• AZIZA BRAHIM, Mabruk, Reaktion/Distrib. MVS Distribution/Anticraft – Believe

    mk3_ag12

    Un jour nous avons entendu un chant singulier qui nous a conquis, sur la radio française FIP, qui adore les musiques du monde, et c’est ainsi que nous avons découvert le dernier album, formidable, de Aziza Brahim, chanteuse sahraouie.

    Aziza est née en 1976 dans un camp de réfugiés à Tindouf, dans le Sud algérien, où sa mère, enceinte, avait trouvé refuge. Aziza Brahim, c’est la voix des rebelles du Sahara occidental, que l’on entend moins, dans les maisons de disques et concerts en Occident, que leurs frères sahariens touaregs, célèbres depuis le succès des Tinariwen.

    Le Sahara occidental est ce territoire, situé au sud-ouest du Maroc, qui a cessé d’être colonie espagnole en 1976, et qui depuis cette date a fait l’objet de nombreux conflits entre le Maroc, qui revendique sa territorialité, et le front Polisario. Aziza, qui n’a jamais vécu au Sahara occidental, chante ici des chansons de sa composition pour la plupart, sur des textes, nous explique-t-elle, qu’elle a parfois entendus sa grand’mère, El Jadra Mint Mabruk, chanter dans le camp de Tindouf, quand elle était petite fille… Aziza effectuera une partie de sa scolarité à Cuba, grâce à une bourse d’études, et choisira ensuite de s’installer en Espagne, où elle vit à présent, n’ayant jamais revu son père, qui était resté au Sahara occidental, et qui est décédé aujourd’hui…

    Blessures de l’enfance qu’elle confie dans ses interviews, et qui fonde peut-être cette douceur qui imprègne l’album, très loin des rythmes parfois agressifs des musiques touarègues. On est ici plus proche des musiques mauritaniennes – on pense à Malouma – et plus proche du folk et de son esprit tranquille, que du rock.

    Des arrangements parfaits accompagnent cette voix douce comme le miel, qui vous ravira certainement !

    http://aziza-brahim.blogspot.fr/ – www.re-aktion.comwww.fipradio.com

     


     

  • ITALY – Traditional and contemporary music from Italy, ARC Music

    mk6_ag12

    Produite par le label anglais ARC Music, cette anthologie des nouvelles musiques traditionnelles d’Italie, qui couvre toute la péninsule, du Nord au Sud. Car l’Italie, comme les autres pays du monde, est touchée par cette renaissance des musiques traditionnelles, certes peu relayée par les grands médias et peu présente sur les radios et télévisions, mais qui concerne un cercle de plus en plus large de personnes qui s’intéressent aux musiques traditionnelles de leur région et leur donnent une nouvelle vie, grâce aux festivals qui fleurissent ici et là.

    Voici donc, venus de Calabre, de Vénétie, de Naples, de Sicile, d’Ombrie, de Sardaigne et d’ailleurs, des artistes et groupes, jeunes pour la plupart, et parfois constitués autour de chercheurs en ethnomusicologie, qui donnent à entendre, dans les parlers locaux le plus souvent, des airs et rythmes traditionnels, et des instruments que l’on avait oubliés: en Sardaigne c’est le marranzano, cet instrument vibratoire à bouche qui est l’un des plus anciens instruments du monde; en Calabre la chitarra battente, guitare fine et allongée du XVIII° siècle; en Sicile les friscalettu, l’ancienne flûte des bergers en bambou, et les launeddas, trio de pipeaux; dans le Piémont la vielle à roue; etc.

    Ecouter Lucila Galeazzi, de l’Ombrie, dans “Voglio una casa”:

     Les chansons, airs traditionnels ou compositions propres, reprennent des thèmes chers au répertoire traditionnel de chaque région: la mer et les poissons en Sardaigne, la beauté de Venise pour le groupe vénitien; la quête d’un amoureux ici ou là, thème universel…

    Le mérite de cet album est de montrer la vitalité de ce mouvement de retour aux sources musicales dans un pays comme l’Italie, et le livret du disque, très explicatif, et qui reproduit les textes de plusieurs chansons, permettra à l’auditeur intéressé d’en savoir plus sur ces nouveaux groupes italiens, qui se nomment Tancaruja, Xiero, Agricantus, Rua Port’Alba, Cantovivo, ou Novalia, ainsi que sur les albums qu’ils ont déjà réalisés.

    www.arcmusic.co.uk

     

     

  • TRIO SAFAR, Musiques d’Orient, L’assoce pikante

    mk1_ag12

    Voilà un premier album absolument enthousiasmant d’un tout nouveau trio, le Trio Safar, constitué de Christian Maes (accordéon diatonique), Halim Alkhatib (qanoun) et Etienne Gruel (percussions). Ou comment deux musiciens français ont été totalement conquis par les musiques du Moyen-Orient et se les sont appropriées ! Car si un Egyptien ou un Moyen-Oriental écoutait certains titres, notamment ceux qui incluent une chanson chantée en arabe par Halim Alkhatib, il n’aurait aucune chance de deviner que des Français se cachent parmi les musiciens !

    Mais nos deux artistes français sont, à l’instar de nombre de musiciens de leur génération, des musiciens-voyageurs, curieux de toutes les musiques: Christian Maes a commencé à s’intéresser aux dansantes musiques irlandaises, avant de travailler plusieurs années avec des artistes du Québec – région où l’accordéon se porte bien – pour ensuite s’intéresser au Moyen-Orient : c’est ainsi qu’il créa en 2003 un spectacle donné au Liban et en Jordanie, “Les Orientales”, en duo avec le Jordanien Halim Alkhatib, qui donna ensuite lieu à un disque, et dont ce trio est en quelque sorte le développement naturel.

    Etienne Gruel quant à lui s’est formé à toutes les percussions orientales – zarb, derbouka, req, daf. Auprès des Chemirani père et fils d’abord – Djamchid, Keyvan et Bijan – mais aussi lors de voyages en Afrique du Nord, en Iran, et au Liban.

    La réunion de nos trois artistes, qui ont tous trois en commun le fait d’être autodidactes (ce qui n’empêche pas Halim Alkhatib d’enseigner le qanoun et même le ‘oud, à Amman) s’avère très féconde. Est-ce d’avoir fréquenté si longtemps les joyeuses musiques irlandaises et du Québec? Voici un disque de musiques du Moyen-Orient dansantes et joyeuses, où la mélancolie a peu de prise, et qui réussit un miracle: fondre l’accordéon, cet instrument typiquement européen, dans les musiques orientales, qu’il épouse parfaitement, “immigré parfaitement intégré” dans les nouvelles contrées où il s’installe ! Un disque parfaitement maîtrisé, et un bonheur d’écoute total !

    Ecouter: www.youtube.com/watch?v=4EaVpk18LMI

    www.myspace.com/trio.safar

     


     

  • CARLA PIRES, Rota das Paixões, World Village/Harmonia Mundi

    mk1_ju12
    Nous avons eu le plaisir de découvrir Carla Pires en concert, lors du festival Babel Méd Music à Marseille en mars dernier. Concert intimiste d’une artiste pudique, face à un public muet d’écoute, absorbé par son chant.
    Son dernier album, “Rota das Paixões”, vous permettra de découvrir cette artiste d’exception, qui apporte au fado une douceur plutôt in-ouïe jusque là. Car nulle dramatisation à outrance ici, nuls pleurs – et quand la mélancolie est là, elle est juste couleur gris perle, comme la photo de la mer devant laquelle l’artiste pose sur la couverture du disque, un sourire serein sur le visage.
    Carla Pires chante depuis près de 20 ans, et elle est actrice également. C’est sans doute ce double don qui lui a valu d’être choisie pour incarner la jeune Amália Rodrigues dans la comédie musicale “Amália” consacrée à la diva du fado, le plus grand spectacle musical jamais produit dans le pays, qui resta à l’affiche 4 ans au Portugal, de 2000 à 2004.


    “Rota das Paixoes” est le troisième album de l’artiste, après “O fado em concerto” (2002) où elle reprenait des fados d’Amália Rodrigues et “Ilha do meu fado” (2005), son premier album solo. Mais ici, pour la première fois, Carla se dévoile comme auteur de ses chansons, car pour cet album, composé de 12 compositions originales, elle a écrit quelques-uns des poèmes qu’elle chante, et composé quelques-unes des musiques.
    “J’essaye de trouver mon propre chemin”, confiait-elle au journaliste Luís Rei dans cronicasdaterra.com. Et, comme d’autres de sa génération, Carla Pires dépasse l’univers du fado, pour l’enrichir des musiques qu’elle aime – comme le tango, qui rythme la chanson qu’elle a écrite “Quem me dera voar” (Qui me fera voler) (on pense à Cristina Branco et à son album “Fado tango”…).

    A noter aussi pour cet album: la voix lumineuse de Carla Pires est accompagnée par de merveilleux musiciens, notamment la guitare portugaise de Luis Guerreiro, la guitare classique d’Antonio Neto, et l’accordéon d’Enzo Daversa. Un album qui vous enchantera!

    http://cronicasdaterra.com/

    www.myspace.com/carlapires 

    www.ocarina-music.ptwww.worldvillagemusic.com

  • ZAKOUSKA, Musique roumaine aventureuse, Playasound/Harmonia Mundi

    mk3_mai12
    La zakouska désigne un plat roumain à base de poivrons, de tomates, d’oignons, de carottes, d’épices, et d’huile d’olive, voisin évidemment de la chakchouka algérienne, car l’Empire ottoman s’étendait jadis, en forme de croissant de lune autour de l’Est de la Méditerranée, de l’Europe balkanique jusqu’à l’Algérie, mixant les cultures, culinaires et musicales notamment!

    Zakouska est aussi le nom d’un jeune groupe de musiciens français amoureux de la Roumanie, groupe né en 2009 à Strasbourg, ville qui regorge de groupes talentueux amoureux des musiques d’Europe de l’Est – tout comme nous !

    Elodie Messmer et Aline Haelberg au violon et/ou au bratsch (ce grand violon roumain au son plus grave), Fabien Bucher à la guitare et Arthur Bacon à l’accordéon, sont partis en Roumanie écouter et enregistrer des airs traditionnels. Ils les retravaillent ici et s’en servent parfois comme base pour des compositions hardies, tout en restant dans l’esprit de ces musiques, qui combinent tradition et liberté.


    Nous avons été scotchée par “A casuta de trifoi”, totalement pris par l’incroyable voix féminine, réalisant de vraies prouesses vocales comme savent en réaliser les interprètes féminines de là-bas. Surprise: c’est la Française Laetitia David, la voix d’or du tout aussi jeune groupe Imaz’Elia, que nous avions découvert en février 2011 (www.babelmed.net/6436) , Laetitia qui est une sur-douée de ces musiques nomades et voyageuses, invitée sur cet album avec d’autres artistes.
    Notre quatuor raconte dans le livret, enthousiaste, avoir découvert avec leurs voyages “toute une Roumanie sonore brassant une matière que l’on ne soupçonnait pas aussi vivante et foisonnante”: c’est un peu de cet enthousiasme et de ce foisonnement sonore que leur premier album restitue, avec bonheur.

    www.myspace.com/zakouskawww.playasound.com

  • YASMINE HAMDANE, Kwaidanrecords/Distrib. Idol/Differ-ant

    mk3_apr12
    Parmi tous les pays du Moyen-Orient et du Maghreb, le Liban et la Turquie sont les deux pays où la modernité musicale est la plus avancée – et notre rubrique MUZZIKA! vous parle de temps en temps de productions remarquables venues d’Istanbul ou de Beyrouth, encore injustement méconnues en Europe et trop peu programmées dans les festivals et concerts…
    Nous avons eu un coup de coeur pour ce premier album solo de la Libanaise Yasmine Hamdan, connue des jeunes Libanais branchés comme membre du groupe d’électropop Soapkills, qu’elle avait fondé en 1998 avec Zeid Hamdan. Connue aussi des jeunes Français branchés – car Yasmine vit à Paris depuis 2002 – pour son album “Arabology”, réalisé en duo avec le compositeur de musique électronique Mirwais Ahmadzaï et sorti en 2009 (chez Universal Music). Les deux groupes – Soapkills et Y.A.S. – restant toujours abondamment écoutés et commentés sur youtube, en plusieurs langues car l’électro s’écoute partout…

    Pour ce premier album en solo, Yasmine a travaillé avec Marc Collin, producteur de l’album mais surtout co-auteur, avec ses claviers et ses synthétiseurs qui font plus qu’habiller les compositions de Yasmine (qui est auteur-compositeur): qui les transfigurent.

    C’est de l’électropop minimaliste qui nous est proposée ici, et nous aimons beaucoup! Yasmine nous propose ses propres compositions, mais aussi, elle détourne des chansons anciennes pour se les réapproprier – non sans humour. Elle chante en arabe, et dans “Beirut”, au lieu de vanter les beautés du lieu comme nombre d’exilés, elle nous rappelle, faisant rimer les mots en arabe: “Beirut, Ma fi amal ma fi aamal” (Beyrouth, il n’y a pas d’espoir, il n’y a pas de travail”) ou encore “Beirut, Mahlaha wou mahla zamanha”(Beyrouth, qu’elle est belle, et comme son passé était beau)…

    Dans “Samar” elle s’amuse à chanter avec l’accent et sur des mélodies inspirées du Golfe persique (où elle a vécu, petite fille, avec ses parents qui avaient fui la guerre du Liban) et cela donne les “gamar” pour “lune” et “noudjoum” pour étoiles, avec une voix haut perchée comme les chanteuses indiennes et sur des mélodies influencées par l’Inde comme les musiques du Golfe depuis l’immigration indo-pakistanaise!
    Sur youtube, le teaser de l’album est kitchissime, l’Orient exotique étant ici littéralement mis à distance. Car Yasmine Hamdane n’est pas uniquement libanaise: c’est une jeune artiste d’aujourd’hui, qui appartient à une culture mondialisée: celle des nouvelles musiques électroniques qui font danser les jeunes dans les boîtes de nuit branchées, de Vladivostock à Sidney en passant par…Beyrouth et Paris… Un disque à faire découvrir à vos ados et jeunes adultes, qui adoreront!
    http://yasminehamdan.com
    www.kwaidanrecords.net

  • RENAUD GARCIA-FONS, Solo/The Marcevol Concert, CD/DVD, Enja

    mk2_mars2012Le mois dernier nous avons réalisé un entretien avec le contrebassiste français Renaud Garcia-Fons (www.babelmed.net/renaud_garcafons.fr) , et le voici qui sort un nouvel album, en solo cette fois.

    Enregistré au prieuré de Marcevol, dans les Pyrénées Orientales, lieu chargé de spiritualité et situé non loin de la frontière espagnole, ce qui qualifierait aussi notre artiste, ce double album, cd et dvd, permettra, même pour ceux, comme nous, qui ont déjà eu la chance de voir le fabuleux contrebassiste sur scène, de mieux comprendre comment, avec seulement un archet et ses dix doigts, il arrive à créer tant de sons d’instruments différents avec sa seule volumineuse contrebasse…


    11 titres, 11 compositions, où l’artiste est accompagné de… lui-même uniquement, lorsqu’il enregistre au sampler ses propres percussions, frappant de ses mains sa contrebasse. Et onze univers différents, comme autant d’escales d’un voyage dans les univers musicaux les plus différents. Dans “Palermo notturno” l’on croit entendre un luth de la Renaissance, ou un ‘oud, dans une mélodie orientalisante, et l’on découvre, outre un contrebassiste, un percussionniste qui n’est pas peu doué, lorsque Renaud Garcia-Fons fait jouer ses dix doigts directement sur le bois de l’instrument, frappant plus ou moins fort, au centre ou plus au bord, avec les doigts ou bien avec son poing fermé… C’est que d’avoir fréquenté pendant autant d’années les musiques des pays du Sud, où le rythme est si important, Renaud Garcia-Fons est devenu un peu percussionniste à son tour…
    Dans “Hacia Compostela”, il joue sur les sons très aigus, si bien que l’on croirait entendre un violon. Dans “Kalimbass” – avantage du dvd – on voit qu’il a placé deux feuilles de papier entre les cordes et le manche, et celles-ci vibrent à chaque frottement de l’archet, pour produire au final le son de… la cithare “inanga” du Burundi! Dans “Marcevol”, l’artiste laisse transparaître sa formation classique, et c’est l’ombre de Bach avec ses suites pour violoncelle qui plane ici. “Bajo de Guia” est du flamenco, où Garcia-Fons joue de son instrument comme un guitariste d’une guitare, avec de fougueux rasgueados. “Voyage à Jeyhounabad” est un hommage à l’Iranien Ostad Elahi Sheikh Amiri (1895-1974), maître spirituel et virtuose du tanbur, ce luth traditionnel persan. “Yupanqui” est un hommage au maître argentin, et se déroule sur un rythme proche du tango. “Kurdish mood” annonce la couleur, “Far balad” sonne comme une mélodie celtique et dans “Rock wandering” l’on croirait entendre une guitare basse électrique très rock…

    Déclaration d’amour aux musiques du monde entier, déclaration d’abolition des frontières si meurtrières parfois, cet album, empreint de gravité plus que de folklore, est la profession de foi humaniste d’un musicien qui n’a pas “adopté” les musiques d’autres contrées: qui les vit au plus intime, parce qu’il les écoute avec son coeur.

    www.renaudgarciafons.com

  • SALIHA, La chanson éternelle, Al Fan, distrib. DOM Disques

    5Saliha fut l’une des stars de la chanson tunisienne pendant les années 40 et 50. Cet album est issu d’un enregistrement “live” d’un concert donné en 1957 à la salle Al Fath de Bab Souika, à Tunis, en présence du Président Habib Bourguiba, alors que l’artiste était accompagnée par l’orchestre Al Manar, dirigé par Ridha Kalaï.

    La vie de Saliha (1914-1958) a été évoquée dans le très beau livre qui raconte la chanson tunisienne de la première moitié du XX° siècle à travers ses figures importantes: “Tunis chante et danse, 1900-1950”, par Hamadi Abassi et Hatem Bourial (Editions Alif, Tunis, 1991, réédition Editions du Layeur, Paris, 2000). Née dans la région rurale du Kef de parents venus d’Algérie, Saliha est placée, encore fillette, comme bonne, avec sa soeur Elija, dans la maison de Mohamed Bey, frère de Moncef Bey qui sera Bey de Tunis de 1942 à 1943. Mohamed Bey est cultivé et mélomane, et organise des soirées, dans son palais de la médina, où il convie des artistes – dans une ambiance que l’on imagine proche de celle décrite par le cinéaste indien Satyajit Ray dans son film “Le salon de musique”…


    En 1927, c’est-à-dire à 13 ans, Saliha est engagée comme domestique chez la chanteuse Badria, et plonge encore davantage dans les milieux artistiques de la capitale tunisienne. Elle commence à chanter à son tour, et se produira sur scène pour la première fois en 1938. La Rachidia, la célèbre école de musique, a été créé 4 ans plus tôt, pour défendre le patrimoine musical tunisien, en réaction à l’envahissement, à travers la radio qui se répandait alors dans les cafés et les ménages, c’est-à-dire dans l’espace public et dans les espaces privés, des chansons moyen-orientales. En réaction aussi à l’envahissement des chansons en français – on est en pleine période coloniale – venues de France mais aussi… d’Algérie (qu’on se rappelle par exemple le tube algérien que sera “Chérie je t’aime chérie je t’adore…”).

    Saliha intègre la Rachidia, et fera une carrière qu’une maladie incurable viendra précocement arrêter, en 1958. Signe de son immense popularité: son cortège funèbre est suivi par 20.000 personnes, et plus de 50 ans après sa mort, youtube continue de l’immortaliser et les fans de laisser des commentaires enflammés…
    A l’écoute de ce disque, on ne peut s’empêcher toutefois de penser, malgré les efforts de la Rachidia pour juguler l’influence moyen-orientale en Tunisie, à Oum Kalthoum, en pleine gloire au moment où Saliha chantait, et dont cette dernière imite, consciemment ou non, les longs “Aaaaaaaaah” de soupirs extatiques. Ou au Liban, dont la musique commençait à être popularisée au Maghreb à travers les comédies musicales filmées, car Saliha chante ici parfois sur des rythmes de dabké, la danse traditionnelle libanaise… Mais c’est bien en arabe tunisien que chante la grande artiste, qui a aujourd’hui, comme hier, statut de symbole national en Tunisie…
    www.domdisques.com


     

  • ZERRAD TRIO, Les îles du désert, Distr. Rue Stendhal

    1Il y a des artistes que l’on découvre, comme ça un jour, et c’est comme si on avait découvert un coquillage enchanté sur une plage, qui jouerait de la musique rien que pour nous, et on se dit qu’on a trouvé un trésor. Lulu Zerrad fait partie de ceux-là. Le premier album de son trio enchante de bout en bout, diffusant une douce ambiance zen et sereine, qui apaise et rafraîchit à la fois. Si cet album était une couleur, ce serait le vert jeune et tonique des tiges de bambou…

    Lulu Zerrad, nous le connaissions pour avoir entendu les chansons qu’il a composées dans l’album de Christina Rosmini “Sous l’oranger” (Le Chant du Monde/Harmonia Mundi), où il l’accompagnait à la guitare, album que nous avions beaucoup aimé et que nous avions découvert en Juillet-Août 2009.


    Troquant ici sa guitare pour un ‘oud ou une viola caïpiria (l’artiste adore les musiques brésiliennes et tout l’univers lusophone), Lulu Zerrad joue, dans “Les îles du désert”, en osmose avec Philippe Mallard à l’accordéon et au bandonéon, et Thomas Ostrowiecki aux percussions. En osmose car l’accord est parfait entre les trois complices, aucun ne prenant le dessus sur les autres: c’est vraiment d’un trio qu’il s’agit, et non pas de Lulu “accompagné de”.

    Cette magie de l’entente entre les trois musiciens est sensible à l’oreille, et explique sans doute pour une part ce climat serein et apaisé qui parcourt tout l’album.
    Des balades douces, un accordéon qui se métamorphose parfois en clarinette ou en flûte nay, un ‘oud qui offre ailleurs sa touche de mélancolie, des percussions qui sonnent de manière aquatique, l’univers est ici de fluidité. La trompette d’Ibrahim Maalouf, le balafon de Sory Diabaté, ou les cordes du Quatuor Bedrich, s’invitent harmonieusement, parce que tous ont en commun ce sens du partage et ce goût de la sérénité.
    Un album splendide, qui signe la naissance d’un nouveau trio dont le son, c’est-à-dire l’univers, n’appartient qu’à lui. La marque des grands artistes. Un grand bravo.
    www.zerrad.fr

  • CIGALA & TANGO, Deutsche Gramophon

    mk4_gen12L’album “Bebo & Cigala”, paru en 2004 (RCA Victor) est l’une des pépites de ma discothèque – et doit impérativement faire partie de la vôtre, si vous ne l’avez déjà. Le duo entre le chanteur flamenco Diego dit “la Cigale” et le pianiste cubain Bebo Valdès avait, lors de sa sortie, enflammé la critique et conquis le public.
    C’est un esprit similaire – croiser le chant flamenco, né en Espagne, avec une tradition musicale hispanique d’outre-Atlantique, qui préside à “Cigala & Tango”. Après Cuba, l’Argentine: ici Diego el Cigala interprète des tangos, habaneras et milongas célèbres, écrits, entre autres, par Carlos Gardel, Atahualpa Yupanqui, ou Ariel Ramirez. Et ce nouveau disque rencontre déjà un succès phénoménal: plus de 120.000 exemplaires vendus en Espagne, disque d’or en Colombie et en Argentine, et un “Latino Grammy Award” de “meilleur disque de tango de l’année”.


    La voix de Diego el Cigala, tout comme celle de Buika et pour les mêmes raisons, nous bouleverse: la douleur y est sourde, jamais emphatique, comme émanant de la texture même de la voix, comme si le corps entier était porteur de cette douleur et non la voix seule.

    Il n’est donc guère étonnant, que tels un frère et une soeur en sensibilité, Diego el Cigala et Buika aient vibré aux mêmes chansons: Diego reprend ainsi “Soledad”, de Enrique Fabregat Jodar, de manière aussi splendide que l’avait fait Buika. On retrouve dans ce dernier cd de Diego el Cigala, “Cigala & Tango”, enregistré en “live” lors d’un concert donné au Grand Rex de Buenos Aires, où il était entouré de quelques-uns des meilleurs musiciens argentins (le guitariste Juanjo Dominguez, le bandonéoniste Nestor Marconi, le violoniste Paolo Agri,…), d’autres titres célèbres, tels “Alfonsina y el mar” d’Ariel Ramirez ou “El día que me quieras” de Carlos Gardel.

    Mais: écoutez “Soledad” ou “Los hermanos”, et mes commentaires ci-dessus deviendront superflus…

    www.elcigala.com