• ORIENTAL BLUES (Anthologie), Network

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    Le label Network est toujours un gage de qualité, et ses anthologies «Desert Blues» et autres ont marqué l’histoire des disques de musiques du monde. «Oriental blues» devrait connaître le même succès. Car ce qui guide le choix des éditeurs n’est pas la notoriété de l’artiste, mais la qualité et l’originalité de ses compositions. On retrouvera donc, dans cet excellent opus, qui porte le nom «blues» pour indiquer que les musiques sont plutôt douces à écouter, moins de stars – à l’exception de Natacha Atlas – que d’artistes excellents – que BABELMED vous a déjà signalés pour la plupart ! – mais encore peu connus du grand public. Et c’est justement l’objet de telles anthologies que de les faire découvrir au plus grand nombre.

                Ainsi, c’est l’Algérienne installée en France Iness Mezel qui ouvre le bal, et suivent, entre autres artistes qui renouvellent la scène orientale (et même balkanique) ces dernières années : Aziz Sahmaoui, Abaji, Dhafer Youssef, Sevda, ou Amine & Hamza.

                Nous avons été conquis par la reprise, par l’Espagnol Miquel Gil, de l’air «Wa Habibi» («Mon amour»), l’un des cantiques chantés au Liban le Vendredi saint (chant de douleur de la Vierge à son fils crucifié), et qu’interpréta jadis superbement Fayrouz. Comme il en est également d’autres mélodies méditerranéennes, et ainsi que l’avait superbement démontré l’ouvrage «Les chants d’Orphée – Musique et poésie» (en Méditerranée) coordonné par Catherine Peillon (La pensée de Midi/Actes Sud, 2009) (http://www.babelmed.net/muzzika/4325-muzzika-mai-2009.html), cette mélodie, chantée au Liban pour la Semaine Sainte, fut chantée en Occitanie jadis, avec d’autres paroles, pour une autre occasion : le début du Carême (qui suit le Carnaval): en Provence et dans le Sud Méditerranéen de la France, on la connaît sous le nom «Adieu paure Carnavas» (Adieu pauvre Carnaval).

                Dans cette double interprétation du chant occitan et du chant arabe, les voix respectives de la Grecque Savina Yannatou et du Marocain Ayoub Bout, soliste de l’Orquestra Arab de Barcelona, épousent parfaitement l’esprit de ce chant séculaire, jusqu’à vous donner le frisson… Un moment exceptionnel… pour un disque exceptionnel !

    Réécouter la version de Fayrouz :

    www.miquelgil.com

    www.networkmedien.de

  • DJAMEL DJENIDI, De Sète à Alger, Brassens en chaâbi, Auprès de son arbre (France)

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    Voilà un disque qui fera mentir tous ceux qui croient à un prétendu «choc des cultures» entre Nord et Sud de la Méditerranée ! Djamel Djenidi, Algérien installé en France, et à Montpellier plus précisément, reprend ici une douzaine de titres de Brassens, qu’il chante avec une instrumentalisation «orientalisante», et dont il chante même deux titres… traduits en chaâbi algérien ! (le chaâbi étant le langage parlé en Algérie, par opposition à l’arabe classique, que personne ne parle mais qui est la langue des livres et des journaux).

    Et le croirez-vous ? On jurerait que ces chansons, «Françaises pur jus» diraient certains, ont été composées… par un artiste algérien ! Bravo à Djamel Djenidi d’avoir ainsi chanté en arabe «Une jolie fleur» (qui devient ici «Khad el warda» – Il a pris la fleur), et je suis sûre que si l’on faisait écouter cette chanson, en arabe algérien, à une assemblé de vieux Algériens qui n’auraient jamais entendu parler de Brassens, ils la prendraient pour une chanson originale chaâbi de leur pays !

    Bravo aussi à Djamel d’avoir osé une magnifique introduction, éminemment orientale, accompagné par sa mandole, à sa reprise de «Je rejoindrai ma belle» (Twahacht h’bibti – Mon amour me manque). Et toute la tristesse de la sublime chanson «Les passantes», chantée en français, est sublimée par les quelques mesures d’introduction de ce titre, orientales également…

    Cet album nous prouve ce que vous, lecteurs de Babelmed ou amateurs de musiques méditerranéennes, savez depuis longtemps : que les musiques autour de ce bassin antique n’ont cessé de circuler, et qu’elles sont toutes cousines, apparentées par les rythmes, les textes, et l’esprit.

    Mais le plus troublant ici est encore … la VOIX de Djamal Djenidi, extraordinairement proche de celle de Georges Brassens, qui semble s’être réincarné dans un artiste algérien aujourd’hui installé à Montpellier, c’est-à-dire à deux pas de Sète, ville natale du grand Georges… De la magie, vous dis-je…

    www.eldjamila.netwww.aupresdesonarbre.com

  • AMIR-JOHN HADDAD, 9 guitarras, Zoo Music/Galileo (Espagne)

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    Voici un album magnifique, d’un artiste espagnol dont les racines familiales plongent aussi en Palestine : Amir-John Haddad, guitariste et compositeur, qui donne à la guitare flamenca une clarté, une lumière avons-nous envie d’écrire, un côté solaire qui lui manque souvent – le flamenco aime le noir, rappelons-nous !

    Dans cet album, Amir-John Haddad a choisi de jouer sur 9 guitares différentes, parce que chaque guitare a son âme et sa sonorité qui lui sont propres, guitares fabriquées depuis les 40 dernières années par les meilleurs luthiers de guitare flamenca d’Espagne, et obligeamment prêtées par l’association Mundo Flamenco. «J’ai joué avec ces guitares, je les ai écoutées et j’ai senti l’âme musicale de chaque d’elle pour décider laquelle utiliser pour chaque composition», explique l’artiste.

    Le musicien, qui joue depuis l’enfance du ‘oud arabe, et qui joue également du bouzouki grec, réussit le pari de faire parfois sonner son instrument comme l’un des deux précédents. L’on sent également toute l’influence de la guitare classique – mais la guitare dite «classique» n’est que la fille de la guitare «populaire» à sa naissance ! – et du jazz (avec «Bucaramanga» par exemple).

    Au total, Amir-John Haddad se positionne avec ce disque, bien au-delà d’un simple «guitariste flamenco» : tout simplement comme … l’un des plus brillants guitaristes du moment ! Un artiste inspiré, à découvrir d’urgence !

    www.amirjohnhaddad.comwww.zoomusicmanagement.com

     

  • JOE BARBIERI, Chet lives ! – Le chant du monde

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    Si vous aimez le jazz soft, les voix douces, l’ambiance piano bar, l’Italie, Chet Baker – ou bien sûr si vous aimez déjà Joe Barbieri, que nous avons découvert à l’occasion de son enthousiasmant précédent album, «Respiro» (http://www.babelmed.net/muzzika/13151-muzzika-octobre-2012-.html ), ce disque est pour vous !

    Le guitariste et compositeur napolitain Joe Barbieri rend ici hommage à Chet Baker, disparu en 1988, qui s’était fait connaître notamment par son jazz très doux. L’artiste italien reprend plusieurs des standards du jazz inteprétés par le trompettiste américain, comme «Time after time», «But not for me» ou «I fall in love too easily», qu’il retravaille à sa manière, avec sa voix presque chuchotée, et en accentuant encore le côté «soft jazz» du grand Chet Baker. «But not for me» devient ainsi, rythmée par la guitare de Joe, une douce bossa-nova – sur laquelle le chanteur brésilien Marcio Faraco vient poser sa voix, chantant les paroles de la célèbre chanson, dans la langue de son pays, et l’on croirait une composition totalement brésilienne ! Dans «I fall in love too easily», le tempo de la composition originale est notablement ralenti, pour accentuer le côté «chanson douce d’amour», et c’est la jazzwoman américaine Stacey Kent, rendue célèbre par sa voix très douce précisément, qui accompagne Joe dans son chant.

    Entouré de musiciens formidables – l’excellent Antonio Fresa au piano, ou encore Luca Aquino, qui transforme le son d’une trompette en un son aérien de clarinette – Joe Barbieri livre ici un album somptueux, que l’on écoutera pendant de longues années…

    www.joebarbieri.comwww.chantdumonde.com

     


     

  • FANFARAÏ, «Tani», Tour’n’sol prod

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    Voici des musiques festives, faites surtout pour faire danser les foules, lors de fêtes et de grands rassemblements populaires : le groupe Fanfaraï, joyeuse tribu de musiciens «d’origines non contrôlées» comme diraient leurs compères du groupe toulousain Zebda : Abdelkader Tab, Patrick Touvet, Hervé Le Bouche, Mehdi Chaïb, et quelques autres, composent cette fanfare aux rythmes fortement colorés, on l’aura deviné, de rythmes du Maghreb ou d’Orient, mais aussi d’Amérique Latine ou d’Europe de l’Est.

    Comme souvent dans les fanfares, la bonne humeur est contagieuse lorsque l’on écoute nos joyeux drilles de Fanfaraï. Une bonne humeur qu’il ne tient qu’à vous de capturer, et de faire revivre, avec ce disque !

    www.tournsol.net

     

  • MYRDDIN, «Lucia Nieve», Zephyrus Music

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    Nous avons découvert Myrddin un soir, dans la salle de concert «L’Ermitage» à Paris : attendant que démarre le concert de Hijaz, formation belge, la salle de concert diffusait de la musique, comme il arrive souvent. Malgré le bruit des conversations, nous fûmes captivée par la musique qui s’échappait au-dessus de la rumeur ambiante. Au bar où nous nous enquîmes, l’on nous tendit un cd avec un nom inconnu : «Myrrdin». Jan Hoozee, manager de Hijaz et présent au concert, nous apprit que Myrddin faisait également partie de son écurie, et que ce disque, déjà sorti en Belgique, allait sortir bientôt en France…

    Un disque de guitare en solo, ce qui est un pari difficile, jeu flamboyant et tonique, compositions éminemment originales, cordes qui sonnent parfois comme une harpe tant elles sont légères et aériennes, bref si vous aimez la guitare vous adorerez ce disque, et découvrir un artiste merveilleux !

    Et nous ne sommes pas les seuls à être dithyrambiques ! Car Myrddin – pseudonyme qu’a choisi cet artiste belge, et qui veut dire «Merlin» en gallois – s’est formé à la guitare en Espagne, auprès des plus grands maîtres tels Manolo Sanlucar ou Gerardo Nunez, lequel déclare qu’il est «fier d’avoir eu Myrddin comme élève» … Et le quotidien El Pais, qui pourant voit passer bien des guitaristes, a également encensé le jeune artiste !

    «Lucia Nieve» est le troisième album de Myrddin, que nous saluons bien bas en lui disant un immense «bravo» !

    www.myrddinmusic.com – www.zephyrusmusic.be

     

  • JUAN CARMONA, «Alchemya», World Village/Harmonia Mundi

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    Juan Carmona revient nous régaler d’un nouvel album, avec sa guitare flamenca qui est plus flamboyante et audacieuse que jamais ! Pour ce dixième album (l’artiste produit, régulièrement, un album tous les ans ou tous les deux ans, de ses propres compositions), Juan a convié pas moins de 35 amis, musiciens ou chanteurs, à se joindre à lui ! Du guitariste jazz Sylvain Luc au cantaor de flamenco Ramon El Portugues (Espagnol malgré son nom !), d’un choeur de voix féminines africaines à la cantatrice Françoise Atlan, spécialiste du chant des Juifs d’Espagne…

    L’album pétille, danse, tournoie, telle la flamme du feu gitan autour duquel se réchauffent, chantent et dansent encore, par les belles nuits d’été, parmi leurs caravanes, les gitans du Sud de la France, famille de coeur de Juan Carmona, artiste français né dans une famille d’origine espagnole, et qui a choisi de vivre dans le Sud de la France, où vivent encore de nombreux gitans catalans…

    «Africando», «Mambo influenciado», «Karma», «Santiago city», «Miami»,… : les titres des compositions de Juan Carmona dans cet album – comme ceux des titres qu’il emprunte à d’autres artistes, tel le «Mambo influenciado» du Cubain Chucho Valdès – disent à eux seuls l’esprit «voyage» de ce nouvel opus, où l’artiste s’échappe hors des sentiers du flamenco pur pour vagabonder où bon lui semble… pour notre plus grand plaisir !

    Car toujours, la précision, la légèreté, et la souplesse de la guitare du fabuleux instrumentiste nous séduisent, dans des compositions pour la grande majorité d’entre elles très éloignées de la douleur qui caractérise souvent les chants gitans. A l’instar de ses cousins artistes brésiliens qui le chantèrent jadis, Juan Carmona semble nous dire ici «Chega de saudade», «Assez avec la mélancolie», pour retenir des musiques gitanes plutôt la danse et la joie, le feu follet au lieu du feu qui dévore. Nous, on adore !

    www.juancarmona.com

     

  • SPANISH FOLK (The ultimate guide to…), ARC Music

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    Voilà un disque qui est une véritable anthologie du mouvement de renouveau des musiques populaires espagnoles, et qui devrait servir de référence pour les années à venir. Juan Antonio Vasquez et Araceli Tzigane, passionnés de musiques populaires, et fondateurs de l’agence «Mundofonias», ont sélectionné ici une vingtaine de groupes et d’artistes, de toutes les provinces d’Espagne, emblématiques de ce renouveau des musiques traditionnelles. Extremadure, Aragon, Castille, Catalogne, Gallice, Andalousie, Pays Basque, etc. : chaque région d’Espagne a ses traditions musicales et ses styles particuliers.

    On retrouvera dans ce disque des artistes dont nous vous avons déjà parlé, tels Ana Alcaide ou Marina Rossell, mais, surtout, une floppée d’autres, souvent guère connus hors de leur province. Cornemuse ou accordéon; voix nues simplement martelées de frappes; répertoire ladino des Sépharades d’Espagne autrefois; chants collectifs de danse ou de travail; polyphonies savantes ou monodies doublées voix/instrument : la variété des genres s’entend ici à l’oreille.

    On saluera la qualité du livret accompagnant le disque, véritable cours d’ethnomusicologie sur l’Espagne, où l’on apprend que le dictateur Franco avait voulu s’approprier ces chants traditionnels pour en faire le symbole du conservatisme qu’il prônait, en les expurgeant des contenus qu’il jugeait impropres à son idéologie, comme les contenus grivois ou au contraire trop religieux. Heureusement, depuis les années 70 tout un mouvement de réappropriation de ce répertoire populaire se développe, comme dans d’autres pays du monde.

    On apprendra également que le premier travail d’anthologie de ces musiques fut réalisé en 1955 par le folkloriste Manuel Garcia Matos, sous le titre «Anthologia del folklore musical de Espana», lequel Manuel Matos avait assisté l’ethnomusicologue américain Alan Lomax, connu pour ses collectes de chants de Noirs américains aux USA, lorsque ce dernier était venu passer 6 mois en Espagne pour collecter et enregistrer ces chansons populaires qui rythment les heures et les jours.

    Un grand bravo à Mundofonias – et à ARC Music – pour ce véritable travail d’ethnomusicologie, qui fera date nous en sommes sûrs !

    www.mundofonias.comwww.arcmusic.co.uk

     


     

  • BUIKA, «La noche mas larga», Warner Music

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    Ernesto Lecuona (1895-1963) était un musicien cubain, formé au piano classique au Conservatoire national de Cuba, et qui deviendra célèbre internationalement, dans les années 30, avec son groupe les «Lecuona Cuban Boys» et les «tubes» de sa composition, tels que «Siboney», «Malaguena» ou «Dime adios», rythmes cubains joyeux de rumba ou chansons d’amour aux paroles tristes qui faisaient alors danser – ou pleurer – le monde entier, car le groupe se produisit et vendit ses 78 tours dans de nombreux pays, en Europe, Amérique, et même au Moyen-Orient – de vieux Alexandrins se souviennent encore de leur passage dans la ville égyptienne cosmopolite d’entre-les-deux-guerres…

    L’Espagnole Buika reprend dans son dernier album l’un des titres-phares d’Ernesto Lecuona, «Siboney», devenu un classique dont vous reconnaîtrez la mélodie si vous l’écoutez. S’affranchissant du flamenco qui la fit connaître, Buika reprend dans ce dernier opus d’autres compositeurs ou interprètes qu’elle aime: Jacques Brel et son «Ne me quitte pas», que Buika chante en français comme l’avait fait avant elle une autre diva noire, Nina Simone; Billie Holiday et son «Don’t explain», et d’autres encore.

    Ecouter l’original «Siboney» par les Lecuonan Cuban Boys, dans les années 30 :

    Sur la pochette de l’album, Buika pose d’ailleurs, en noir et blanc, avec un look à la fois rétro et glamour, en clin d’oeil à la fois à Billie Holiday et à Ella Fitzegarld, qui a inspiré le titre, composé par Buika, qui ouvre l’album : «Sueno con Ella» («Je rêve avec Ella», jeu de mots en espagnol ou «Ella» veut dire «Elle»). Dans ses derniers disques, Buika s’était déjà envolée à Cuba pour enregistrer quelques titres, ou bien avait rendu hommage à des chanteuses célèbres du continent sud-américain, comme Chavela Vargas. L’Espagne et son flamenco, puis l’Amérique latine métissée de sang noir… : la prochaine étape de Buika devrait être son Afrique (presque) natale, elle qui est née dans une famille venant de Guinée Equatoriale. Car dans son premier titre, «Sueno con Ella», Buika, tout en chantant des paroles en espagnol de sa création, chante sur des rythmes totalement… ouest-africains !

    www.conchabuikamusic.com

     

  • L’OISEAU DE FEU – Musique persane et poèmes mystiques d’Orient et d’Occident, Accords Croisés

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    Cet album est le fruit d’une résidence d’artistes à la Cité de la Musique, à Marseille. Le projet : une rencontre, en musique, entre les textes de la mystique musulmane et ceux de la mystique chrétienne. En français et en persan, de courts extraits de Roumi, Hafez, ou Hallaj, répondent à ceux de Saint Augustin, Saint François d’Assise, St Jean-de-la-Croix ou Maître Eckart. La rencontre est musicale aussi, par le choix des instruments et des musiciens : Hassan Tabar au santour, Bijan Chemirani aux percussions persanes (zarb et daf) et Jonathan Dunford à la viole de gambe, accompagnent les récitants Taghi Akhbari (en persan) et Gérard Kurdjian (en français).

    Pourquoi ce titre, «L’oiseau de feu?» C’est que, dans les deux religions, le coeur atteint par la lumière divine est symbolisé par un oiseau (la colombe chez les chrétiens), seul animal à pouvoir voler dans le ciel, c’est-à-dire familier du Ciel… Et le livret, qui reproduit les extraits de textes choisis, permet de prendre la mesure de la similarité des mots et des images utilisés : ainsi quand Hafez écrit : «Nul mortel n’a pu te voir/Mille amoureux Te désirent pourtant…», Saint-Jean-de-la-Croix note : «Dans une nuit obscure/Par un désir d’amour tout embrasé…».

    Nous avons particulièrement aimé les illustrations musicales apportées par la viole de gambe, instrument au son grave comme le ‘oud, et qui épouse parfaitement l’univers oriental, de lenteur et de profondeur. Le livret cite le film «Tous les matins du monde» et sa B.O., signée Marin Marais et De Sainte-Colombe, qui ont magnifié cet instrument à l’âge baroque. Qui était l’époque de Louis XIV, lorsque l’empire ottoman était à son apogée. C’est-à-dire un âge où l’Orient, alors dans sa plein magnificence, dialoguait, d’égal à égal, avec l’Occident…

    www.accords-croises.com