Lei crits dei violentadas…”

    Heureusement, l’espoir est toujours là, comme en témoigne la chanson“Pierre à chagrin”, écrite lors d’une résidence en Anjou, et inspirée par les temps où, en France – sans aller jusqu’au Darfour – les femmes faisaient les durs travaux des hommes, comme tailler la pierre, pendant que les hommes étaient à la guerre:
    “Y aura un temps pour les beaux jours
    Un temps de la pierre sans surprise
    Où sur la vie nous aurons prise
    Reviendra le temps de l’amour”…

    Si vous voulez en savoir plus sur Miquèu Montanaro et ses complices, qui, aujourd’hui basés dans le petit village de Correns en Provence, font depuis 35 ans des “musiques ouvertes”, comme ils disent, entre musiques traditionnelles provençales, musiques du monde et autres, et organisent un festival “Les joutes musicales de Correns”, allez sur leur site. Qui s’ouvre… sur la jolie chanson “Alexandria”, que vous pourrez ainsi écouter à loisir…

    http://www.compagnie-montanaro.com
    http://www.joutes-musicales.com

  • FLAVIO ESPOSITO:
    Napoli e dintorni, Buda Musique

    Flavio Esposito a inventé un nouveau style en guitare: le “napolitano-brésilien”! Cet artiste, amoureux fou de Naples, de son parler, et de son fabuleux répertoire de chansons populaires, resté vivant et que l’on chante toujours entre amis après une soirée agréable, est tombé amoureux aussi… du Brésil et de ses musiques !

    Guère étonnant: Naples et la Bossa Nova mettent la guitare au centre de leurs chansons, et la douceur de vivre – la dolce vita – se conjugue en italien tout autant que sur les plages du Brésil…

    Voici donc un album délicieux, pour tous les amoureux: de la guitare; de l’Italie; du Brésil; ou des trois à la fois – dont nous sommes ! L’artiste y chante des chansons traditionnelles anonymes, comme “La scarpetta” (“Qui te l’a offerte, cette belle petite chaussure?(…) Qui me l’a offert? Le jeune homme que voici !…”); nous offre ses arrangements de classiques tels que “O sole mio”; ou encore des chansons du XIX° comme “Chiove”.

    Mais là où nous aimons le plus le guitariste, c’est quand il chante, en langue napolitaine, sur des rythmes de bossa nova: comme dans “Malafemmena” ou “Bacio a mezzanotte”. Et soudain on se rappelle cette évidence: les Italiens furent nombreux à émigrer en Amérique Latine, et au Brésil aussi par conséquent, et à lui apporter leur goût immodéré pour les chansons d’amour douces, qui célèbrent la douceur de vivre, et d’aimer… comme dans la bossa nova !

    http://www.budamusique.com

  • ALIREZA GHORBANI & DORSAF HAMDANI:
    Ivresses – Le sacre de Khayyam, un CD Accords croisés

    Né dans les années 70, ayant déjà signé deux albums chez Accords Croisés, Alireza Ghorbani est l’un des plus grands chanteurs iraniens, formé au Conservatoire national de Téhéran, et depuis 1999 soliste vocal de l’Orchestre national d’Iran.

    C’est par exemple lui qui fut choisi pour chanter les compositions de Ali Tajvidi (1919-2006), lors du concert donné par l’Orchestre national d’Iran en hommage au célèbre violoniste et compositeur, 40 jours après le décès de celui qui était pour les Iraniens l’équivalent d’un Abd el Wahab pour les Egyptiens.

    Et le talent vocal de Alireza Ghorbani – qui suscite des commentaires enthousiastes sur youtube – fait déjà de lui le futur successeur du grand Mohamed Reza Shajarian (né en 1940). Mieux que l’écouter: il faut le voir chanter, pour juger de toute la complexité et de la technicité de ce chant classique persan.

    Pour sa part, Dorsaf Hamdani, de la même génération, s’est spécialisée dans le chant classique arabe, appelé malouf dans son pays la Tunisie. Homme et femme dialoguent ici, chacun dans sa langue – persan et arabe – sur les quatrains d’Omar Khayyam, qui célèbrent le vin, l’ivresse, et l’amour:
    “Ne perds rien des doux moments de notre vie
    Ne pense pas au lendemain de cette nuit
    Il faut saisir les doux moments de notre vie…”

    Le spectacle était une création du Festival d’Ile-de-France de l’automne 2010. Les poèmes sont mis en musique par Ali Ghamsary, qui joue ici du tar (ce luth d’Asie centrale dont le corps forme comme deux gouttes d’eau réunies), aux côtés d’autres instrumentistes iraniens. Nous ne savons pas si, dans l’Iran d’aujourd’hui – où les violonistes femmes de l’Orchestre national sont toutes voilées de noir, même lorsqu’elles interprètent Mozart! – un artiste serait autorisé à chanter ces vers libres, et libertins, du grand poète persan du XI° siècle, qui ont influencé toute la poésie musulmane, et donné naissance à la poésie d’amour européenne, via l’Andalousie médiévale.

    Car Omar Khayyam, qui se disait “infidèle mais croyant”, célébrait toutes les ivresses, le vin étant souvent utilisé ici, comme dans la poésie antique grecque, comme une métaphore de l’amour (que l’on pense aux célèbres vers chantés par Oum Kalthoum dans “Al Atlal”, que connaissent par coeur tous les Arabes adultes: “al hobb soukara” – l’amour est ivresse; que l’on pense aussi à “Aimer est le grand point, qu’importe la maîtresse? Qu’importe le flacon, pourvu qu’on ait l’ivresse?”, d’Alfred de Musset…).

    Et l’on se réjouit de ce rappel d’un âge d’or musulman où la joie, la fête et les plaisirs des sens n’étaient pas couverts d’opprobre, comme ils le sont devenus dans la plupart des pays musulmans aujourd’hui. Et l’on se désole tout aussi automatiquement quand on apprend que l’artiste tunisienne qui veut chanter ici la liberté, soit “engagée officiellement pour la cause du président tunisien Ben Ali”, et donne à l’occasion des concerts “en son soutien”… Le sage et néanmoins malicieux Omar Khayyam, qui chantait avant tout la liberté, doit se retourner dans sa tombe, de tant de servilité…

    http://www.alirezaghorbani.com
    http://www.accords-croises.com

  • LIZ MC COMB:
    « I believe », distrib. Naïve

    Elle est l’une des grandes voix du gospel aujourd’hui. L’Américaine Liz Mc Comb, qui a choisi la France comme port d’attache comme avant elle ses prédécesseurs les jazzmen des années 50, sort un 11° album somptueux.

    Tout y est parfait: la voix, chaude, puissante et expressive; l’orchestration, avec des musiciens en osmose parfaite avec l’artiste, et qui révèlent chacun leur singularité au cours de l’album.

    Liz y interprète un répertoire constitué essentiellement de chants traditionnels restés anonymes et devenus universels, comme “Trouble in my way”, “Humble me” ou “Down by the riverside”. Mais elle revivifie la tradition par des arrangements très jazzy, voire swinguants – et s’accompagne même de guitares électriques et de percussions, totalement absentes du gospel des origines.

    Liz garde de sa culture afro-américaines la croyance que musique et spiritualité sont intimement liées. Et dans ses concerts, et même à la seule écoute de ses disques, on le perçoit de manière évidente: l’esprit du gospel est là, totalement. Il n’y a pas de mots pour le définir: comme le “duende” du flamenco ou le “tarab” en musique arabe, c’est quelque chose qui se ressent pendant l’écoute, comme un souffle, un esprit, une présence, quelque-chose de “plus” que les seules notes de la voix et des instruments, qui est là et qui nous touche. La grâce? Liz appelle cela “l’esprit de la musique”…
    Nous l’avons rencontrée à Paris, alors que l’artiste est en tournée en France pour 3 mois.

    Parlez-nous de votre passion pour le gospel…

    Je suis impliquée dans le spirituel, pas dans le politique. Même si les deux s’entremêlent. Parce que le spirituel parle contre l’injustice. Et si Dieu me met face à une injustice, je dois en parler. Mais dans le gospel il y a surtout l’amour pour les gens, et Dieu veut que nous montrions l’amour que nous avons les uns avec les autres. C’est ce qui manquait dans nos sociétés. L’économie nous met à genoux, parce que nous dépendions de l’argent que nous avons. Mais maintenant Dieu nous a fait réaliser qu’il y a plus dans la vie que les seules valeurs monétaires.

    C’est cela qui explique, selon vous, l’énorme succès du gospel en ce moment?

    Le gospel est très populaire depuis environ 15 ans. La nouvelle génération et l’ancienne génération ont joint leurs efforts pour que nous entendions ce message. Les nouveaux artistes ont beaucoup fait pour s’adresser à la jeune génération, à travers le rap gospel, ou le hip-hop gospel. Il y a par exemple de jeunes groupes comme Kirk Franklin, et d’autres, qui ont réussi à amener les jeunes à ce que le message du gospel a toujours été, mais de telle façon qu’ils puissent l’entendre. Et cette graine a été plantée il y a 20 ans. Il y a des groupes qui chantaient, comme The five blind boys of Alabama (groupe formé en 1939, ndlr), ils chantent depuis 60 ans, et si vous écoutez leurs cd… mon Dieu ! Il y a eu beaucoup de grands artistes, Bessie Griffin (1922-1989, ndlr), Mahalia Jackson (1911-1972, ndlr), tous ces gens venaient ici en Europe. Mais leur public était un public limité, et maintenant c’est en train d’atteindre le grand public.

    Vous-même, comme on le voit dans cet album, vous faites partie de ces artistes qui rénovent le gospel, en introduisant dans vos chansons des guitares électriques par exemple, et en les laissant faire de grands solos – et pourtant, vous préservez l’esprit du gospel…

    Aux Etats-Unis, on a toujours fait ça. Quand j’étais petite, et que nous chantions le gospel, nous avions un piano, un orgue électrique, des guitares, et des percussions, et tout ça n’existait pas dans la plupart des églises où se chantait le gospel. Mais dans notre église nous avions tout ça: on swinguait, et c’était quelque chose de totalement nouveau.

    Quels sont les artistes qui vous inspirée?

    J’ai grandi avec The five blind boys of Alabama, The Staple singers (groupe célèbre aux USA dans les années 70, ndlr), Mahalia Jackson, Clara Ward (1924-1973, ndlr)… Mais plus que ça, quand j’étais petite, j’ai participé à des ateliers de gospel avec James Cleveland (1931-1991, ndlr). J’écrivais des chansons, et je voulais me montrer, mais en même temps j’étais très timide. J’ai toujours été impressionnée par cette musique. Et ces gens ne chantaient pas pour un public: ils chantaient pour Dieu. Parfois ils étaient payés. Parfois non. Comme les Barry Sisters (duo de jazz yiddish célèbre aux USA dans les années 40 à 60, ndlr). James Cleveland a dit un jour : “il n’y a pas de concurrence dans le gospel”. Et j’ai appris ça très tôt. Mais maintenant il y a une nouvelle génération, pour laquelle le gospel est une route pour devenir une star. Mais le gospel rassemble les gens, il ne les divise pas. Et quand vous écoutez l’esprit de compétition et d’orgueil, ce n’est pas du gospel. Et c’est ce qu’une bonne partie de la nouvelle génération de gospel ne comprend pas… Tout cela, je l’ai appris de ces gens: souvent j’étais avec eux, je portais leurs bagages, j’étais comme un valet: j’avais un tel désir d’apprendre ! Je voulais seulement apprendre et grandir. Et ça n’a jamais cessé. Jusqu’à aujourd’hui je considère qu’il faut toujours apprendre et grandir. Et on peut apprendre de n’importe qui.

    Et parmi les artistes d’aujourd’hui? 


    Barbara Streisand: beaucoup de gens ne l’aiment pas, vont dire “c’est de la variété”. Mais elle sait chanter, non? Céline Dion aussi. Et Aretha Franklin, l’une de mes préférées. La hiérarchisation des artistes est faite seulement par les compagnies de disques…

    Votre mère était pasteur, et vous avez commencé à chanter petite fille. Mais on dirait que vous n’avez pas choisi de faire carrière dans le gospel tout de suite…

    Moi je voulais chanter. Point. Je voulais être à Broadway ! J’ai fait du théâtre, j’ai fait beaucoup de choses à part le gospel. Mais au début de ma carrière je voulais être à Broadway. Je suis partie à New York, j’ai vu Eubie Blake (1887-1983, compositeur et pianiste afro-américain de ragtime, ndlr) (Liz se met à nous chanter à tue-tête, le visage radieux, “I am just wild about Harry, and Harry is just bad about me, tadadadada!”…., ndlr). J’adorais les comédies musicales, et je voulais simplement en faire partie ! C’est de la musique qui vous rend heureux, tout simplement. Il y avait des chansons, des claquettes, et de la danse. J’étais amoureuse des deux frères Greg et Maurice Hines, qui chantaient tout en faisant des claquettes et en dansant. Je vivais une vie d’artiste: choriste dans des choeurs d’accompagnement, ou bien en studio d’enregistrement…
    En fait, ce n’est pas moi qui ai choisi le gospel: c’est le gospel qui m’a choisie. J’avais enregistré plusieurs chansons de ma composition, que j’ai envoyées à un producteur. Il n’a pas du tout aimé. Ma cousine Annie, qui vivait à New York, m’a dit: “envoie-lui du gospel”. Et là, il a aimé. J’ai intégré un groupe, “The roots of rock’n roll”, qui faisait du jazz, du blues et du gospel. On a fait une tournée de deux ans en Europe. Et c’est là que tout a démarré. J’étais étonnée de la manière dont tout ça a démarré rapidement.

    Quels sont quelques-uns de vos souvenirs artistiques les plus forts?

    Une fois au Liban, j’ai entendu un choeur chanter, a capella (sans instruments, ndlr). Des voix magnifiques. Je me suis dit “ils savent vraiment chanter!”. Et ça m’a rendue humble. Une autre fois, c’était au Maroc: après le concert, j’étais avec le groupe de percussionnistes et on fêtait le concert, ils ont commencé à jouer, je me suis mise à danser, et l’esprit est descendu de manière tellement forte, vous comprenez? C’est l’esprit, et il vous choisit: il choisit simplement un corps pour y vivre. Et j’ai souvent expérimenté cela.
    Mais mon souvenir le plus marquant, c’est quand je suis partie la première fois en voyage, pour une tournée en Europe. J’étais une jeune fille, et je regardais le monde avec de grands yeux. C’était ma première tournée en Europe. J’étais dans l’avion – je n’avais jamais pris l’avion avant ça. Je n’ai jamais raconté ça encore. Je n’étais montée que dans des bus, parce que dans le gospel, quand on faisait une tournée, c’est en bus. Mais là j’étais dans l’avion, et je partais pour l’Europe: je n’arrivais pas à y croire ! Je n’arrêtais pas de toucher le siège, de regarder par la fenêtre, et je me disais “Yeah!!!!!”, mais je ne le disais à personne. Je n’avais pas un centime, et j’étais si heureuse, vous comprenez? (son visage s’éclaire, ndlr). Je n’oublierai jamais cela. Je voulais apprendre tout ce que je pouvais apprendre. Et mon manager m’a regardée et m’a dit: “ne perds pas ça. Ce que tu as maintenant. J’étais aussi comme ça”…

    Comment expliquez-vous le succès du gospel, et le vôtre en particulier, dans les pays les plus divers – car vous vous produisez dans le monde entier?

    Je chante avec mon coeur. Je dis la vérité avec mon coeur. Qui est une histoire humaine. Et je crois que quand vous venez avec une vibration du coeur, tout le monde comprend. Si vous mentez les gens sentent que vous mentez. Il s’agit juste d’une vibration du coeur, et de compassion, et ceci est une histoire pour le monde entier.

    Propos recueillis par Nadia Khouri-Dagher

    http://www.lizmccomb.com
    L’écouter: http://www.lizmccomb.com/radio

    Et voilà quelques artistes de plus:

    Bessie Griffin:

    Clara Ward: quand le gospel devient danse et énergie ! :

    Eubie Blake: il jouait encore en public à 98 ans ! (là: 91 ans):

  • NATACHA ATLAS, Mounqaliba – In a state of reversal, World Village/Harmonia Mundi

    La plus grande chanteuse arabe du moment est… anglaise ! Et Natacha Atlas, qui est mi-égyptienne mi-anglaise, s’affirme plus que jamais, avec ce dernier album, comme la plus grande voix féminine du Moyen-Orient et du Maghreb réunis.

    Car “Mounqaliba” (A l’envers), dont l’artiste a composé une partie des titres, est un album somptueux, très recherché musicalement. Natacha y affirme son amour pour le langage musical créé par les frères Rahbani, compositeurs de Fayrouz, et pour la chanson égyptienne d’avant l’Indépendance, qui mêlait d’une autre façon Orient et Occident. Et elle les développe ici ces deux styles, tout en les actualisant.
    La musique est donc sublime ici, et d’abord le piano, grâce à Zoe Rahman, jeune pianiste et compositrice britannique de jazz multi-primée, métis anglo-orientale comme Natacha Atlas, car elle est née d’un père bengladeshi et d’une mère anglaise. Le piano, symbole de la musique classique occidentale, était un instrument-clé dans les compositions des Rahbani, et il est largement mis à l’honneur dans cet album. Dès le premier titre, tous les ingrédients sont là: longue introduction instrumentale au piano, dans un climat oriental tout intérieur; déploiement des doux violons d’un orchestre moyen-oriental, à la manière d’un orchestre classique occidental; surgissement de la flûte nay, qu’affectionnait Fayrouz; et la voix enfin, la voix pure, toute de féminité exquise, comme l’était celle de la grande diva libanaise, de Natacha Atlas.
    Mais Natacha Atlas n’est pas qu’une voix: d’abord, elle a participé à l’écriture et à la composition de nombre de titres de cet album, en partenariat avec son ami Samy Bishai, compositeur anglais né et grandi en Egypte, qui a appris le violon classique à Alexandrie. Elle se veut aussi “passeur de cultures”, reprenant ce qui fit le succès de son tube “Mon amie la rose”: reprendre des chansons occidentales connues – en les orientalisant musicalement, tout en les chantant dans leur langue d’origine.
    Surtout, l’artiste ne se limite pas au répertoire de chansons d’amour romantiques qui ont fait les succès libanais et égyptiens d’autrefois: et cet l’album “Mounqaliba” est aussi un message politique sur “le monde actuel, qui… marche sur la tête”, comme l’explique l’artiste. “On a l’impression de traverser une version moderne perverse des temps moyenâgeux”. Et les chansons sont entrecoupées de messages inspirés par le réalisateur et compositeur américain Peter Joseph, initiateur du mouvement altermondialiste Zeitgeist. Au fil de l’album, Natacha nous donne à écouter des sons captés dans la rue, au Caire et à Marrakech, et notamment des appels à la prière où l’on entend clairement “Allahou Akbar”, comme on les entend tous les jours dans toutes les villes arabes.
    Nulle revendication identitaire ici. Juste la fierté des origines. Et d’un patrimoine musical exceptionnel. L’héritière de Fayrouz et de Abdel Halim Hafez est anglaise: merci la mondialisation!

    http://www.myspace.com/natachaatlasofficial

    http://www.zoerahman.com

    Réécouter “Mon amie la rose”:

    Réécouter sa reprise de “Ya Laure hobouki” de Fayrouz:

  • CALYPSO ROSE: “Calypso Rose”, World Village/Harmonia Mundi

    A Trinidad & Tobago, elle est l’une des plus grandes stars de la calypso. Née en 1940 dans une famille pauvre de Tobago – 13 enfants et les parents vivant dans une seule pièce – Calypso Rose est aujourd’hui une star adulée dans toute la Caraïbe.

    Son dernier album, Calypso Rose (World Village) nous offre des tubes de l’île devenus des classiques, tels que “Rhum and Coca-Cola” ou “Underneath the mango tree”, à côté des propres compositions de l’artiste. Rencontre avec une femme pleine de bonne humeur, qui, pendant notre interview, chantait et riait, autant qu’elle nous parlait…

    Q: Dans votre dernier album, j’ai beaucoup aimé la chanson pleine d’humour “A man is a man”…

    R: Ah ! (elle rit, et se met à chanter, dans le hall de l’hôtel où nous l’interviewons, en tapotant le rythme, avec ses deux mains, sur son genou):
    “A man is a man
    Don’t mind his face like a frying pan
    Chinese man or Indian man
    Any man could give you satisfaction

    When Calypso Rose was small, Mummy said:
    “Before you get married I will chose a husband for you.
    Take a barrister a minister or even a doctor”
    Well I told her Mom
    A man is a man
    You mustn’t mind his profession
    Mummy you must understand
    Any man will give me satisfacion

    Some of the girls in this island
    They’re running competition
    Some are looking for taximen and others for policemen
    But a man is a man
    etc… “

    Q: Oui, dans tous les pays les filles veulent épouser des hommes qui ont des métiers où ils gagnent beaucoup d’argent…

    R: Oui, et moi je leur dis toujours: “essayez d’obtenir un diplôme avant de vous lancer dans la chasse au mari”. Mais maintenant c’est le contraire qui se passe: ce sont les hommes qui courent après les femmes, pour en trouver une qui puisse les entretenir. Ce n’est plus comme du temps de mes parents, où c’était l’homme qui devait subvenir aux besoins de toute la famille…

    Q: Votre père était pasteur: avez-vous commencé à chanter à l’église?

    R: Oui, je faisais partie de la chorale de l’église. On chantait du gospel. Un jour, j’avais 15 ans, j’étais dans la rue, et j’ai assisté à un incident: un homme a arraché les lunettes de soleil sur le visage d’un autre, pour les voler, qui s’est mis à crier “au voleur! au voleur!”. En rentrant, je me suis mise à composer une calypso. Tout m’est venu ensemble: paroles et musique. C’était ma première chanson. En 1955.

    Q: Et le succès est arrivé dans les années 60….

    R: Oui, j’ai continué à chanter, et un jour le Dr Eric Williams (appelé “Le père de la Nation”, il gouverna le pays de 1956 jusqu’à sa mort en 1981, en faisant accéder le pays à l’Indépendance en 1962, ndlr) m’a appelée pour chanter à l’un des concerts qu’il donnait.

    Q: En 1966, vous sortez votre premier “tube”: “Fire in me wire”, et en 1978, vous êtes la première femme à gagner le titre de “Calypso monarch”, pendant le Carnaval, avec votre composition “I thank thee”….

    R: Oui: avant ça, la compétition pour gagner le titre de meilleur chanteur de calypso était réservée aux hommes. En 1978, j’ai été la première femme à gagner ce titre, et comme nous venions d’accéder au statut de République, on a laissé le titre de “Calypso king” pour “Calypso monarch”…

    Q: Les artistes sont parfois plus écoutés que les hommes politiques, surtout dans les pays du Sud: comme artiste caribéenne, vous sentez-vous investie d’un rôle “engagé” lorsque vous chantez?

    R: Bien sûr. En 1969, j’ai écrit la chanson “No Madam”: une bonne ne gagnait que 20 dollars par mois, et travaillait 31 jours par mois (elle se met à la chanter, ndlr):
    “Rose you wash the dish
    No Madam… “
    Et bien cette calypso a eu comme conséquence que le gouvernement s’est réuni et qu’on a changé les lois sur les domestiques, pour exiger un minium de 250 dollars !

    Q: Vous donnez des concerts dans toute la Caraïbe: vous sentez-vous une identité caribéenne?

    R: Oui, parce que quand je chante, je sens que je fais quelque chose de bien pour Trinidad & Tobago, et pour toute la Caraïbe et l’Amérique centrale. Par exemple, j’ai causé la création du carnaval à Belize, et ma chanson, “Fire in Belize”, a été un tube en Allemagne et en Italie (elle bat des pieds et se met à la chanter, ndlr). Je participe à tous les festivals et carnavals des Caraïbes : en Jamaïque en avril, aux Barbades en juillet, aux Iles vierges en Avril, à Sainte Lucie en juillet, à Antigua en Août, à Grenade en Août…

    Q: Vous vivez aujourd’hui à New York: pourquoi ce choix?

    R: Je me suis mariée à un citoyen des Iles vierges, et d’après nos lois, si un homme de Trinidad & Tobago épouse une femme étrangère, elle prend sa nationalité à lui, mais dans le cas contraire ce n’est pas possible. Mon mari ne pouvait vivre à Trinidad & Tobago qu’avec une carte de séjour, qu’il aurait dû faire renouveler chaque année… Quand j’ai vu ça nous avons décidé de nous expatrier et de nous installer aux USA… Mais je retourne plusieurs fois par an à Trinidad & Tobago, ou ailleurs en Caraïbe.

    Q: Vous avez composé plus de 800 chansons …Qu’est-ce que la musique vous apporte?

    R: Elle me permet de rester vivante. Elle verse un arc-en-ciel dans mon âme.

    Q: Votre album s’ouvre sur la chanson “Back to Africa”, votre composition. Qu’avez-vous ressenti lors de votre premier voyage en Afrique?

    R: C’était au Libéria, Samuel Doe m’avait invitée. Mon arrière-grand-mère venait de Guinée. L’Afrique, ce sont nos racines. Je crois que ce sont mes racines africaines qui me rendent si forte (elle rit. Calyspo Rose a été opérée d’un cancer du sein, et garde son extraordinaire bonne humeur, ndlr).

    Q: Que pensez-vous de l’évolution de la musique à Trinidad & Tobago?

    R: Autrefois les paroles des chansons étaient très importantes. Elles pouvaient changer un pays, pouvaient ouvrir les esprits, pouvaient changer les conditions politiques, sociales… Mais les choses ont beaucoup changé. Aujourd’hui, beaucoup ne pensent qu’à faire de la musique comme ça, “boum-boum-boum”…

    Q: Qu’aimez-vous écouter chez vous à la maison?

    R: Beaucoup de gospels. Mahalia Jackson est ce que j’aime le plus. Je n’écoute jamais la radio. Mais j’écoute les nouvelles.

    Propos recueillis par Nadia Khouri-Dagher

    Contact: queenofcalypsorose@yahoo.com

  • MAMADY KEÏTA & SEWA KAN, « Hakili », Cristal Records

    Mamady Keïta est l’une des plus grandes stars mondiales du djembé. Entré à 14 ans dans le prestigieux Ballet national de Guinée, Djoliba, il en devient vite batteur solo puis directeur artistique, et emmènera cet ensemble musical en tournée dans le monde entier.

    Installé en Belgique en 1988 pour répondre aux nombreuses sollicitations artistiques, il vit aux USA depuis 3 ans, où il est très demandé. Plus qu’un musicien, c’est aussi un pédagogue et un passeur, qui a créé 15 écoles de djembé dans le monde entier, jusqu’au Japon…

    Mamady Keïta célèbre ses 50 ans de carrière par la parution d’un superbe album CD/DVD, où, accompagné de son groupe Sewa Kan, on l’écoute – et, mieux, on le voit sur scène (CD et DVD sont des “live”): une quinzaine de musiciens formidables, notamment Souleymane “Cobra” Camara à la kora, Djelimady Kouyaté au balafon ou encore Manu Hermia à la flûte et au saxophone (le seul “blanc” du groupe).

    Ensemble, ils jouent des pièces d’une énergie à réveiller un mort – les percussions étant notamment jouées lors des funérailles, en Afrique, pour célébrer la vie qui continue et effacer la tristesse; et ils jouent aussi d’autres pièces plus douces, balades rythmées par une kora mélodique qui nous emmène au rythme animalier d’une longue marche entre deux villages…

    Au total un concentré d’énergie et de vibrations positives, qui vous donneront immanquablement envie de bouger et de danser, et chasseront, c’est sûr, toutes vos idées noires ! Car “Le djembé c’est la joie”, “le djembé c’est la fête”, comme le dit Mamady Keïta: un euphorisant naturel, à consommer sans modération ! Entretien avec un artiste qui est, même lorsqu’il vous parle et qu’il ne joue pas, un concentré d’énergies positives !

    Le djembé connaît un énorme succès en Occident aujourd’hui, alors qu’il était pratiquement inconnu du public il y a 30 ans: comment expliquez-vous ce phénomène?

    Le phénomène a commencé dans les années 65-66 – à l’époque, il n’y avait aucun djembé en Europe. Avec le Ballet National de Guinée, on faisait des tournées mondiales – ça a peut -être contribué à faire connaître cet instrument. Et c’est arrivé peu à peu, après 1968.
    J’espère que ça n’est pas une mode: parce qu’une mode, ça passe. Le djembé c’est une vie, parallèlement à la vie quotidienne. C’est un instrument chaleureux, c’est le symbole de la joie. Et il est facile d’accès. Ce n’est pas un instrument du froid: c’est un instrument de la chaleur, de la fête. C’est lui qui célèbre toutes les cérémonies du Mandingue. Donc quand on apprend le djembé, on est dans la fête. Tu es assis, le prof t’apprend le djembé, tout se passe dans une atmosphère extraordinaire de fête! Aucun instrument occidental, quand tu l’apprends, ne suscite comme ça une foule de 50-60 personnes, par exemple si tu joues dans un jardin. Donc on apprend cet instrument, et c’est la fête ! Alors que quand on apprend un instrument comme la flûte ou le violon, au conservatoire, c’est très différent. Mais le djembé s’apprend dans les fêtes, dans les cérémonies, à côté de ton maître. Et même si ici on se met en 1/2 cercle à l’écoute du maître, c’est quand même une fête !

    Justement, vous avez créé de nombreuses écoles de djembé, un peu partout dans le monde: parlez-en nous…

    J’ai créé la première école de djembé au monde: à Bruxelles, en 1992. Le film que Laurent Chevalier m’a consacré, “Djembefolo”, dans les années 80, a été une véritable explosion. Ce film a gagné beaucoup de prix, et on m’a appelé pour donner des cours partout: à Genève, à Londres, en Allemagne… J’ai passé 15 ans en Europe, et maintenant je suis installé aux Etats-Unis, parce que je suis très demandé là-bas. J’ai créé 6 écoles: à Washington DC, à Chicago, à San Francisco, à San Diego, à Santa Cruz,… En tout, j’ai créé 15 écoles de djembé dans le monde: en Belgique, France, USA, Suisse, Allemagne, Japon, Singapour, Israël, et Portugal.

    Y a-t-il aujourd’hui des musiciens de djembé “blancs” qui arrivent à atteindre le niveau des musiciens africains?

    Absolument ! César Ewonde, Pierre Marcot, Alain Bramer, Michel Wallen, ou Coco Sell, qui sont des amis, jouent vachement bien ! Si tu les entends jouer et que tu ne les vois pas, tu ne vas pas dire que ce sont des Blancs ! Le djembé n’a pas de frontières, n’a pas de couleur.

    On dit qu’au Japon, vous avez été complètement adopté par les habitants d’un village sur une île…

    J’étais parti en 1994, invité après mon film, pour donner une conférence de presse pour la télévision nationale. J’ai dit: “est-ce que je peux venir avec mon groupe?”. Et là-bas, j’ai créé un nouveau spectacle, avec les enfants de 3 îles: il y a l’île du Soufre, l’île du Bambou et l’île Noire, qui ensemble forment les îles Mishima. Ce travail a été filmé par la télévision nationale japonaise, et on a fait le tour des grandes villes du Japon. Donc sur ces îles je suis devenu très connu. Et ça fait 17 ans que, chaque année au mois d’Août, je suis au Japon, dans l’une des 3 îles. J’ai ma maison. Et les Japonais sont en train de construire un dispensaire dans mon village en Guinée, Balandougou…

    Propos recueillis par Nadia Khouri-Dagher

    Discographie :
    1989 – Wassolon (Mamady Keïta et Sewa Kan), Fonti Musicali
    1992 – Nankama, Fonti Musicali
    1995 – Mögöbalu, Fonti Musicali
    1996 – Hamanah (Mamady Keïta et Mögöbalu), Fonti Musicali
    1998 – Afö (Mamady Keïta et Sewa Kan), Fonti Musicali
    2000 – Balandugu Kan, Fonti Musicali
    2001 – Mamady léé, Fonti Musicali
    2002 – A Giaté, Fonti Musicali
    2004 – Djembe master, Follow Me Productions (compilation)
    2004 – Master of Percussion vol. 2 (Yelemba, Guem, Mamady Keïta) Follow Me
    Productions (compilation)
    2004 – Sila Laka, Fonti Musicali
    2005 – Live @ Couleur Café
    2007 – Mandeng Djara, Fonti Musicali
    DVD :
    2004 – Les Rythmes du Mandeng volume 1 (débutants), Fonti Musicali
    2004 – Les Rythmes du Mandeng volume 2 (moyens), Fonti Musicali
    2004 – Les Rythmes du Mandeng volume 3 (confirmés), Fonti Musicali
    2006 – Djembéfola + Mögöbalu, les maîtres du tambour, réalisations Laurent
    Chevallier, Fonti Musicali
    2009 – Les Rythmes du Mandeng volume 4, Solos, Breaks, Techniques n°1, Fonti
    Musicali

    http://www.mamadykeita.com
    http://www.cristalrecords.com
    Tout savoir sur le djembé: http://www.djembefola.fr

  • PIERRE BERTRAND, Caja negra, Cristal Records

    Pierre Bertrand est un artiste surdoué, Michel Legrand en herbe, à la fois:
    – saxophoniste diplômé du Conservatoire national supérieur de musique de Paris, et Premier Prix en Harmonie et Premier Prix en Contrepoint, excusez du peu;

    – fondateur de plusieurs orchestres de jazz, Prix Franck Ténot des Victoires du jazz et Prix Django “Artiste confirmé” en 2005 pour son Paris Jazz Big Band créé avec Nicolas Folmer; et fondateur en 2006 du Nice Jazz Orchestra, sur la Côte d’Azur;
    – compositeur d’un opéra flamenco chorégraphique, “Madre”, en 2008;
    – compositeur de nombreuses musiques de films;
    – arrangeur pour des artistes de la chanson tels que Claude Nougaro, Charles Aznavour, Murray Head, Lio, Pascal Obispo,…
    et on en passe !

    “Caja negra” (Caisse noire) est son premier album solo, déambulation à travers les musiques que le compositeur affectionne: Méditerranée, Afrique, et Amérique Latine. Il s’est entouré ici d’amis venus d’horizons divers, pour nous proposer une musique vagabonde, où le saxophone, le plus souvent en douceur, nous emmène dans une promenade poétique: le percussioniste argentin Minino Garay; la chanteuse flamenca Paloma Pradal; le pianiste subtil Alfio Origlio, que l’on a vu jouer aux côtés de Salif Keita, Stefano di Battista ou Richard Galliano; le guitariste Louis Winsberg, inspiré par le flamenco et par le Sud, remarqué il y a quelques années pour son album “Marseille, Marseille”; et plusieurs autres solistes de talent.

    Bref, un disque où Pierre Bertrand s’autorise enfin à prendre le devant de la scène, et à nous offrir un jazz doux et vagabond, pour notre plus grand plaisir ! On en est certains, le deuxième album est déjà en préparation…

    http://www.pierrebertrand.com
    http://www.cristalrecords.com

  • ONEIRA, Si la mar, Helico/Distrib. L’autre distribution

    Voilà un album qui nous propose un voyage en Méditerranée. Le groupe Oneira – qui veut dire “onirique” en grec – s’est formé en 2006 autour de Bijan Chemirani, percussioniste français d’origine iranienne, qui collabore souvent avec le contrebassiste français Renaud García-Fons.

    Autour de lui: sa soeur Maryam Chemirani et la Grecque Maria Simoglou au chant; le guitariste Kevin Seddiki; le joueur grec de ney Harris Lambakis; et le Marseillais Pierre-Laurent Bertolino à la vielle à roue.

    “Nous formons un groupe qui voyage dans l’improvisation à partir de ses compositions. Nous avons tous fait ce rêve d’une vie meilleure, où l’on garderait de nos traditions, comme de nos inventions, tout ce qu’il y a de bon… Alors, avec nos instruments, nos passions, notre amitié, ce que nous chantent nos ancêtres, ce que nous murmurent les villes, nous jouons et fabriquons des musiques d’ici et de là-bas, histoire de partager un moment sur les rives de la Méditerranée, et un peu plus loin”: voilà comment nos artistes expliquent leur démarche.

    Et en effet, tous se sont frottés à la fois aux musiques d’aujourd’hui et d’autrefois, de leur propre culture et de cultures voisines: Maryam Chemirani chante aussi bien le répertoire persan classique que dans l’ensemble français de musiques anciennes d’Henri Agnel; Maria Simoglou a baigné à Thessalonique dans le répertoire populaire grec avant d’étudier la musique en Allemagne; Kevin Seddiki joue de la guitare jazz et de la percussion zarb; Pierre-Laurent Bertolino électrifie parfois sa vielle à roue pour lui donner un son contemporain; etc.

    Le livret restitue les paroles de ces chansons, traditionnelles ou écrites par les uns et les autres, et font apparaître une autre parenté – outre les mélodies – entre toutes ces musiques de Méditerranée: celle des thèmes abordés, et de la manière d’en parler. Les mêmes images, les mêmes métaphores, se retrouvent, des rives de l’Espagne jusqu’à l’Iran de la poésie arabo-persane.

    Extraits choisis, de l’air traditionnel espagnol “Si la mar”:
    “Si la mer était de lait
    Je deviendrais pêcheur
    Je pêcherais ma douleur
    Avec des mots d’amour…”

    Ou de la chanson traditionnelle “Anathema”, complainte sur les mariages forcés qui ne nous vient pas du monde arabe musulman, mais… des Carpathes. Unité culturelle, au-delà des religions…

    “Maudit soit le sort,
    Maudite soit la destinée
    Qui veulent que les enfants
    Se marient jeunes

    Et moi ma mère
    M’a mariée jeune
    Et m’a donné un vieil homme
    Médisant

    Et toute la journée il me bat
    Et me crie dessus
    Il me donne une longue corde
    Et une cruche trop lourde”…

    Au total un album qui séduira tous les amoureux des chansons et musiques traditionnelles de Méditerranée… et des voyages.

    http://www.helicomusic.com

  • KARIM ZIAD & HAMID EL KASRI, Yobadi, Accords Croisés/Harmonia Mundi

    Voilà le dernier album du percussioniste algérien Karim Ziad, après “Dawi” paru en 2007 (Intuition music) et “Gnawa home songs”, réalisé par l’ethnomusicologue Emmanuelle Honorin, (Accords croisés) sorti la même année.

    Cet artiste kabyle, donc berbère, qui vit désormais en France, est l’un des co-directeurs artistiques du Festival d’Essaouira de musiques gnawas, créé en 1999. Il dialogue ici avec le maître gnaoui Hamid El Kasri, l’un des grands artistes marocains du genre – les deux artistes se sont souvent produits ensemble sur scène.

    “Yobadi” veut dire “les amis” en bambara, et là non plus, le clin d’oeil à la culture malienne n’est pas fortuit: car les gnawas revendiquent leurs racines sub-sahariennes, du temps pré-colonial où il n’y avait pas de frontières entre le Mali, la Guinée (d’où les gnawas tirent leur nom), le Maroc ou l’Algérie, et où le bambara, lingua franca des commerçants sahariens, était parlé dans une vaste zone reliant Afrique du Nord et sub-saharienne…

    Le disque s’ouvre sur une incantation religieuse: “La ilah illa Allah” – “Il n’y a de dieu que Dieu” – pour nous rappeler que la musique gnawa, si elle est à la mode aujourd’hui, est à l’origine une musique sacrée. Et les sons des guitares électriques, tout comme les rythmes actuels de rock et de blues, se greffent bientôt sur les voix pour accompagner tout naturellement ces chants religieux musulmans en arabe.

    Karim Ziad a accompagné Cheb Mami, Joe Zawinul, Takfarinas ou Aït-Menguellet. Jeune, il aimait Chick Corea ou le Weather Report. Toutes ces préférences – et un net esprit jazz – transparaissent dans ce disque, où, avec Hamid El Kasri, les deux artistes se sont entourés de musiciens aussi divers que Bojan Z au piano, Jacques Schwarz-Bart au saxophone, Nguyen Lê à la guitare électrique, ou encore Chris Jenning à la contrebasse, pour ne citer que ceux-là.

    Un disque qui porte toute l’énergie de l’Afrique, et qui séduira tous les amoureux de ces musiques faites pour emporter jusqu’à la transe par leurs rythmes frénétiques qui deviennent vite hypnotiques, drogues tout à fait naturelles, à consommer sans modération…

    http://www.festival-gnaoua.net