• par Nadia Khouri-Dagher

    Vendredi dernier 6 décembre 2024, dans le cadre de l’exposition La Chine des Tang, un concert de deux grands artistes chinois, Lingling Yu au luth pipa et Ming Zeng à la flûte dizi, nous transportait, tout en douceur et ravissement, à la cour des Empereurs Tang (7ème-10ème siècle), ou encore dans l’univers merveilleux des opéras chinois des 15ème et 16ème siècles. 

    Nous allons vous l’avouer : c’était notre première découverte de la musique instrumentale traditionnelle chinoise, à part une représentation d’opéra chinois à laquelle j’avais assisté à Singapour, en plein air, il y a des années. Et j’ai été totalement conquise par cette musique, langage musical totalement nouveau pour moi, car lors de mon voyage en Chine, plus récent, je n’avais pas assisté à un concert de musique classique. 

    Quelques explications historiques et techniques d’abord. Le luth pipa est un instrument venu du Moyen-Orient, et on le trouve en Chine dès l’an 200 av JC, comme le révèlent des écrits de l’époque. De forme plus allongée que le ‘oud arabe, avec une caisse creusée dans une seule pièce de bois, il a 4 cordes, originellement de soie, aujourd’hui de nylon ou de métal, qui se jouent avec des onglets.

    L’instrument se tient à la verticale, posé sur la cuisse gauche, un peu comme on tient le violon dans un orchestre arabe. Et tout comme le luth est le roi de la musique arabe et persane, le luth pipa fut l’instrument-roi à la cour des Empereurs Tang, se jouant au sein de petits orchestres ou bien en solo, comme son ancêtre le luth arabo-perse, et reste l’un des instruments-clés de la musique chinoise. 

    La flûte dizi (prononcez « titseu »), en bambou, très ancienne également puisqu’elle remonte à la dynastie Han (25-220 AD), était également jouée historiquement dans les musiques de cour et d’opéra. Elle est faite d’une seule pièce de bambou, et se joue horizontalement comme une flûte traversière. Ces deux instruments, pipa et dizi, restent immensément populaires aujourd’hui en Chine, et sont enseignés à des millions d’élèves dans les conservatoires du pays, comme nos violons et flûtes en Europe qui sont vieux de plusieurs siècles également.

    Après ces présentations nécessaires, le plus important : la musique entendue. Deux mots résument les sensations ressenties lors de ce concert, et ceci dès les premières minutes, avec les sons légers des cordes de pipa et le souffle chuchoté du bambou : douceur et sérénité. 

    Visualisez ces tableaux de Chine, peints en noir sur blanc de quelques coups de pinceau, montagnes, arbres ou plantes, d’une simplicité et pourtant d’une expressivité inouïe : la musique entendue était l’équivalent à l’oreille de cette simplicité, de ce calme, de ce bonheur offert de la contemplation. 

    Sur la pipa, bientôt tous les doigts de la main droite effleurent ensemble et vivement les cordes, en un trémolo étonnant, et oui, c’est le souffle du vent dans les hautes feuilles d’un arbre que l’on entend… Quelques notes aigües de la flûte dizi lui répondent, un oiseau haut perché sur une branche chante et nous offre sa joie… 

    Vivaldi aussi a mis en musique la Nature et ses 4 saisons, et l’on entend la forêt ou la montagne dans telle valse de Vienne ou telle ouverture de Wagner. Mais le langage musical, dans cette tradition chinoise, est plus suggestif, moins descriptif : une fois de plus, l’opposition est la même que dans les deux traditions picturales, l’une qui veut reproduire le réel et inclut mille détails, l’autre qui suggère et va à l’essentiel…

    Mais tout n’est pas douceur dans la vie : voici une pièce sur la guerre, nous annonce à présent Lingling Yu, présentant une pièce solo du 15ème ou 16ème siècle, tirée d’un opéra. Et sous ses doigts nous entendons, le croirez-vous, les armures de métal des guerriers ennemis s’entrechoquer, nous entendons l’angoisse, nous entendons la douleur, nous entendons un temps de la guerre qui dure et dure et dure et semble ne jamais s’arrêter comme le savent tous ceux qui ont déjà vécu une guerre dans leur vie, et enfin nous les chevaux qui repartent au loin, ces chevaux qui étaient les chars de bataille autrefois en Chine comme en Europe, leur galop se fond bientôt dans le lointain, la bataille s’est achevée mais comme dans toute guerre il n’y a ni vainqueur ni vaincu, tout le monde a perdu, seule une immense tristesse nous reste, quel gâchis – et quel message que cette pièce…

    « Du jazz » : pour clore le concert, Lingling Yu nous présente des pièces créées – toujours en ces 15ème et 16ème siècle – pour accueillir des improvisations, comme le jazz nous dit-elle, et ce sont en effet des improvisations d’une technicité époustouflante qu’elle nous offre, pour des pièces qui nous laissent bouche bée.

    Mais, comment dire, cette technicité n’appelle jamais le mot « virtuose » – même si l’artiste mérite amplement ce qualificatif admiratif. Comme si, en Chine, l’artiste restait toujours l’humble serviteur d’une tradition musicale plus grande que sa propre personne. Comme si l’on ne pouvait employer pour ces – immenses ! – artistes, le mot de « star », si américain, avec sa culture de publicité, de briller, de se faire valoir, d’être au-dessus des autres. 

    Et les deux artistes, tous deux immenses artistes chacun dans son domaine, qui se produisent et donnent des cours dans le monde entier, n’ont pas salué en « stars » à la fin du concert, mais en simples musiciens, vêtus chacun d’un costume traditionnel chinois, et de ce mouvement asiatique d’humilité où le corps se penche pour saluer, serviteurs de la Musique, de l’Art, de la Beauté.

    A l’issue du concert – quelque une heure trente de musique – nous ressentons quelque chose que nous n’avons jamais ressenti à l’issu d’un concert de musique classique occidentale, ou de toute autre musique d’une autre partie du monde : une sérénité incroyable, de l’âme et du corps. Comme si cette musique, à l’instar de disciplines asiatiques telles le yoga ou le Tai-Chi, avait un effet proprement thérapeutique. 

     Zen » : Lingling Yu avait d’ailleurs employé ce mot, japonais, pour qualifier l’une des pièces présentées. L’esprit zen, de douceur, d’humilité, et de sagesse, n’est pas seulement japonais : il imprègne toute l’Asie, comme tout voyageur dans ces contrées le sait, ou plutôt le sent…

    (photo DR)

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    Infos : 

    – Le Musée Guimet d’arts asiatiques à Paris : https://www.guimet.fr/fr 

    – Lingling Yu enseigne à la Haute Ecole de Musique de Genève (HEM) : https://www.hesge.ch/hem/  

    – Lingling Yu a enseigné au Conservatoire de musique de Shanghai, entre autres :https://en.shcmusic.edu.cn/79/listm.htm 

    – Le Centre Culturel Chinois à Paris offre des cours de luth pipa : https://www.ccc-paris.org/cours/cours-de-luth-pipa-guitare-chinoise/ 

  • Le Festival Jazzycolors, organisé par le Forum des Instituts culturels étrangers à Paris, nous a encore offert un magnifique concert hier soir (mardi 3 décembre 2024), avec le formidable groupe de jazz hongrois East Gipsy Band. 

    Chaque année depuis 2003 ce festival nous fait découvrir des artistes de jazz, européens et internationaux, célèbres dans leur pays mais encore trop peu connus du public français. Cette année ces musiciens et musiciennes venaient de 16 pays : Danemark, Estonie, Autriche, Serbie, Grèce, Taïwan, Tchéquie, Portugal, Irlande, Slovaquie, Canada, Luxembourg, Finlande, Bulgarie, Suisse, et Hongrie donc (détails de la programmation sur www.ficep.org ).


    Hier soir, dans le cadre idyllique de la péniche Le Son de la Terre, nouvelle salle de spectacle amarrée au pied de Notre-Dame, dont le nom explique clairement la mission, nous avons d’abord vibré au son déchirant des chants tsiganes, qui ouvraient le concert. Je ne sais pas pour vous, mais ces chants tsiganes hongrois, roumains, serbes, bref des Balkans, me touchent directement au coeur : tant d’émotion devenue musique… Jugez-en : 

    Depuis des années que nous assistons à des concerts de jazz, nous n’avions encore jamais eu le bonheur d’entendre, dans une formation de jazz… un cymbalum ! Et cet instrument traditionnel hongrois, et régional, sait parfaitement parler jazz !  Car ils étaient quatre hier soir, car le East Gipsy Band est à géométrie variable, et inclut parfois un violon ou un saxo : hier nous avions un quartet composé de : József Balázs au piano, Vilmos Oláh au cymbalum, Guszti Balogh au chant, et Elemér Balázs aux percussions. 

    Quatre musiciens formidables, et le chant déchirant tsigane, heureusement, se transforme souvent en chanson joyeuse et dansante, car étonnamment, il lui sert souvent de prélude – ce que nous avons rarement dans la chanson française, ou arabe par exemple. Nous n’avons pas retenu l’expression hongroise qui consiste à dire « Faisons la fête ensemble », mais cela ressemble phonétiquement à quelque chose comme « Tchinalyung » (lecteur/lectrice hongrois/e, si vous la connaissez, merci de me la communiquer !). Car hier soir le public – incluant votre servante – s’est vite levé, au bout de quelques compositions, pour danser sur ces musiques incroyablement gaies, qui sont faites pour danser ! 

    Europe, Europe… : alors que l’on parle tant d’Europe dans les médias, pourquoi diable connaît-on si peu, en France, de musiciens de jazz d’autres pays européens ? Car à l’écoute d’une chanson que l’on nous présentait comme composée en hommage à Django Reinhardt, et dont nous n’avons compris dans les paroles que ce seul nom propre (car toutes les compositions du groupe étaient chantées en hongrois ou en langue rom), à entendre ce nom chanté qui revenait de manière lancinante, comme un cri d’amour et de tristesse à un ami disparu, il nous a semblé évident que le jazz est totalement devenu un langage musical universel, car il relie, à travers pays et continents, des hommes et femmes, qu’ils soient musiciens ou simple public, qui partagent la même passion, et vibrent pareillement en écoutant Django Reinhardt, Ella Fitzgerald, Duke Ellington, et autres étoiles du jazz. 


    Jazzmen et amoureux du jazz de tous pays, nous sommes tous unis, et c’est un sentiment magnifique ! Je vous écris cet article en écoutant sur youtube ce groupe formidable, et me revient en mémoire ce séjour à Budapest il y a quelques années, ville tellement musicale… Je ne comprends pas un traître mot de hongrois, mais Bon Dieu, comme je comprends ce que me dit le East Gipsy Band en musique ! 

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    Jazzycolors était placé cette année sous le parrainage du pianiste de jazz Bojan Z, originaire de Serbie et  installé en France. 

    East Gipsy Band : https://www.facebook.com/eastgipsyband

    Institut Hongrois à Paris : https://culture.hu/fr/paris 

    Les détails de la programmation du festival Jazzycolors : www.ficep.info

    Péniche Le Son de la Terre : www.sondelaterre.fr – @sondelaterre.fr

  • VÉNÉZUELA – INDONÉSIE – LIBAN – MARSEILLE

    Vendredi 4 octobre dernier, la Cité de la Musique de Marseille nous a offert une formidable soirée-concert pour présenter sa nouvelle saison musicale pour 2024-25. 

    Avec un nouveau slogan – « Aux rythmes du monde » – et un nouveau logo, qui évoque à la fois un tatouage berbère, des cordes de guitare et des ondes musicales, la Cité de la Musique affirme plus que jamais sa volonté de « tisser des liens » entre toutes les musiques donc toutes les cultures, traditionnelles et actuelles, comme l’ont rappelé en ouverture de la soirée son directeur, Eric Michel, ainsi que Manu Théron, le célèbre artiste marseillais de musiques occitanes, qui a coordonné cette saison.

    Deux concerts formidables donnaient le ton et l’esprit d’une programmation éclectique qui comptera quelque 60 concerts, une partie d’entre eux étant réalisés en partenariat avec plusieurs festivals, marseillais ou régionaux. Egypte, Iran, Inde, Italie, Argentine, Ethiopie, Brésil, Bulgarie et plus loin encore, mais aussi musiques électroniques et musique classique, et surtout, surtout, car tel est l’ADN de la Cité de la Musique, des croisements et rencontres entre traditions de tel pays et de tel autre, et entre répertoires traditionnels et créations d’aujourd’hui. 

    L’artiste vénézuelienne Rebecca Roger Cruz, accompagnée de son groupe de 4 musiciens (Sylvain Rabourdin au violon, Léonore Grollemund au violoncelle, Léna Aubert à la contrebasse et Juri Cainero aux percussions), nous a transportés dans son univers rythmé et coloré, peuplé de chants d’oiseaux comme dans les forêts du Vénézuela, avec ses propres compositions riches et puissantes, mais aussi avec des créations étonnantes, comme la reprise du tout baroque « Let me weep » de Purcell, que l’artiste s’est totalement approprié pour nous le restituer plus vivant que jamais. Voix profonde et vibrante, présence scénique formidable, inventivité des accompagnements musicaux (avec un salut particulier à Juri Cainero, très créatif percussionniste, mais aussi à l’artiste elle-même, quand elle rythme son chant de percussions !) : le groupe entre en studio dans deux semaines pour leur premier album, et déjà nous savons que nous avons devant nous une grande artiste, dont nous pourrons dire, dans 10 ou 20 ans, que nous avons assisté à ses débuts ! Car Rebecca Roger Cruz ira loin, on le sent, ayant tout juste bénéficié d’une résidence de création à la Cité de la Musique, dont le rôle est aussi de repérer des talents émergents, et déjà programmée dans quelques festivals de la région, comme Les Suds à Arles.

    Le deuxième concert ressortait de cette même volonté de croiser des traditions différentes, et cette fois-ci le gamelan indonésien rencontrait la darbuka moyen-orientale. Huit musiciens appartenant au Gamelan Puspawarna, basé à Paris (https://www.pantchaindra.com/gamelan-balinais-paris) accueillaient en leur sein le percussionniste libanais Wassim Halal avec sa derbouka (https://wassimhalal.com), dans ce qui nous semble être la première rencontre entre ces deux traditions de percussions, géographiquement très éloignées. Fruit d’un travail de 5 ans ensemble, ce concert en public coïncidait avec la sortie de l’album de cette rencontre (« Le rêve de Polyphème », Label Pagans Music). Uniquement percussive, peuplée de silences, de surprises, de rythmes irréguliers pour l’oreille occidentale ou orientale, et de polyrythmies extrêmement complexes, la musique du gamelan n’est pas une musique « facile », et pourtant, là comme pour Rebecca Roger Cruz, le public était déchaîné en fin de concert, applaudissant à tout rompre. 

    Formidable public marseillais, nous disions-nous à nous même à l’issue de ces deux concerts, qui est extrêmement réceptif à toutes ces musiques métissées et mélangées, même les plus exigeantes à l’oreille, sans doute parce qu’il est métissé et mélangé lui-même. Et, comme souvent chez les personnes multi-culturelles, toujours curieux de découvertes et d’horizons lointains.

    Vous trouverez le programme complet des quelque 60 concerts à venir sur : citemusique-marseille.com . (La Cité de la Musique de Marseille, c’est 2.200 élèves, adultes et enfants ; 50 disciplines, du violoncelle à l’orchestre salsa en passant par le ‘oud ;  70 enseignants ; et 8 lieux dans la ville). 

    Photo : Rebecca Roger Cruz en concert, vendredi 4 octobre 2024 à la Cité de la Musique (photo N. Khouri-Dagher)

  • INDONÉSIE – MARSEILLE 

    La première fois que j’ai entendu de la musique de gamelan (prononcez gamelane), cet instrument indonésien, j’ai détesté ! C’était il y a 25 ans, j’étais reporter au mensuel de l’UNESCO, « Sources », et et je devais écrire un article sur un disque qui venait de sortir, de la collection Unesco de musiques traditionnelles du monde. 

    ( Mais ces disques de tous pays, ainsi que des interviews avec des musicologues venus de tous pays, de la Mongolie à Madagascar, qui parlaient avec enthousiasme de leurs découvertes, m’ont heureusement donné le virus des musiques du monde, sur lesquelles votre servante écrit donc depuis 1999 ! )

    Vendredi dernier, 21 juin 2024, fut mon deuxième contact avec le Gamelan d’Indonésie, en vrai cette fois. Et ce fut un coup de foudre ! Une affiche postée à l’Alcazar, la belle et grande bibliothèque centrale de Marseille, qui organise toujours des événements culturels et artistiques passionnants, m’en avait informée : leur manière de célébrer la Fête de la Musique ! 

    Dans le grand hall vitré et lumineux, l’instrument avait été disposé, sur un tapis posé au sol, étincelant de tous ses ors et de tous ses bronzes : xylophones avec des touches de bronze, xylophones avec des sortes de cloches de bronze, tambours de bois longs et fins posés horizontalement entre les jambes, un grand gong au centre, etc. Les enfants s’étaient assis par terre devant, certains adultes aussi, et le reste du public se tenait debout derrière. 

     Et ils sont arrivés : les musiciens et musiciennes, 17 en tout,   pieds nus, tous portant le sarong, le pagne indonésien, noué à la taille, joli imprimé noir et brun, un haut noir pour chacun, et pour les hommes, un turban noué sur la tête et une ceinture de coton blanc. Ils se sont assis en tailleur, et, sur un signe du joueur de tambour de gauche, ont commencé à jouer. 

    Deux tambours, toute une série de xylophones, un gong central, un cercle-pyramide de clochettes : sans partition, ces hommes et femmes de tous âges – de moins de 30 ans à plus de 80 ans autant que je pouvais juger – ont entamé un morceau qui a immédiatement enchanté mes oreilles : très loin donc de mon premier contact avec cette musique ! 

    C’était l’effet magique des « sons du bronze » ! En effet, pour une raison que j’ignore, les vibrations du bronze nous procurent une joie intense : pensez aux cloches d’église, qui sonnent joyeusement pour célébrer un mariage ou un autre événement heureux. Aux instruments tibétains – gongs ou bols musicaux – dont le son apaise l’âme. Ou encore à la scène dans le célèbre film « Les Ch’tis », avec Dany Boon, où celui-ci monte dans le campanile pour sonner les cloches, musique totalement euphorisante !

    Or le gamelan, ce sont des dizaines de pièces de bronze, frappées ensemble, et tous ces sons et cette musique étaient comme un feu d’artifice pour mes oreilles, une explosion de joie ! 

    Très vite, les musiciens et musiciennes, assis sagement en tailleur, commencent à se balancer sur la musique, certains spectateurs aussi, et à la fin du deuxième morceau, les spectateurs sifflent de joie ! Les enfants, même les tout petits, sont restés attentifs, et le resteront jusqu’à la fin, certains se mettront à danser : preuve claire que la musique du gamelan « fonctionne » !

    Le jeune percussionniste de gauche – j’apprendrai qu’il s’appelle Jérémie Abt, et qu’il est le responsable du gamelan Bintang Tiga – présente chaque morceau, et offre quelques explications : leur répertoire s’étend du 16ème siècle à des pièces  récentes, et comprend des pièces pour danser, pour des cérémonies religieuses, pour des mariages et fêtes, ou pour accompagner le théâtre d’ombres, ces marionnettes de Bali. En somme, exactement comme le violon et les instruments de la musique classique en Europe, qui servent aussi bien à faire danser dans les bals et mariages, qu’à jouer cantates ou messes dans les églises, ou accompagner une comédie musicale sur une scène. 

    A l’issue du concert, un jeu de questions-réponses est ouvert avec le public – et depuis quelques années que je suis installée dans cette ville, le public marseillais m’étonne toujours, par son extraordinaire curiosité, et réceptivité, pour toutes les cultures du monde, et pour le fait qu’il vienne souvent en famille, faisant ainsi partager aux enfants cette curiosité et cette ouverture au monde. 

    Mais il est vrai que dans cette ville-port, d’où partirent pendant des siècles les bateaux pour la lointaine Asie, ces éléments en bois sculptés et dorés, décorés de têtes de dragons, ces sarongs, ces turbans et ces pieds nus, ne déparent pas, et semblent comme chez eux, comme s’ils avaient débarqué d’un bateau, là, la veille…

    En fait voilà toute l’histoire de cet instrument indonésien adopté par Marseille, recueillie auprès des membres de l’orchestre, après le concert : il était une fois un percussionniste parisien, Gaston Sylvestre, entré au Conservatoire National de Musique et de Danse de Paris en 1960, ancien professeur de percussions au Conservatoire de Rueil-Malmaison près de Paris, et également membre d’un trio de percussions de 1973 à 2002, avec ses comparses Jean-Pierre Drouet et Willy Coquillat, trio pour lequel des compositeurs contemporains écrivaient, comme Georges Aperghis (1945 – ). Avec son épouse Brigitte (Sylvestre), ancienne professeur de harpe au CNSM, ce sont les deux membres les plus âgés du groupe. 

    « En 1985, avec le trio on a eu besoin de s’ouvrir un peu », raconte Gaston, et le trio part à Bali, avec Georges Aperghis. Là, dans le village de Saba, dans l’Est de Bali, ils rencontrent le chef du village, nommé I Gusti Gede Rake, qui est également le chef du gamelan, et ils décident de produire une rencontre musicale trio/gamelan. I Gusti Gede Rake compose la partie du gamelan, et G. Aperghis celle du trio. Les Balinais donneront comme titre à cette création « 3 étoiles » – Bintang Tiga – en référence au trio… mais aussi à la bière locale ! 

    En 1986 et 1987 le concert est créé et tourne en Indonésie puis en France, à Marseille et Avignon. En 1994 Laurent Bayle, directeur de la Cité de la Musique de Paris, souhaite le reproduire pour 5 représentations, et un gamelan est commandé pour être expédié en France, copie de celui du village de Saba, béni là-bas comme les autres. Ce gamelan reste alors en France et devient propriété du trio. 

    En 2001, Michael Tenzer (1957 -), compositeur canadien et spécialiste du gamelan, propose à Gaston Sylvestre de l’initier au gamelan, ainsi que d’autres professeurs du Conservatoire de Rueil ou amis – dont Brigitte l’épouse de Gaston. En 2002 et 2003 la formation se poursuit avec le Britannique Andy Channing. En 2005 Gaston et Brigitte Sylvestre s’installent à Marseille (Gaston est originaire d’Avignon), et apportent le gamelan dans leurs bagages. Raphaël de VIVO, alors  Directeur du GMEM, le Centre National de Création Musicale de Marseille (gmem.org) , veut reformer un nouveau groupe, et Andy Channing est invité pour des sessions de formation et des concerts.

    Et là nous devons parler de Jérémie Abt, responsable de ce gamelan. Avec Théo Merigeau, le « percussionniste de droite » du concert, et Hsiao-Yun Tseng, qui est Taïwanaise et qui faisait partie des musiciens, tous trois, âgés de la trentaine, se sont rencontrés, étudiants percussionnistes, au Conservatoire de Rueil. Ils ont suivi des stages de gamelan avec Gaston Sylvestre en France, et ils se sont rendus plusieurs fois à Bali pour se perfectionner. Théo et Hsiao Yun sont aujourd’hui responsables et propriétaires d’un gamelan Parisien, et Jérémie est désormais responsable de celui de Marseille. 

    C’est donc Jérémie qui joue le rôle de « chef d’orchestre » du gamelan Bintang Tiga, même si, comme il l’expliquait au public, « le gamelan n’est pas un orchestre : c’est un seul instrument, joué par plusieurs personnes ». C’est que le COLLECTIF (« Oton Royon » en indonésien) est un concept-clé dans la culture balinaise, nous explique-t-il : et cela nous fait encore plus apprécier le gamelan….

    En 2007, Jérémie, qui est originaire d’Annecy, était parti étudier au Conservatoire de Rueil, car il savait que le Conservatoire proposait des cours de gamelan, avec Gaston Sylvestre. Les cours de zarb qui y sont offerts, cette percussion iranienne que l’on tient à l’horizontale aussi, l’intéressaient aussi. Mais Gaston Sylvestre avait pris sa retraite : Jérémie, Théo et Hsiao Yun s’initieront au gamelan avec Gaston lors de stages.  

    Et en 2016, Jérémie vient s’installer à Marseille… car il sait que la ville abrite le gamelan Bintang Tiga ! En effet, il n’y a que 4 gamelans en France, et Jérémie est désormais passionné de gamelan ! Au point de faire plusieurs séjours à Bali (il s’envolera pour Bali le lendemain du concert), d’apprendre l’indonésien (« c’est facile à apprendre, et c’est une langue amusante, on peut créer plein de mots », nous raconte-t-il, modeste…), et de former désormais, des Marseillais et Marseillais à cet instrument magique : si vous êtes intéressés, un groupe de gamelan « débutants » existe aussi, et nul besoin de connaître le solfège, le gamelan de Marseille mêle, et cela fait son charme aussi, musiciens professionnels comme amateurs sans éducation musicale. 

    A l’issue du concert, essayant d’analyser les impressions ressenties, je crois avoir compris pourquoi cette musique de gamelan m’a autant impressionnée : les notes sourdes du tambour, que l’on ressent dans le corps, vous ancrent dans la terre, cependant que les vibrations du bronze, qui vous pénètrent l’esprit, vous élèvent l’âme. Terre et ciel, yin et yang, corps et âme, sur la terre comme au ciel, équilibre parfait entre ici-bas et là-haut : le gamelan est une musique humaine et céleste à la fois. Et le collectif y est uni par quelque chose qui le transcende… 

    nadia khouri-dagher – n.khouri@orange.fr 

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    Plus d’infos : https://www.bintangtiga.orgcontact@legrandgong.org 

    Répétitions et cours : Théâtre Le Mille-Feuille, 14 rue Louis Astouin – 13002 Marseille

    Photos Nadia Khouri-Dagher

  • Samedi dernier (15 juin 2024), la galerie d’art Ici ou Là à Marseille, atelier du duo d’artistes Catha et Bert orné de leurs grandes toiles colorées, nous offrait un concert brésilien délicieux, à l’occasion du lancement de l’association Art Productions, qui veut promouvoir les cultures du Brésil dans la cité phocéenne : musique, littérature, arts plastiques, etc. 

    Sous l’égide du Consulat du Brésil à Marseille et de l’Instituto Guimarães Rosa, équivalent des Centres culturels français à l’étranger, le concert mettait à l’honneur un artiste célèbre dans sa région natale de Salvador de Bahia, Mestre Jaime de Mar Grande, maître de Capoeira et de Samba, venu du Brésil exprès pour l’occasion. La veille, ce même concert était organisé en plein air, dans le quartier historique du Panier, pour le grand public. 

    Avant le concert, Mestre Jaime nous a un peu raconté sa vie, et ses propos, dans cette langue brésilienne chantante et nonchalante, étaient traduits par Jane Freitas, fondatrice de Art Productions, Brésilienne installée à Marseille. « Je fais de la capoeira depuis l’âge de 7 ans », nous racontait-il, « cela fait donc plus de 60 ans… ». Dans l’île de Itaparica, au large de Bahia, Mestre Jaime a créé l’association Paraguassu, qui diffuse l’art de la capoeira à des enfants, adolescents et adultes, mais qui utilise aussi la musique et la danse comme base d’actions sociales dans l’île, en direction des populations défavorisées, selon le précepte-clé qui guide l’association : « La musique sauve ».

    Ecouter : https://www.youtube.com/watch?v=ls8aCRmxo_k&list=OLAK5uy_nsa2VmnZqGZVAOvpC5KfcQ1vIgTwLyCFA&index=1

    Un échantillon de la population brésilienne de Marseille – qui regroupe 3 à 4.000 personnes comme nous le précisait le Consul-Général adjoint, M. Jonas Guimarães Ferreira, présent – était venu pour écouter le Maître, qui chantait et jouait de la guitare, accompagné de plusieurs artistes brésiliens installés à Marseille : Raquel Freitas, qui improvisait de délicats accompagnements au piano ; Icaro Kai au pandeiro, ce petit tambourin ; et Maître Juruna au tambour atabaque, instrument oblong et que l’on tient entre les jambes. Et Juciara, soeur de Juruna, nous apprenait que ce dernier, arrivé à Marseille en 1996 depuis leur ville d’enfance Fortaleza, est le premier à avoir organisé des cours de capoeira dans cette ville, qui compte aujourd’hui de nombreux groupes de musique et de danse brésiliennes. 

    Le public, pour ce concert intimiste dans cette galerie qui accueille aussi des événements culturels, réunissait d’ailleurs quelques-uns de ces artistes brésiliens, qui se succédaient parfois aux percussions, ou bien se levaient pour inviter une cavalière pour une danse lente et chaloupée, au son des chansons et des balades interprétées par Mestre Jaime, et reprises en choeur par l’assemblée qui en connaissait les paroles par coeur, comme il arrive toujours au Brésil dès que des chansons connues sont interprétées sur scène… 

    Cette soirée fut un pur moment de grâce : sourires sur les visages, danses tendres et nonchalantes, échanges amicaux autour d’un verre de vin et d’un buffet brésilien généreusement offert, accolades entre amis comme on les aime au Brésil, bras qui étreignent tendrement les épaules et sourires avec les yeux, l’association Art Productions nous offrait hier soir un merveilleux voyage au Brésil, dans l’été marseillais, chaud et suave comme là-bas… Vivement les prochains concerts ! 

    artproductionsart@gmail.com – Tel : 06 26 30 09 37

    Galerie Ici ou Là, Passage Folies Bergères/Lorette, 13002 Marseille – www.bert-catha.com 

  • MARSEILLE-JAZZ

    Superbe concert que nous offrait le Club 27 hier, petit écrin intimiste niché dans le quartier vert et arboré du Parc Longchamp à Marseille, en association avec la manifestation « Le Jam hors les murs ». Le guitariste Alex Freiman s’y produisait avec son quartet The Hot Sauce – clin d’oeil sans doute au Hot Club de France pour ce musicien de jazz qui aime revisiter les classiques autant que nous offrir ses propres compositions. À ses côtés, trois complices : César Poirier au saxophone ténor, Stefano Lucchini aux percussions et Lionel Dandine à l’orgue. 

    Formé au Berklee College of Music de Boston, Alex nous communique sur scène son plaisir fou à jouer de sa guitare, magnifique instrument au manche noir incrusté de nacre… Jazzman âgé d’une quarantaine d’années, il se balade aussi sur les terres du rock, du funk, de la pop ou de la country, et, fait devenu rare chez les artistes de jazz, il aime aussi chanter sur scène, s’inscrivant ainsi dans une tradition qui englobe tout à la fois Louis Armstrong, Chet Baker ou Manu Dibango. Et, comment dire, entendre un musicien de jazz chanter AUSSI, et bien, c’est un peu comme si votre plaisir était doublé, d’être témoin de son double plaisir à lui/elle, à jouer et chanter aussi !

    Le classique « Love for sale » ouvre le bal, avant une composition originale, « Mr. Ginger », et alterneront ainsi reprises de standards et créations originales tirées de deux albums déjà parus, telles « Hôtel Devil », nom que l’artiste, qui vit à Paris, a redonné à la station de métro Hôtel de Ville, surpeuplée et étouffante de chaleur parfois, nous explique-t-il…

    Le dialogue avec la salle s’instaure, et le dialogue avec le saxophone surtout, car guitare et saxo, sur scène, opèrent comme un duo, conversant l’un avec l’autre dans de longues improvisations jubilatoires. Stefano Lucchini à la batterie et Lionel Dandine nous offriront aussi leurs propres solos endiablés, devant une salle enthousiaste ! 

    Énergie, plaisir, complicité des artistes, humour d’Alex dans ses présentations des pièces jouées, du jazz qui perpétue une longue tradition tout en adoptant aussi un langage très contemporain : le quartet The Hot Sauce est bien le digne héritier du quintette Hot Club de France, inventif et joyeux… le violon en moins ! 

    Album « Play it gentle », 2017 ; album « In the beginning », 2023

    @alex.guitarfreiman – http://club27.fr

  • Liste des interviews d’artistes publiées depuis 1999, pour divers médias :

    1 AHMAD JAMAL – USA

    2. AÏCHA REDOUANE – Maroc

    3. ALPHA BLONDY – Côte d’Ivoire

    4. ANGÉLIQUE KIDJO – Bénin

    5. ANOUAR BRAHEM-Tunisie

    6. ASA – Nigéria

    7. BEIHDJA RAHAL – Algérie

    8. BUIKA – Guinée/Espagne

    9. CALYPSO ROSE – Trinidad

    10. CHEIKH TIDIANE SECK  – Mali

    11. CHIWONISO – Zimbabwe

    12.. DAVY SICARD  – La Réunion

    13. ELISABETH KONTOMANOU – Gabon

    14. FADELA – Algérie

    15. HAYET AYAD – Algérie/France

    16. HOURIA AÏCHI – Algérie

     17. ISMAËL LO – Sénégal/Niger

    18. JACQUES COURSIL – Martinique

    19. KHALED – Algérie

    20. LAÏKA – Maroc

    21. MALOUMA – Mauritanie

    22. MAMADY KEÏTA – Guinée

    23. MAMDOUH BAHRI – Tunisie 

    24. MANOU GALLO  – Côte d’Ivoire

    25. MANU DIBANGO – Cameroun

    26. MAOZÉ – Martinique

    27. MARIA NACIRI – Maroc

    28. MAYRA ANDRADE – Cap-Vert

    29. MINA AGOSSI – Bénin

    30. NATACHA ATLAS – Egypte

    31. NATHALIE NATIEMBÉ – La Réunion

    32. OJOS DE BRUJO – Espagne

    33.. OMARA PORTUONDO – Cuba

    34. OMO BELLO – Nigéria

    35. PIERRE BAROUH – France

    36. QUEEN DAYENU – Cameroun

    37. RAPHAËL IMBERT – France

    38. RÉGIS GIZAVO – Madagascar 

    39. RENAUD GARCIA-FONS – France

    40. SANDRA NKAKE- Cameroun

    41. SIA TOLNO – Guinée

    42. SOPHIA NELSON – Ghana

    43. SOUAD MASSI – Algérie

    44. SAMIRA SAÏD – Maroc/Egypte

    45. SOUMIA – Maroc/Antilles

    46. STEPHAN DAYAS-Cameroun

    47. STEVE SHEHAN – Etats-Unis

    48. TITI ROBIN- France

    49. VALÉRIE LOURI – Martinique

    50. YOUSSOU N’DOUR – Sénégal

    51. ZORA – Algérie/France

    Entretiens avec des musicologues :

    SIMHA AROM- sur les musiques d’Afrique Centrale

    VICTOR RANDRIANARY – sur les musiques de Madagascar

    Ces entretiens ont été publiés essentiellement dans : SOURCES le mensuel de l’Unesco ; les magazines AMINA et YASMINA ; babelmed.net ; afrik.com ; et quelques autres médias. La plupart peuvent être retrouvés sur les sites de ces médias.

  • Merci pour tous vos feedbacks !

    Plus de 100.000 vues sur mon site (près de 400 articles sur près de 100 pays ou genres musicaux), et vos messages venus de tous pays : merci !

    N’oubliez pas de laisser votre feedback à la suite des articles que vous aimez ? Voici une sélection de vos réactions – les originaux figurent au bas des articles mentionnés.

    Alex Freiman – Merci Nadia pour ce superbe article !
    A très bientôt ( Marseille-Jazz : Alex Freiman & The Hot Sauce, joyeux héritiers du Hot Club de France ! – juin 2024)

    BRÉSIL-FRANCE : RICHARD GALLIANO à la rencontre du Forro

    Bonjour! Intéressant, votre article. Je n’étais pas au courant de cette rencontre. Je connaissais un peu Galliano, et un peu beaucoup le Brésil. Ce disque DVD semble valoir la peine!!! Félicitations pour votre travail et au plaisir peut-être de collaborer un jour. Je suis moi-même à l’origine d’un site de découvertes (musicales et culturelles cf. http://www.djiboutik.be) et suis basé à Bruxelles (et au Mexique). Aymeric Lehembre, 22 juil. 2022·

    BOSNIE-SUISSE : MARIO BATKOVIC, Un accordéon contemporain et neuf : J’ai ressenti un véritable choc à l’écoute de Mario Batkovic dont l’accordéon envoute littéralement l’auditoire. La salle de l’Alhambra à Genève dont la plupart des auditeurs n’étaient pas venus spécialement pour lui, qui jouait en première partie de John Cale ,a été saisie tout comme moi par ces sonorités venues de cet instrument transfiguré. J’attends déjà impatiemment sa prochaine prestation scénique en écoutant son album (à fort volume!) A suivre ! – Bischoff

    ARGENTINE : AMANDO RISUEÑO, « El cante del viento » (Inouïe Distribution) : Superbe chronique poétique d’un artiste aux immenses talents ! (Danny, veevcom.com – avril 2021)

    Pierrot, vagabond des mots et des routes – ici Pierrot,vagabond des mots et des routes du Québec:)) bravo à votre blog et votre accueil marseillais extraordinaire à ce poète des musiques du monde Ahamada Smis:))) (…) Permettez-moi de vous offrir deux de mes textes de chanson…

    COMORES-FRANCE: AHAMADA SMIS, poète-musicien de Marseille

    Ian – Belles sélections et belles découvertes, comme d’habitude ! Merci Nadia de prendre le temps de partager et de commenter le travail des artistes d’hier et d’aujourd’hui. 

    LA RÉUNION : FESTIVAL FRANCOFOLIES DE ST PIERRE, LE MALOYA D’ABORD ! : J’aime me promener sur votre blog. un bel univers agréable. Blog intéressant et bien construit. A bientôt. Mélina, afleurdemots.blog, juillet 2019

    LIBAN : LIBAN DES ANNÉES 60 : QUAND GARÇONS ET FILLES EN MINI-JUPES CHANTAIENT ET DANSAIENT LIBREMENT (ET C’ÉTAIT PAREIL DANS LES AUTRES PAYS ARABES AUSSI !)

    Philippe Petrucciani – Merci beaucoup pour ce bel article!

    FRANCE : PHILIPPE PETRUCCIANI & NATHALIE BLANC, le jazz français swingué ou romantique

    Mélina afleurdemots.blogJ’aime me promener sur votre blog. Un bel univers agréable. Blog intéressant et bien construit. A bientôt.

    LA RÉUNION : FESTIVAL FRANCOFOLIES DE ST PIERRE, LE MALOYA D’ABORD !

    François KOEHLER – Magnifique collection de chansons donnant la joie de vivre, rappelant les vacances à la mer et les glaces à l’eau.

    Le label Frémeaux est tout bonnement exceptionnel !

    ALGÉRIE-ITALIE-FRANCE-ETC. : CHANSONS EXOTIQUES DES 50’s (Frémeaux)

    marie-christine – J’ai découvert, émerveillée, Pedro Soler sur la scène du Théâtre d’Oran en 1968, jamais je n’en avais entendu parler en France mais j’ai su qu’il serait connu mondialement par la suite tant « sa musique » était prenante, vivante, vibrante. J’avais 20 ans en 1968.

    ESPAGNE-FRANCE : PEDRO SOLER & GASPAR CLAUS, Au fil du vent

    nadya – Bonjour je voulais vous féliciter pour votre travail votre blog que je découvre à peine , cette mine d’ or woaw est execptionnelle. J’ ai eu cette info sur un livret des Bibliotheques de la ville de Genève- Merci je vais continuer à decouvrir à travers vous… je me retrouve beaucoup par ailleurs dans votre sensibilité.

    A propos

    Laura – Un blog est un journal personnel en effet mais surtout un lieu d’échange et de partage d’idées (tout comme tu fais actuellement sur le sujet)

    PALESTINE-ESPAGNE : Amir-John Haddad, une guitare flamboyante

    Agnès Thomas – Bravo de ces toujours beaux articles toujours très bien illustrés,documentés et enthousiasmants !

    CHINE-GRÈCE-IRAN ETC. : ARIFA, dialogue entre instruments du monde entier

    Ellington – Une époque charnière et pourtant déphasée avec le monde qui pourtant commence à ce connecter, de par les luttes d’indépendances, les rythmes et musiques.

    ALGÉRIE-ITALIE-FRANCE-ETC. : CHANSONS EXOTIQUES DES 50’s (Frémeaux)

    Barbet P – Blog passionnant…

    ESPAGNE-FRANCE : DORANTES & GARCIA-FONS, La fougue du flamenco et la mélancolie de la contrebasse

    LAVAL Jean-Yves – Envouté par cet album j’aimerai tant qu’il se produise à proximité de Toulouse. Merci pour votre article espérons un prochain travail aussi émouvant.

    BOSNIE-SUISSE : MARIO BATKOVIC, Un accordéon contemporain et neuf

    Samba – Ces musiques populaires éternelles sont l’âme de l’Amérique Latine.

    AMÉRIQUE LATINE : MUSIQUES RURALES – Frémeaux & Associés

    Gérard Collet – Merci Nadia, vous avez raison toutes ces musiques partent de l’Afrique. Gégé qui participe à cet événement au sein de la commission de programmation.

    FRANCE : FESTIVAL JAZZ SOUS LES POMMIERS À COUTANCES, L’AFRIQUE À L’HONNEUR

    Pierre Schuller – https://www.aupresdesonarbre.com Merci Nadia pour votre bel article sur l’album de Djamel, il le mérite !!

    ALGÉRIE-FRANCE : Brassens en chaâbi, le cadeau de Djamel Djenidi

    Saida Alami – J’adoore Ayrad !!!! sa musique nous transporte vers le chemin du retour avec cette nostalgie du pays ou nous sommes nès et dont la culture est la richesse de tout un chacun.

    CANADA-MAROC : AYRAD, Chanter le Prophète avec des guitares rock

  • MARSEILLE-CUBA-COLOMBIE-MEXIQUE-AMÉRIQUE LATINE-ETC.

    Photo Nadia Khouri-Dagher

    À Marseille on aime chanter et danser, et la Cité de la Musique, à Marseille, lieu formidable où s’écoutent les musiques du monde entier, nous offrait un magnifique concert hier soir mardi 20 février 2024 ! 

    Simon Bolzinger, bien connu de la scène musicale marseillaise, pianiste et compositeur devenu latino-américain dans l’âme, auteur de plusieurs albums avec son groupe Tambor y Canto où il s’accompagne d’excellents musiciens du sous-continent, nous offrait un concert en deux parties, avec la trentaine de musiciens dits « amateurs » car ils ont un autre métier (et qui sont parfois fort doués !), qu’il réunit chaque semaine dans ses ateliers/master-classes… hébergés par la Cité de la Musique, qui est aussi un conservatoire de musique, pour tous les instruments et tous les âges.

    « Los Luneros y Luneras » pour les étudiants du lundi ; « Los Marteros y Marteras » pour ceux du mardi : le concert était en deux parties, à chaque fois une quinzaine de musiciens : Simon en chef d’orchestre (et aux choeurs également, essentiels dans les musiques latines, où le choeur répond au soliste, dans beaucoup de chansons) ; aidé de son accolyte Christophe Boutin, professeur de percussions pour ces ateliers, qui donnait ses directives à ceux et celles qui se succédaient tour à tour aux diverses percussions ; et des hommes et femmes de tous âges, de la petite trentaine aux 70 ans dépassés – avec leurs instruments : piano, clavier, basse, flûte, clarinette, saxophones, trompette, sans oublier les percussions bien sûr, pour ces musiques où le rythme est essentiel : congas, bongos, maracas, etc. , et sans oublier non plus les voix, avec Maria la Colombienne, Marrou la Mexicaine, Martika l’Espagnole ou encore Annette ou Antoine qui sont français, qui se succédaient comme solistes, parmi d’autres. 

    Dès le deuxième morceau, la salle était chauffée, et certains se levaient pour danser – car ces musiques sont irrésistibles, vous le savez ! Simon, pédagogue, expliquait pour chaque titre, la signification des paroles : « L’herboriste » raconte avec humour le quotidien d’un marchand d’herbes médicinales… qui vend aussi de la marijuana, la « yerba buena » ! « Les caméléons » dénonce ces hommes politiques qui virent de bord sans complexe – car la chanson est politique aussi en Amérique latine ; «Mujer divina » – « Femme divine » – se passe de commentaires, chanson d’amour évidemment ; etc. 

    Ce qui est formidable à Marseille, ville-port qui brasse des hommes et femmes venus de partout, c’est que l’ambiance « port » continue d’y régner, même si le port de commerce a été déplacé à quelques dizaines de kilomètres il y a près de 50 ans. Et l’ambiance « port », si bien décrite par le célèbre écrivain afro-américain Claude McKay (1890-1948) dans son roman-culte « Banjo » (Éditions de l’Olivier), hommage à Marseille, c’est précisément ce goût de danser et de chanter ensemble, bref de faire la fête ! Fête dont raffolent tant les Latino-Américains qu’ils nous ont légué, en français, cette magnifique expression : « faire la fiesta ! ». 

    En partant, nous retiendrons de cette soirée-fête : les cheveux blancs de certaines chanteuses ou musiciens, qui n’enlèvent rien à leur passion ou enthousiasme ; la joie et les sourires sur les visages de Simon, de Christophe, et de tous les musiciens et chanteurs/chanteuses sur scène ; les mêmes sur les visages du public, conquis – ma voisine de derrière, Cubaine, peau d’ébène, chantait en même temps que les artistes, avec d’autres dans la salle, comme cela se fait souvent dans les concerts latinos ou brésiliens, « Devorame otra bez » (Dévore-moi une autre fois… car la chanson Latina est coquine aussi parfois !), tube récent, car Simon ouvrait aussi le répertoire aux chansons plus actuelles, celles qui passent sur les radios et qu’on écoute là-bas dans les bus et taxis, et pas seulement aux grands classiques. 

    De ce concert nous retiendrons cette image de petit bonheur : celle de cette fillette, 4 ans à peine, jupe légère de tulle rose par-dessus son petit pantalon, qui dansait avec ses parents, la maman peau blanche et son papa peau caramel, le couple enchaînant les mouvements gracieux de la salsa, et la petite fille se glissant entre leurs jambes, ravie de danser avec ses parents, qui l’étaient tout autant de cette danse à trois !

    La musique et la danse, les chemins les plus rapides vers le bonheur ! Merci Simon, merci Christophe, merci les Luneros et Marteros, merci la Cité de la Musique, merci Marseille ! 

     ————-

    Nous vous avions présenté Simon Bolzinger en 2017 :https://musiques-du-monde.com/2017/01/12/marseilleamerique-latine-simon-bolzinger-tambor-y-canto/ 

    Le site de Simon Bolzinger : www.assospicante.com 

  • Sougata Roy Chowdhury (sarod) et Sukhdev Prasad Mishra (violon) (Photo Nadia Khouri-Dagher)

    La Cité de la Musique de Marseille est un lieu unique en France, salle de concerts majoritairement dédiée aux musiques du monde, mais également conservatoire de musique pour grands et petits. 

    Samedi 2 décembre dernier, nous était offert un concert exceptionnel de musique indienne, organisé dans le cadre du Festival Mehfil, 8ème édition de cette fête de la musique, danse et culture indiennes, qui rayonne chaque année entre Marseille et Aix. 

    Le concert, intitulé JUGALBANDI (traduction svp ?), réunissait 4 musiciens : aux tablas, Nabankur Bhattacharya, installé à Marseille depuis 20 ans ; aux tablas aussi, Nihar Mehta, installé à Nice ; Sougata Roy Chowdury au sarod, un instrument à cordes pincées plus court que le sitar ; et l’exceptionnel violoniste Sukhdev Prasad Mishra, venu tout exprès de Bénarès, et qui était la star de la soirée. 

    Nabankur Bhattacharya (photo Nadia Khouri-Dagher)

    C’était un concert de musique classique d’Inde du Nord, appelée musique hindoustanie (la musique classique d’Inde du Sud est appelée carnatique). C’est la première fois que nous voyions jouer du violon à l’indienne, et nous avons été épatée par la position du corps d’abord : le musicien est assis en tailleur sur le sol, et le violon est placé verticalement, de haut en bas, depuis son menton jusqu’à… son pied nu ! Tous les musiciens étaient assis au sol, pieds nus ou en chaussettes, comme il se doit pour un concert indien. 

    Ecouter Sukhdev Prasad Mishra : 

    youtu.be/YxwMCggJrco?si=_oOveJncMto2898j 

    Mais c’est bien sûr la MUSIQUE qui nous a envoûtée, plus de deux heures durant. Le jeu musical repose sur les mêmes règles que le jazz : les musiciens exécutent un « raga » – thème musical qu’ils connaissent, et ils vont improviser dessus, pendant une heure ou plus. Samedi dernier, la performance était d’autant plus remarquable que ces 4 musiciens jouaient ensemble pour la première fois, et n’avaient même pas répété ensemble avant le concert ! 

    Nihar Mehta (photo Nadia Khouri-Dagher)

    Musique hypnotique, qui tint la salle dans une qualité d’écoute exceptionnelle, presque palpable physiquement. Comme certaines pièces de la musique classique européenne, cette musique hindoustanie est intérieure avant tout, voyage au plus profond de soi, tout en étant rythmée énergiquement parfois, et même si les visages des artistes, qui ne cessaient de dialoguer entre eux par le regard pour pouvoir jouer ensemble, étaient parfois rayonnants de plus que de sourires éclatants : rayonnants de JOIE ! 

    Et écoutant cette musique d’une tradition millénaire, d’une complexité et d’un raffinement inouïs, en admirant les saris délicatement brodés de fils dorés ou incrustés de pierreries des membres de l’association organisatrice, Taal Tarang, ou Indian Arts Academy, nous n’avons pu nous empêcher de nous demander comment les Anglais, débarquant en Inde, ont pu se sentir à ce point « supérieurs » aux Indiens qu’ils ont occupé leur pays et colonisés, c’est-à-dire maintenus en dépendance et sous leur domination ?….

    Et cette musique de l’Inde du Nord a des parentés troublantes avec la musique persane et arabe et persane : certaines lignes du sarod ressemblent étrangement à des motifs bien familiers au ‘oud oriental, si bien que, ma rêverie se poursuivant, j’ai prolongé la même réflexion jusqu’à mes terres natales, le Liban et le Moyen-Orient, et jusqu’au Maghreb, Algérie Maroc Tunisie : comment les Français, débarquant dans ces pays qui possédaient, tout comme l’Inde, des musiques raffinées, des palais et des mobiliers incrustés de nacre et d’ivoire, des bijoux d’or et d’argent d’une maîtrise exceptionnelle, et des costumes brodés d’or et d’argent qui n’avaient rien à envier à ceux de Louis XIV ou Louis XVI, comment les Français des siècles précédents ont-ils pu pareillement se sentir « supérieurs » à ces peuples arabes et orientaux, et les coloniser ?…

    Heureusement cette époque est révolue, où l’Occident se croyait supérieur aux autres cultures, parce qu’il avait sur eux la maîtrise technologique – avec les armes à feu et des flottes de navires armés de canons – et financière. Et aujourd’hui l’Inde, la Chine, le Japon, le Brésil et autres, se posent en rivaux économiques ou militaires – et pour l’influence culturelle aussi – de l’Occident…

    Et l’accueil fait, partout en Occident aujourd’hui, aux musiques du monde, qui sont d’abord et avant tout des musiques de ces pays du Sud anciennement dominés, nous dit, mieux que tout, à quel point la fraternité entre les peuples a avancé, depuis Christophe Colomb, et même – c’était hier – depuis ces années 50 et 60 qui furent celles des Indépendances, années que les plus âgés d’entre nous, ou que nos parents, ont connues. 

    Et pour finir je me disais, me laissant bercer par ces sons incroyables, que j’avais bien de la chance de vivre en France, où l’on peut entendre ces musiques venues du monde entier ! Musiques de tous pays qui voyagent désormais, par le biais des tournées d’artistes, des festivals, mais aussi et surtout par la magie d’internet, dans tous les pays. 

    D’ailleurs à un moment du concert notre violoniste Sukhdev Prasad Mishra s’est levé, et, jouant de son instrument debout, à l’occidentale, s’est mis à improviser sur le mode d’une chaconne de Bach ! À l’issue du concert, je lui ai posé la question : c’était bien inspiré par la musique baroque, ce passage ? « Oui ! », m’a répondu l’artsite, « J’écoute des choses très différentes, et cela m’inspire ». Des cultures qui dialoguent désormais d’égale à égale : la preuve en musique !!! 

    ———

    BONUS-TRACK : Parce qu’un tel festival, organisé par une petite association comme Taal Tarang (à sa tête le couple Nabankur Bhattacharya, professeur de tabla, et son épouse Maitryee Mahatma, professeur de danse katakh) représente un travail colossal, de recherche de fonds et de partenaires, mentionnons ces partenaires, sans lequel cette fête indienne annuelle ne pourrait exister (nous ne pouvons nommer tous les bénévoles, certains rencontrés le soir du concert, à l’accueil et à l’organisation) : 

    Cité de la Musique

    Embassy of India – Paris

    Aix-en-Provence

    Arsud

    6MIC

    Théâtre du Centaure

    Agence de voyages VPI