• Merci pour tous vos feedbacks !

    Plus de 100.000 vues sur mon site (près de 400 articles sur près de 100 pays ou genres musicaux), et vos messages venus de tous pays : merci !

    N’oubliez pas de laisser votre feedback à la suite des articles que vous aimez ? Voici une sélection de vos réactions – les originaux figurent au bas des articles mentionnés.

    Alex Freiman – Merci Nadia pour ce superbe article !
    A très bientôt ( Marseille-Jazz : Alex Freiman & The Hot Sauce, joyeux héritiers du Hot Club de France ! – juin 2024)

    BRÉSIL-FRANCE : RICHARD GALLIANO à la rencontre du Forro

    Bonjour! Intéressant, votre article. Je n’étais pas au courant de cette rencontre. Je connaissais un peu Galliano, et un peu beaucoup le Brésil. Ce disque DVD semble valoir la peine!!! Félicitations pour votre travail et au plaisir peut-être de collaborer un jour. Je suis moi-même à l’origine d’un site de découvertes (musicales et culturelles cf. http://www.djiboutik.be) et suis basé à Bruxelles (et au Mexique). Aymeric Lehembre, 22 juil. 2022·

    BOSNIE-SUISSE : MARIO BATKOVIC, Un accordéon contemporain et neuf : J’ai ressenti un véritable choc à l’écoute de Mario Batkovic dont l’accordéon envoute littéralement l’auditoire. La salle de l’Alhambra à Genève dont la plupart des auditeurs n’étaient pas venus spécialement pour lui, qui jouait en première partie de John Cale ,a été saisie tout comme moi par ces sonorités venues de cet instrument transfiguré. J’attends déjà impatiemment sa prochaine prestation scénique en écoutant son album (à fort volume!) A suivre ! – Bischoff

    ARGENTINE : AMANDO RISUEÑO, « El cante del viento » (Inouïe Distribution) : Superbe chronique poétique d’un artiste aux immenses talents ! (Danny, veevcom.com – avril 2021)

    Pierrot, vagabond des mots et des routes – ici Pierrot,vagabond des mots et des routes du Québec:)) bravo à votre blog et votre accueil marseillais extraordinaire à ce poète des musiques du monde Ahamada Smis:))) (…) Permettez-moi de vous offrir deux de mes textes de chanson…

    COMORES-FRANCE: AHAMADA SMIS, poète-musicien de Marseille

    Ian – Belles sélections et belles découvertes, comme d’habitude ! Merci Nadia de prendre le temps de partager et de commenter le travail des artistes d’hier et d’aujourd’hui. 

    LA RÉUNION : FESTIVAL FRANCOFOLIES DE ST PIERRE, LE MALOYA D’ABORD ! : J’aime me promener sur votre blog. un bel univers agréable. Blog intéressant et bien construit. A bientôt. Mélina, afleurdemots.blog, juillet 2019

    LIBAN : LIBAN DES ANNÉES 60 : QUAND GARÇONS ET FILLES EN MINI-JUPES CHANTAIENT ET DANSAIENT LIBREMENT (ET C’ÉTAIT PAREIL DANS LES AUTRES PAYS ARABES AUSSI !)

    Philippe Petrucciani – Merci beaucoup pour ce bel article!

    FRANCE : PHILIPPE PETRUCCIANI & NATHALIE BLANC, le jazz français swingué ou romantique

    Mélina afleurdemots.blogJ’aime me promener sur votre blog. Un bel univers agréable. Blog intéressant et bien construit. A bientôt.

    LA RÉUNION : FESTIVAL FRANCOFOLIES DE ST PIERRE, LE MALOYA D’ABORD !

    François KOEHLER – Magnifique collection de chansons donnant la joie de vivre, rappelant les vacances à la mer et les glaces à l’eau.

    Le label Frémeaux est tout bonnement exceptionnel !

    ALGÉRIE-ITALIE-FRANCE-ETC. : CHANSONS EXOTIQUES DES 50’s (Frémeaux)

    marie-christine – J’ai découvert, émerveillée, Pedro Soler sur la scène du Théâtre d’Oran en 1968, jamais je n’en avais entendu parler en France mais j’ai su qu’il serait connu mondialement par la suite tant « sa musique » était prenante, vivante, vibrante. J’avais 20 ans en 1968.

    ESPAGNE-FRANCE : PEDRO SOLER & GASPAR CLAUS, Au fil du vent

    nadya – Bonjour je voulais vous féliciter pour votre travail votre blog que je découvre à peine , cette mine d’ or woaw est execptionnelle. J’ ai eu cette info sur un livret des Bibliotheques de la ville de Genève- Merci je vais continuer à decouvrir à travers vous… je me retrouve beaucoup par ailleurs dans votre sensibilité.

    A propos

    Laura – Un blog est un journal personnel en effet mais surtout un lieu d’échange et de partage d’idées (tout comme tu fais actuellement sur le sujet)

    PALESTINE-ESPAGNE : Amir-John Haddad, une guitare flamboyante

    Agnès Thomas – Bravo de ces toujours beaux articles toujours très bien illustrés,documentés et enthousiasmants !

    CHINE-GRÈCE-IRAN ETC. : ARIFA, dialogue entre instruments du monde entier

    Ellington – Une époque charnière et pourtant déphasée avec le monde qui pourtant commence à ce connecter, de par les luttes d’indépendances, les rythmes et musiques.

    ALGÉRIE-ITALIE-FRANCE-ETC. : CHANSONS EXOTIQUES DES 50’s (Frémeaux)

    Barbet P – Blog passionnant…

    ESPAGNE-FRANCE : DORANTES & GARCIA-FONS, La fougue du flamenco et la mélancolie de la contrebasse

    LAVAL Jean-Yves – Envouté par cet album j’aimerai tant qu’il se produise à proximité de Toulouse. Merci pour votre article espérons un prochain travail aussi émouvant.

    BOSNIE-SUISSE : MARIO BATKOVIC, Un accordéon contemporain et neuf

    Samba – Ces musiques populaires éternelles sont l’âme de l’Amérique Latine.

    AMÉRIQUE LATINE : MUSIQUES RURALES – Frémeaux & Associés

    Gérard Collet – Merci Nadia, vous avez raison toutes ces musiques partent de l’Afrique. Gégé qui participe à cet événement au sein de la commission de programmation.

    FRANCE : FESTIVAL JAZZ SOUS LES POMMIERS À COUTANCES, L’AFRIQUE À L’HONNEUR

    Pierre Schuller – https://www.aupresdesonarbre.com Merci Nadia pour votre bel article sur l’album de Djamel, il le mérite !!

    ALGÉRIE-FRANCE : Brassens en chaâbi, le cadeau de Djamel Djenidi

    Saida Alami – J’adoore Ayrad !!!! sa musique nous transporte vers le chemin du retour avec cette nostalgie du pays ou nous sommes nès et dont la culture est la richesse de tout un chacun.

    CANADA-MAROC : AYRAD, Chanter le Prophète avec des guitares rock

  • Raúl Paz nous revient ! Nous qui vivons à Paris, avons eu le bonheur de l’entendre souvent, dans des clubs de jazz ou dans des festivals, lui l’un des nombreux musiciens latino-américains de la capitale, qui apportent un peu de la joie de vivre latino en France, concerts où la communauté latina se retrouve, parlant espagnol et gaiement, s’embrasse fort, rit beaucoup, et où l’on sent toute la chaleur humaine propre à ce sous-continent que nous adorons ! 

    L’artiste cubain était venu en France en 1996, avec l’objectif d’aller à la Schola Cantorum de Paris, école de musique classique, lui qui avait fait 10 ans d’études musicales à l’Institut d’Etudes Musicale de La Havane, étudiant le violon, le solfège, le contrepoint ou l’harmonie, comme dans tous les conservatoires du monde. 

    Mais le besoin de gagner sa vie a conduit le jeune Raúl, âgé d’une vingtaine d’années alors, à jouer dans des clubs et des bars. Il se fit remarquer, premier album, paru en 1999, « Cuba Libre », succès fou : au lieu d’un violoniste classique, un artiste cubain était né ! 

    D’autres albums suivront, de nombreux concerts et festivals, et puis en 2008, l’envie de retourner au pays. Raúl retrouve la région de Viñales dont il est orginaire, achète une ferme, et, comme de nombreux Parisiens aussi, surtout depuis le Covid, effectue ce « retour à la terre », qui est bien souvent un aller plutôt qu’un retour, d’ailleurs. 

    Aujourd’hui l’artiste se définit, non sans humour, comme un « Paysan Chic » (Guajiro Chic, titre de l’album), et met… une série de 4 coqs en couverture de son disque ! Partout au monde, des artistes choisissent ainsi de vivre loin des grandes villes pour trouver leur inspiration, et dégager de grandes plages de temps pour pouvoir composer : de Francis Cabrel, installé dans son Gers natal (région du Sud-Ouest de la France) à Ludovico Einaudi, qui vit au milieu de vignes, dans le Piémont. 

    Et ce disque nous prouve que ce retour à sa terre natale et à ses racines, est bénéfique à l’artiste. L’album est à la fois dynamique et posé, enlevé et apaisé. Comme si l’artiste avait trouvé une paix intérieure, un équilibre, pour nous chanter son Cuba, jamais coupé du monde. Et l’album se conclut par une magnifique balade, intitulée « Gracias » tout simplement. Raúl Paz, un homme heureux, et qui nous rend heureux par sa musique. 

     Les musiciens qui accompagnent Raúl Paz sur l’album : Ity Cabrera (piano, accordéon), Jo Orosemane (basse), Nicolas Dacunha (batterie) et Nelson Palacios (percussions, violon). 

    Nadia Khouri-Dagher – n.khouri@orange.fr – 16 avril 2025

  • Abel Selacoe, CD « Hymns of Bantu » (Warner Classics)

    Voilà le 2ème album du formidable violoncelliste et compositeur (et chanteur) Abel Selacoe, qui nous avait enthousiasmée quand nous avions découvert son premier album, « Where is Home », en 2022 ! ( https://www.afrik.com/afrique-du-sud-abel-selaocoe-le-violoncelliste-qui-nous-montre-le-lien-entre-bach-et-les-chants-traditionnels-africains ). 

    Abel Selacoe a grandi dans le township de Sebokeng, à une vingtaine de kilomètres au sud-ouest de Johannesbourg. Les townships sont des quartiers qui furent créés dans les années 50, en application des lois de l’apartheid, pour accueillir des populations exclusivement non-blanches. Avec les décennies, beaucoup de ces quartiers, où affluaient en masse les populations fuyant la misère rurale et où le nombre d’enfant par femme était élevé, devinrent de vastes bidonvilles, tel Soweto, où vivent aujourd’hui quelque 2 millions d’habitants. 

    C’est justement à Soweto que le jeune Abel Selacoe s’initie au violoncelle, avec son frère : au sein de l’African Cultural Organisation of South Africa (ACOSA), une organisation créée en 1947 et qui inclut des écoles de musique pour tous. Doué, Abel bénéficie ensuite d’une bourse pour poursuivre ses études, puis s’envole pour la Grande-Bretagne, pour intégrer  le Royal Northern College of Music, à Manchester. C’est là qu’il va se lier avec d’autres étudiants, avec lesquels il va former les groupes musicaux Chesaba et Bantu Ensemble, avec lesquels il se produit toujours. 

    Dans cet album, le musicien aux mille talents nous surprend encore davantage, et pousse encore avant son incroyable créativité, puisant à toutes les sources musicales qui l’inspirent, les mélangeant, créant ainsi quelque chose de totalement neuf : comme un cuisinier qui s’inspirerait de mille ingrédients et épices, venus des quatre coins du monde, pour concocter des recettes totalement originales. 

    La culture bantoue, sa culture natale, est évidemment à l’honneur ici, comme l’indique le titre de l’album. Dans toutes ses dimensions, des chants tribaux et des musiques percussives, aux chants polyphoniques si typiques de l’Afrique du Sud, et que le monde entier a découvert dans ce film délicieux « Les dieux sont tombés sur la tête », sorti en 1980 (« Tsohle Tsohle », qui ouvre l’album – Tsohle signifie « Foi » ou « Espoir »). 

    Abel vit désormais en Grande-Bretagne, où peuvent s’entendre toutes les musiques du monde, et il intègre aussi à ses créations des sons et modes venus de partout : ainsi, lui qui aime chanter aussi, inclut dans « Kea Marata », ce chant de gorge typique de Mongolie

    Dans « Dinaka », la musique contemporaine – des sons sans aucun lien mélodique les uns avec les autres, et produits par des instruments divers ; et des répétitions d’une même séquence non mélodique – se marie avec des sons qui semblent venus de la campagne : là on dirait un troupeau de chèvres avec leurs clochettes, ici des artisans qui martèlent le métal comme on voit parfois sur les marchés d’Afrique ; mais la répétition d’un même motif appartient aussi bien aux bruits de la vie quotidienne qu’aux créations les plus contemporaines…

    Bach, qui a sublimé le violoncelle en lui composant le sublime répertoire des Suites pour cet instrument, reste présent, déjà honoré dans l’album précédent : ici l’artiste nous offre la Sarabande de la 6ème suite. Et Abel Selacoe marie délicieusement la musique occidentale baroque et la culture bantoue, en nous offrant sa propre version de « Les voix humaines » du Français Marin Marais (contemporain de Bach, célèbre compositeur de pièces pour viole de gambe qui est l’ancêtre du violoncelle – voir le film « Tous les matins du monde », sorti en 1991, magnifique portrait de ce musicien). Cette pièce inspirée de Marin Marais s’appelle « Voices of Bantu », et  Abel utilise sa voix haut-perchée comme celle d’un haute-contre, et greffe des paroles en bantou sur ses improvisations, à partir de cette composition ancienne de musique baroque. 

    Bref, un album magnifique, d’une originalité folle, d’une créativité inouïe, qui place Abel Selacoe, déjà, parmi les grands violoncellistes du 21ème siècle ! 

    Nadia Khouri-Dagher – n.khouri@orange.fr – 7 avril 2025 

  •                  

    Photo Catherine Videlaine – www.videlaine.com

    Le 1er avril 2025 – par Nadia Khouri-Dagher 

    Sur Facebook, leurs groupes se comptent par dizaines, et incluent des milliers ou dizaines de milliers de membres : « Je vote accordéon », 59.000 membres ; « Le groupe des accordéonistes et de l’accordéon », 25.000 ; « Les amis de l ’accordéon musette », 18.000 ; « Accordéon diatonique, chromatique et harmonica », 12.000 ;  etc. À lui seul, le siteaccordeonistes.fr propose près de 20.000 vidéos d’artistes ! 

    Des festivals qui rassemblent des dizaines de milliers d’amoureux de l’instrument

    Les accordéonistes sont comme les joggeurs : l’on prend la mesure de leur nombre lors de leurs grands rassemblements. Ainsi, c’est dans les festivals d’accordéon, nombreux dans l’hexagone, que l’on réalise l’immense popularité de cet instrument. Des événements de taille attirant des dizaines de milliers de participants, comme « Le printemps des bretelles » à Illkirch en Alsace ; « Wazemmes l’accordéon » ou « Hainaut Belles Bretelles » dans le Nord ; « Le grand soufflet » à Rennes ; ou « Les 24 heures de l’accordéon » à Toulouse. Mais aussi des festivals dans des villages et petites villes : Lesterps près de Limoges, Mulbanne près du Mans, Luzy dans la Nièvre, Val Cenis en Savoie,… 

    Une ambiance euphorique règne pendant ces journées : l’accordéon n’est-il pas le roi de la Fête, qui invite à danser et à s’amuser ? Les hôtels et campings sont pris d’assaut, et l’on vient écouter les plus grands accordéonistes français et internationaux ; les amateurs improvisent des boeufs dans des cafés ; certains festivaliers âgés vous parlent avec passion de leur collection d’instruments anciens ; et bien sûr, ça danse le soir sur les places ! 

    Les années 70 et 80, vague folk et musique trad

    Car depuis les années 70 et 80, l’accordéon vit une renaissance en France. L’instrument fut le roi des bals jusqu’aux années 50, avec des stars telles Gus Viseur, Tony Murena ou Jo Privat. Mais dans les années 60 l’instrument est détrôné par le rock’n roll, et l’accordéon devient « ringard ». Dans les années 70, la vague folk conduit à un renouveau d’intérêt pour les musiques traditionnelles, et l’on redécouvre l’accordéon, qui tenait une place importante dans les musiques rurales. Dans ces décennies 70 et 80 l’accordéon reprend aussi sa place dans la chanson française, qu’il eut belle au temps de succès tels « L’accordéoniste » par Edith Piaf ou « Sous le ciel de Paris ». 

    « L’image de l’accordéon a changé grâce à des chanteurs comme Nougaro, Renaud, Les Négresses Vertes, et autres, qui l’ont utilisé sur scène », explique Dominique Legrix, accordéoniste et fondateur du groupe Marquiswing. Jacques Higelin joue de l’accordéon sur scène, et Bernard Lavilliers et autres s’adjoignent un accordéoniste. Preuve est donc faite que l’instrument peut s’intégrer à des rythmes rock et pop. Les années 80, avec les radios libres, sont aussi celles de l’ouverture aux musiques du monde, or l’accordéon est présent dans bien des pays, du Brésil à La Réunion

    La révolution Richard Galliano : un son nouveau pour l’accordéon

    Mais la véritable révolution arrive avec Richard Galliano. Fils d’un accordéoniste italien et formé au Conservatoire de Nice, Galliano rencontre Astor Piazzola à Paris en 1980, qui lui suggère de moderniser le répertoire du musette, comme lui-même l’a fait pour le tango. Galliano s’entoure de trois musiciens de jazz, et en 1991 sort un disque, « New Musette », qui fera date, où l’accordéon offre un son et un langage musical totalement neufs. « Dans ce disque, Galliano est apparu au même niveau d’exigence que les musiciens de jazz les plus pointus. On a compris qu’il faisait du jazz », relève Alex Dutilh, expert jazz à France Musique.

    Galliano va ouvrir la voie à une nouvelle génération d’accordéonistes, qui rêvaient de renouveler le langage de leur instrument. « J’ai appris l’accordéon adolescent, puis je l’ai abandonné : je fuyais le monde du musette », nous confie Daniel Mille. « Mais quand j’ai entendu Galliano, j’ai entendu un son nouveau. A l’époque, il y avait le monde de l’accordéon, et le monde de la musique. Moi je voulais faire partie du monde de la musique. A la Fnac, il y avait un rayon « Accordéon », comme si c’était un instrument à part ». Galliano ira plus loin : il enregistre Bach chez Deutsche Gramophon, première entrée de cet instrument chez le sélectif label allemand de musique classique. Suivront un Vivaldi accompagné d’un orchestre de chambre, et un Mozart. 

    Cette nouvelle génération de musiciens – et musiciennes, car la profession s’est beaucoup féminisée – se nomment aujourd’hui : Maryll Abbas, Ludovic Beier, Marc Berthoumieux, Félicien Brut, Domi Emorine, Christophe Lampidecchia, Marcel Loeffler, Daniel Mille, Lionel Suarez, Vincent Peirani, Camille Privat, Sonia Rekis, Francis Varis, David Venitucci, etc. Ces artistes vont nous enchanter à leur tour de sons de leur création, et jouent dans les formations les plus diverses : jazz, chanson, musiques du monde, musique classique et contemporaine. Le mouvement est lancé : désormais, ils sont nombreux à pratiquer « L’accordéon autrement »(nom d’un groupe Facebook de 6.000 membres). « L’accordéon évolue en France de manière très positive, parce que très créative », résume Alex Dutilh.

    « Dans les années 70, la plupart des jeunes qui apprenaient l’instrument étaient des enfants d’Auvergnats, Portugais ou Bretons. A partir des années 90, ça a été tous les milieux sociaux », relève Patrick Quichaud, longtemps responsable du magasin Paris-Accordéon à Paris. Et Laurent Jarry, dans sa boutique « La boîte d’accordéon » à Montreuil, confirme ce nouvel engouement pour l’instrument : « Les jeunes se mettent aujourd’hui à la pratique de l’accordéon dans des univers musicaux qui ne sont pas ceux, traditionnels, de l’instrument, comme le punk, le rap, et autres musiques actuelles ». 

    En Auvergne, le CNIMA, école d’accordéon de renommée internationale

    Le village de Saint-Sauves d’Auvergne abrite la plus grande école d’accordéon de France, et de renommée internationale. Le CNIMA, Centre National et International de Musique et d’Accordéon, a été créé en 1995 par deux pédagogues passionnés, Jacques Mornet et Nathalie Boucheix

    En ce mois de janvier, un stage accueille une vingtaine de participants. Freddy et Daniel, la cinquantaine, font partie de l’orchestre Les Amis de l’Accordéon de Marck (près de Calais) : « nous jouons tous les week-ends, pour animer divers événements, et toujours pour le 14 juillet », nous confient-ils, loisir-passion qui s’ajoute à leur vie active. Marie Pétrolette, nom d’artiste de cette chanteuse-accordéoniste, a laissé tomber son métier de bibliothécaire pour vivre de sa musique. Lionel et Christophe, anciens ingénieurs, sont en formation à l’année pour se reconvertir comme accordéonistes professionnels. Vincent, agriculteur, 50 ans, éleveur de chèvres dans le Vercors, joue de l’accordéon depuis ses 20 ans et vient se perfectionner pour le plaisir. Martine et Christiane, copines à la retraite, sont du Tréport : Martine s’est mise à l’accordéon depuis un an et en joue très bien car elle pratique 6 heures par jour ; etc.

    Il y a aussi de nombreux étudiants étrangers, car le Cnima est connu dans le monde entier. John Reeves, Australien, la trentaine, est en reconversion pour devenir professionnel ; Tomoma Ichiara, Japonaise, la vingtaine, veut devenir enseignante de cet instrument. Xue Hanzhang, 8 ans, et Liang Xiao, 11 ans, sont « des cracks, de futurs prodiges », prédit Jacques Mornet : ils sont venus de Shanghaï, avec leurs mamans et leur professeur, Gan Lei, formée au CNIMA, car l’école a également ouvert un centre à Pékin. Dans ses vidéos, Gan Lei joue du musette, filmée sur les quais de Paris…

    Le directeur de 88 ans, qui donne également des cours par Skype à des Américains et autres internationaux, se félicite : « C’est nous qui avons formé la moitié des professeurs qui sont aujourd’hui dans les conservatoires. Ainsi qu’une pléiade de Prix Internationaux ». Ces dizaines de virtuoses figurent, avec leur photo, sur un grand panneau dans le hall d’entrée de l’école. 

    Parmi ces stars ? Félicien Brut, un enfant de Saint-Sauves, qui joue avec les plus grandes formations classiques. Le monde entier l’a vu en juillet dernier  : c’était lui, l’accordéoniste-ange perché au-dessus de la Seine, pour l’ouverture des J.O.. Mais aussi Vincent Lhermet, autre enfant du pays, qui a d’abord été formé ici, et qui n’est rien moins que l’actuel titulaire de la classe d’accordéon au CNSM, l’une des écoles de musique les plus réputées au monde !

    L’accordéon enfin « un instrument comme les autres », enseigné au Conservatoire 

    Car, signe que l’accordéon a changé de statut : depuis les années 80 il est étudié dans les conservatoires de musique. « Cela s’est fait grâce à Maurice Fleuret, alors Directeur de la Musique au Ministère, qui a fait entrer toutes les musiques dans les conservatoires : l’accordéon, le jazz, le ’oud ou le saz », explique Philippe Krümm, l’un des experts de cet instrument en France. Aujourd’hui la moitié des conservatoires offrent des cours d’accordéon. Dans celui de Pontault-Combault/Roissy-en-Brie en ce soir de janvier, dans la classe d’Olivier Innocenti, Flavien, 14 ans, travaille une pièce de Scarlatti. Ses deux parents sont professeurs de musique en conservatoire. Dans la même classe, Antonia, la quarantaine, un job et deux enfants, débute : « enfant, nous partions en vacances dans le Sud-Ouest, du côté de Dax, et j’entendais beaucoup d’accordéon dans les bals populaires ». 

    En 2002, consécration suprême, une classe d’accordéon est créée au Conservatoire National Supérieur de Musique et de Danse de Paris (CNSM). « L’accordéon se marie très bien avec tous types d’instruments de musique. Il fait office de lien entre les instruments : c’est le poumon, la respiration, dans l’orchestre. Il est à la fois mélodique et expressif », explique Vincent Lhermet, qui en est le responsable aujourd’hui.

    La revanche de l’accordéon, devenu… star de la musique contemporaine !

    Lors de notre visite au CNSM, en cette après-midi de janvier, Jonas Battello planche sur « 8’20’’ chrono », pièce contemporaine de Bruno Mantovani. Car l’instrument a pris sa revanche  : lui qui était méprisé du public bourgeois, car associé aux bals populaires et aux classes laborieuses, est devenu la star des musiques contemporaines, qui sont les plus élitistes de tous les styles de musiques !

    « Il y a une explosion du répertoire pour accordéon dans la musique contemporaine, conséquence d’un militantisme à l’égard de cet instrument : la volonté permanente des accordéonistes-compositeurs de créer du répertoire, et de faire découvrir les nouvelles techniques de jeu. Il faut citer ici le travail exemplaire de Pascal Contet, créateur de quelque 300 oeuvres. L’instrument a intégré les plus grandes formations : l’Orchestre Philharmonique de Radio France, l’Orchestre National de France ou l’Orchestre de l’Opéra de Paris », explique Olivier Innocenti, également compositeur comme nombre de ses confrères. 

    Le combat aujourd’hui est de casser les frontières musique savante/musique populaire. « J’ai fait une partie de mes études en Finlande, car là-bas il n’y a pas de fracture entre le répertoire populaire et les musiques savantes », explique Vincent Lhermet. Il y a quelques mois, il a emmené ses étudiants du CNSM en Colombie pour étudier le Vallenato, un style de musique local. « C’était important pour moi. Je ne veux pas opposer « accordéon classique » et « accordéon populaire » », se défend-il. 

    Car il reste encore des personnes qui déclarent, avec mépris : « je déteste l’accordéon ». Sonia Rekis, qui se produit dans des groupes de tous styles, nous confie : « On me dit souvent : « ah vous m’avez réconcilié avec l’accordéon » ». Mais « à 20 ou 30.000 euros pour un bel accordéon, l’expression « piano du pauvre » prend une claque ! », s’amuse Philippe Krümm.

    Le style musette, B.O. de la France pour le monde entier

    L’accordéon s’est marié à toutes sortes de musiques, et il continue d’innover, mais le style musette n’est pas mort, et il est même en train d’être redynamisé, avec le renouveau des guinguettes et du bal musette. Car chaque semaine se tiennent des milliers de bals, thés dansants, et autres événements, dans les villages et villes de France, comme en témoigne la presse régionale, ainsi que la foule d’événements annoncés sur les réseaux sociaux. « Le bal musette se porte toujours bien », confirme Philippe Krümm. Et sur les quais de la Seine, comme ailleurs en France, les jeunes découvrent la valse musette ou la java : en 2018, le film-documentaire « Le grand bal » témoignait de ce regain d’intérêt, chez les jeunes, pour la valse musette et les danses d’autrefois.

    Surtout, le style accordéon musette connaît un succès énorme à l’international, et est désormais considéré comme l’expression musicale de la culture française, à l’instar du tango pour l’Argentine ou de la salsa pour Cuba. Pour preuve, les millions de vues des vidéos Youtube intitulées « French Accordion », ou « French Musette », et où des accordéonistes professionnels et amateurs, de Chine, de Russie, des Etats-Unis ou d’ailleurs, comme le St Petersburg Musette Ensemble, interprètent « Flambée montalbanaise » ou « L’amant de Saint-Jean »… 

    « Il y a une identité française, autour de l’accordéon et du jazz manouche, qui est reconnue partout dans le monde », confirmeAlex Dutilh. Le style accordéon musette est ainsi devenu pour le monde entier la B.O. de la France, l’expression de son art de vivre et de son goût pour danser et s’amuser. Bonne nouvelle : l’âme d’un peuple ne meurt jamais, alors pour retrouver l’ambiance joyeuse des tableaux de bals de Renoir ou de Toulouse-Lautrec, allez faire un tour dans un bal populaire, au son d’un accordéon… 

    L’accordéon musette, « typiquement français », est un métis italo-auvergnat ! 

    L’histoire de l’accordéon musette est celle d’un métissage. A Paris, au XIXème siècle les Auvergnats affluent, par la gare d’Austerlitz, et s’installent dans le quartier de la Bastille. Ils ouvrent des cafés-bals, où l’on danse au son de la vielle à roue, du violon et de la cabrette, cette cornemuse aussi appelée… musette !

    Les Italiens débarquent également, par la gare de Lyon non loin, avec un instrument encore quasi inconnu en France, l’accordéon. La méfiance des Auvergnats par rapport à cet instrument est grande : « Accourez à notre secours ! Aidez-nous à chasser les accordéons qui écrasent notre pays. Mort à ces armoires de nationalité étrangère, bonnes tout au plus à faire danser les ours, mais absolument indignes de délier les jambes de nos charmantes cantaliennes (…). Demandez donc l’abolition de l’accordéon (…). Un bon mouvement, brûlons tous les accordéons, puis nous fonderons notre école de musettes qui aura des élèves » (Antonin Meyniel, Auvergne et Auvergnats, Paris, Ficker, 1909, cité par Ph. Krümm, L’accordéon, quelle histoire !, Parigramme, 2012).

    Mais l’accordéon « étranger » va finir par s’imposer, en mêlant le sens tout italien de la mélodie, aux rythmes des danses auvergnates. Métis italo-auvergnat, le style musette va se développer en intégrant toutes les composantes de la société française, immigration comprise, comme en témoignent les styles de danse qu’il va accompagner : polkas et mazurkas venues de Pologne et d’Europe de l’Est ; scottish anglo-saxonnes ; valses des salons bourgeois parisiens ; etc. Et dans les années 20 à 40, avec l’arrivée du jazz et des musiques latines à Paris, le musette s’approprie les tangos, pasodobles et rumbas, et surtout, va créer, avec Django Reinhardt et le Hot Club de France, le swing manouche, style né de la rencontre du musette français, du jazz américain et de la guitare des gitans de France. L’accordéon, grand rassembleur des peuples et cultures…

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    Pour aller plus loin : 

    L’accordéon, quelle histoire ! – Philippe Krümm, Parigramme, 2012.

    Histoires de l’accordéon – François Billard & Didier Roussin, Climats/Ina, 1991.

    L’accordéon – Pierre Monichon, PUF, 1971.

    Trésors de lames – Accordéons & Bandonéons – Laurent Jarry, Le livre d’art, 2014.

    Au Nord… c’était l’accordéon ! – Roland Dewaele, La Voix du Nord, 2000.

    Du bouge… au conservatoire – Charles Péguri & Jean Mag, Paris, World Press, 1950.

    La Bastoche – Histoire du Paris populaire et criminel – Claude Dubois, Tempus Perrin, 2011.

    Accordéon – Un film de Pierre Barouh – DVD, Frémeaux & associés, 2007

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    Portraits d’accordéonistes, par feu notre ami le photographe Bill Akwa Betoté, Camerounais de Paris tombé amoureux de l’accordéon… : 

    https://billakwabetote.com/fr/portfolio-1354-les-accordeonistes

  •  INDOCHINE : CAMBODGE, LAOS ET VIÊT NAM – MUSIQUES ET CHANTS TRADITIONNELS – Coffret 3 CDs & Livret, Frémeaux & Associés

    Pour Yehudi Menuhin, il n’y a que deux mondes musicaux : l’Indo-Européen, qui inclut l’Inde et l’Afrique ; et celui de l’Extrême Orient, c’est-à-dire Chine et Japonet pays proches. Le célèbre violoniste l’explique dans son autobiographie (passionnante), « Voyage inachevé », parue en 1977 (Le Seuil).Rappelons que c’est Menuhin qui fit connaître au public occidental les musiques de l’Inde, en faisant venir en Europe, dans les années 50, son ami Ravi Shankar, joueur virtuose de sitar, cet instrument indien à cordes pincées au très long manche, que l’on joue horizontalement.

    Il est vrai que les musiques d’Inde peuvent sembler à une oreille occidentale, par le lien qu’elles entretiennent avec les musiques perses et arabes, c’est-à-dire d’une aire culturelle plus proche géographiquement et historiquement. Et la preuve que les rythmes d’Afrique nous sont proches c’est que, mêlés aux musiques espagnoles et portugaises, ils font danser l’Occident depuis plus d’un siècle, sous la forme de rumbas, salsas, sambas, et autres.

    Et en effet, pour une oreille occidentale, les musiques d’Extrême-Orient – et ce disque l’illustre bien – nous semblent tout à fait étrangères à ce que nous avons l’habitude d’entendre. Ce ne sont pas les mêmes écarts de notes, ce n’est pas le même sens de la mélodie, ce ne sont pas les mêmes manières d’utiliser la voix dans le chant : bref tout nous semble différent, à première écoute.

    La musique est un langage, et l’on peut vouloir comprendre une langue, ou décréter tout de go que l’on n’y comprend rien. C’est la curiosité, et le goût de la découverte, qui doit servir de guide dans l’écoute de ce disque – qui ravira d’abord ceux et celles qui sont originaires de ces pays, nombreux en France et ailleurs en Occident. 

    Ecouter de la musique traditionnelle du Cambodge :

    Et l’on se surprend alors à remarquer, non pas tout ce qui est différent de notre musique classique européenne ou de nos danses et chants villageois, mais tout ce qui nous rapproche, nous humains, de par le globe : ici et là l’on joue d’instruments à cordes pincées comme le luth ou la guitare ; d’instruments à cordes frottées comme le violon ; l’on frappe sur des percussions ; l’on aime utiliser la voix comme un instrument à part entière, avec des effets de modulations, des vocalises sur des voyelles, etc. 

    Et l’on se surprend à ENTENDRE à l’oreille ces Routes de la Soie, qui depuis des siècles relient l’Asie à l’Europe, via le monde arabo-perse. Ainsi dans ces « mmmm » des chants du Vietnam, du Cambodge ou du Laos, l’on entend les mêmes « mmmm » chantés par Oum Kalthoum et toute la tradition du chant coranique – et nous émettons l’hypothèse que les Arabes ont emprunté à l’Asie cette manière de chanter, sans desserrer les dents… Dans tel chant du Cambodge l’on entend l’Inde et ses mélodies ondulantes. Et vous découvrirez sans doute bien d’autres ponts et points communs, ici et là. 

    Une exposition avait eu lieu, il y a plusieurs années, aux Invalides, sur l’Indochine. Nous ne connaissions rien à cette aire culturelle, et nous nous y étions rendu. L’entreprise de colonisation y était décrite – en ce lieu de mémoire militaire. Nous avions été émerveillée devant les soieries richement brodées de fils d’or ou d’argent, devant des meubles en laque incrustés de nacre ou d’ivoire, et autres objets qui témoignaient de l’extrême richesse de de ces cultures. La France s’empara de ces territoires, comme elle le fit en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et ailleurs, où des objets aussi somptueux existaient également, et inculqua aux autochtones un sentiment d’infériorité de leur culture par rapport à celle du colonisateur…

    L’écoute de ces musiques, d’une extrême complexité, m’a rappelé ces soieries somptueuses et ces coffrets de bois précieux laqués et ornés de nacre, témoins semblables de civilisations forgées depuis des siècles. Civilisations tout aussi raffinées que la civilisation européenne, mais produisant des objets, et des musiques, différents…

    Nadia Khouri-Dagher – n.khouri AT orange.fr 

  • CD « Esperanza » – Yannis Constans – Samson Schmitt – Camille Wolfrom – Frémeaux & Associés

    Les duos de guitare sont toujours jubilatoires : le plaisir de la guitare multiplié par deux en somme ! Dialogue ou bavardage sympathique entre deux copains qui se donnent la réplique, l’un développe son idée, l’autre lui répond « mais non pas du tout » ou bien « mais oui tu as tout à fait raison », vrais amis qui sont tout à fait sur la même longueur d’ondes en tout cas, duo – ou trio ici – qui est parfois rejoint par d’autres copains/musiciens, venus se joindre à cette joyeuse conversation ! 

    Marcel Dadi & Jean-Félix LalanneSylvain Luc & Biréli Lagrène ; ou encore Biréli Lagrène & Hono Winterstein, pour ne citer que ceux-ci : nos deux guitaristes ici, Yannis Constans et Samson Schmitt, s’inscrivent dans le droit fil d’une tradition jazzistique bien française, que ces duos de guitares swing manouche. Et avec ce disque éclatant, superbe de bout en bout, sans un seul moment de faiblesse ou d’ennui, nous faisons le pari leur que leurs noms, réunis ensemble, seront dans le futur aussi célèbres que ceux qui précèdent !

    Car rappelons-le : c’est la France, avec l’immense Django Reinhardt, né Belge mais que la France a fait connaître au monde entier, qui a inventé ce style de guitare swing manouche, rapide et vif, vélocité de la guitare qui nécessite, comme quiconque s’est essayé quelque peu à cet instrument peut en juger, une virtuosité exceptionnelle, don qui n’est offert qu’à une petite poignée. Et qui exige la même virtuosité de la part des musiciens qui se joignent au groupe, et qui doivent jouer aussi rapidement –  saluons ici le clarinettiste Nicola Giammarinaro et  Roberto Gervasi à l’accordéon, présents sur certains titres.

    Car c’est avec le Quintette du Hot Club de France, formé en 1934 avec le violoniste Stéphane Grapelli, et avec les disques que leur groupe enregistre, que Django Reinhardt va faire connaître ce style au monde entier. Style né français – le swing manouche – qui est devenu aujourd’hui un genre à part entière du jazz mondial, aussi universel et éternel que le blues. 

    Nous nous sommes donc régalé à l’écoute des compositions de ce disque, oeuvres de l’un ou de l’autre de nos joueurs de cordes, avec deux morceaux écrits par le père de Samson, le guitariste gitan Dorado Schmitt (qui est également le cousin d’un autre guitariste célèbre sur la scène française, Tchavolo Schmitt). 

    Les écouter, invités par la radio TSF Jazz : 

    Morceaux enlevés donc, mais aussi douces balades sentimentales ou romantiques, à l’instar de « Anaïs » ou de « Por tus ojos » (Pour tes yeux », sur un rythme de valse lente). Et un hommage est rendu au père fondateur Django, avec le titre « Merci Django », où chante la jeune Stefi Schmitt, membre de la famille probablement, chanson dans une langue qui nous est inconnue – parler des Gitans de l’Est de la France ou autre ? – preuve que l’esprit du voyage est toujours présent. 

    Et l’humour, qui fait partie de l’ADN du jazz quand celui-ci est joyeux, est présent aussi, avec le titre qui clôt le disque, « Papa et le tango », chanté par le tout jeune Stenli Schmitt avec sa voix d’enfant. Titre en clin d’oeil sans doute au « Tango Corse » de Fernandel, pour nous signifier que l’esprit joyeux de l’entre-deux-guerres en France reste toujours vivant… si nous le voulons bien ! 

    Nadia Khouri-Dagher – n.khouri AT orange.fr 

  • Dimanche dernier (9 février 2025), concert du Tigrane Kazazian Quartet au New Morning. L’artiste est né et a grandi en Egypte, et vit depuis 12 ans en Arménie. Dans la salle, ses amis l’interpelaient en arabe égyptien, et lui parlait au public en arménien, en français ou en anglais : polyglottisme courant dans notre Moyen-Orient…

    Nous ne l’avions jamais entendu, ni même en disque. L’accompagnaient : au piano et clavier électronique, Lucy Khanyan ; au doudouk : Arsen Petrosyan ; et aux percussions : Thomas Ostrowiecki.

    Le concert a débuté avec Lucy, qui, au clavier électronique, a créé des sons qui évoquaient tout à fait le souffle du vent sur une vaste steppe, territoire nu et sec comme le sont certains paysages d’Arménie – que je ne connais que par des images : le cadre géographique, et culturel, était posé.

    Sur ce souffle venu d’Arménie, Tigrane a entamé, avant même que de jouer de son instrument, une mélopée typiquement orientale, chant/plainte tout en « Aaah – Aaaaah… » de douleur ou de nostalgie , que l’on retrouve dans tout le Moyen-Orient.

    Le doudouk, lui, venait apporter une touche quasi sacrée, quasi religieuse, comme toujours pour cet instrument, symbole à lui seul de toute la musique arménienne. Une note de gravité, qui marque la musique arménienne, peuple dont la tragédie nourrit toujours la mémoire – sans ressentiment ni agressivité pour autant.

    Des rythmes dansants venaient heureusement égayer la soirée aussi, car au Moyen-Orient comme partout on aime danser, le public tapant dans ses mains, salle comble et même plus.

    D’autres rythmes, répétitifs et hypnotiques, nous évoquaient ces transes soufies d’Anatolie, rites et région qu’évoque merveilleusement l’écrivain-voyageur Jacques Lacarrière dans son livre « La poussière du monde » (Éditions Points).

    Nous avons été impressionnée par les performances musicales de Lucy Khanyan au clavier, inventive et créative (et co-compositrice de quelques titres, avec Tigrane) ; de l’émotion que dégageait Arsen Petrosyan avec son doudouk, jouant souvent les yeux fermés, concentré lui-même ; et de l’extraordinaire vitalité et inventivité de Thomas Ostrowiecki aux percussions, qui faisait tantôt sonner des clochettes, tantôt s’emparait d’un daf, tantôt caressait de la main ses tambours, pour donner vie et sang au quartet.

    Deux albums de l’artiste sont déjà parus, chez le label L’Horizon Violet, et un troisième est en préparation. 

    Entre l’Egypte et l’Arménie Tigrane a fait son choix : des racines orientales et arméniennes, mais des ailes qui volent au-dessus de la terre universelle du jazz…

    Nadia Khouri-Dagher – n.khouri AT orange.fr

  • BRÉSIL – CHANSON – ANNÉES 30 à 60 

    « LES POÈTES DE LA CHANSON BRÉSILIENNE – 19331962 – Noel Rosa, Dorival Caymini, Vinicius de Moraes (Frémeaux, coffret 2 CDs avec livret)

    Voilà un coffret de 2 disques qui va devenir indispensable à tous les amoureux de musique brésilienne ! Les éditions Frémeaux nous offrent ici, en 2 disques, une anthologie du meilleur de la chanson brésilienne des années 30 à 60. 

    Ce sont les PAROLIERS qui sont mis à l’honneur ici, tant est important, dans la chanson brésilienne, le texte, qui est souvent poème, comme dans les meilleures chansons du monde, françaises, arabes, et autres. Et notamment trois d’entre eux. 

    Noel Rosa (1910-1937), l’un des premiers sambistes blancs, auteur de près de 300 oeuvres en ses courtes 27 années de vie… Il innova en racontant, dans ses textes, le quotidien de la vie à Rio, un peu à la manière d’un Brassens qui nous parle de pluie et de parapluie – quotidien devenu poésie en paroles.

    Dorival Caymini (1914-2008), auteur-compositeur-interprète qui s’accompagnait à la guitare, était un métis de Bahia né d’un père italien, et il avait une voix chaude et profonde. Il chanta le petit peuple des pêcheurs (comme dans « O vento » (Le vent) : le vent qui gonfle la voile de la barque où sont des pêcheurs qui pêchent pour gagner de l’argent…), et sa ville, Bahia, avec des accents passionnés comme dans « Sao Salvador » : « Ô Bahia ÔÔÔ Bahia ». Ses chansons, diffusées à la radio, furent des tubes pendant les années 40 et 50.

    Vinicius de Moraes (1913-1980) est le plus connu des trois en France, car comme parolier il est l’un des fondateurs de la Bossa Nova, travaillant avec des compositeurs comme Tom Jobim ou Baden Powell pour créer des chansons devenues classiques au Brésil, et mondialement connues, telles la « Garota de Ipanema ». Il était « poète et diplomate » et fut notamment Secrétaire d’Ambassade à Paris, où vivaient aussi nombre d’artistes ayant fui la dictature. 

    On ne sait pas assez que le célèbre film Orfeo Negro est basé sur une pièce de théâtre qu’il écrivit, à notre connaissance premier film de l’histoire dont le casting était intégralement noir, et qui remporta la Palme d’Or à Cannes en 1959. Quelques chansons de la B.O. du film sont devenues des classiques, comme « A felicidade » ou « Manha de Carnaval » – cette dernière sur une musique de Luis Bonfá et Antônio Maria. 

    On retrouvera donc dans ce coffret de 2 disques des chansons hyper-connues  comme « Chega de Saudade », mais aussi, et en majorité, des chansons et des interprètes bien moins célèbres hors du Brésil. A redécouvrir notamment : la grande Sylvia Telles (1934-1966), qui fut l’une des toutes premières interprètes de la Bossa Nova, avant de disparaître trop tôt, à 32 ans… 

    Ecoutez son interprétation du célèbre titre « Corcovado »

    Acheter le disque :

    https://www.fremeaux.com/fr/7339-les-poetes-de-la-chanson-bresilienne-1933-1962-3561302587622-fa5876.html

    youtu.be/-5FsxhAXLj4?si=0AdMP_Zv8RQWx1g_ 

    Nadia Khouri-Dagher – n.khouri AT orange.fr 

     

  • par Nadia Khouri-Dagher

    Une chirurgienne black – en France – qui chante « Oh Happy Day » d’une voix douce, tout en opérant une femme d’un cancer du sein : voilà une image forte, qui marque, tirée de l’excellent documentaire réalisé par la journaliste Céline Bittner sur l’impact positif de la musique sur la santé – et sur notre bonheur tout simplement. 

    « Quand la musique est bonne… pour notre santé » est un documentaire que vous devez absolument regarder, diffusé le 17 décembre dernier (2024) dans le cadre du magazine « Enquête de Santé » sur France 5, présenté par Marina Carrère d’Encausse, et où que vous viviez, vous pouvez le visionner en streaming  – lien ici : 

    https://www.france.tv/france-5/enquete-de-sante/6731620-quand-la-musique-est-bonne-pour-notre-sante.html

    Aïcha N’Doye, la chirurgienne d’origine africaine que l’on voit dans ce documentaire (image encore trop rare sur nos écrans de télévision en France, où les non-Européens d’origine, diplômés et compétents, restent peu visibles), officie à la à la Polyclinique de Bordeaux Nord. Elle voue une passion égale à son métier de chirurgienne et à la soul music, et avec sa collègue la médecin urgentiste Abigaël Debit, à la chevelure afro, elles forment le duo Les Soignantes, qui chante sur scène et a sorti un premier album : l’émission nous les donnera à entendre. 

    Le pianiste et compositeur André Manoukian qui nous parle de « l’effet Mozart » ; la musicothérapeute Emmenuelle Ledeuil, qui communique par le chant avec des enfants autistes ; le chanteur Mathias Malzieu du groupe Dionysos, qui doit sa guérison à la pratique musicale ; la neuropsychologue Sylvie Chokron, Directrice de recherches au CNRS ; le neurologue Pierre Lemarquis, auteur d’un ouvrage de référence sur Musique et Cerveau ; la chanteuse et professeur de chant Marianne James : voilà quelques-uns des témoins interrogés au cours du documentaire, et/ou au cours du débat qui suit la diffusion du documentaire pendant l’émission. 

    Nous ne vous en disons pas plus pour ne pas divulgâcher votre plaisir, mais nous retiendrons aussi cette autre image forte : celle d’une dame très vieille et très mince, assise le corps affaissé dans un fauteuil roulant, atteinte d’Alzheimer, et qui, à l’écoute du Lac des Cygnes, retrouve les gestes amples et gracieux des bras et des mains de la ballerine classique qu’elle fut dans sa jeunesse… 

    Un immense bravo à Céline Bittner pour ce documentaire à la fois scientifique et émouvant ! 

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    A lire : Pierre Lemarquis, Les pouvoirs de la musique sur le cerveau des enfants et des adultes (Odile Jacob)

    Nadia Khouri-Dagher – n.khouri AT orange.fr

  • Samedi dernier 14 décembre 2024, en plein Paris, j’ai été transportée quelques heures au Mexique, à une mini-fête populaire et musicale en hommage à Notre-Dame de Guadalupe, toujours célébrée en chants joyeux et danses spontanées partout au Mexique ! 

    À Paris l’on peut vivre des expériences culturelles formidables, à l’occasion des grandes fêtes populaires du monde entier, car la capitale abrite des peuples du monde entier : défilés de dragons pour le Nouvel An Chinois, parades de rue avec des éléphants (en statues !) décorés de fleurs pour la Fête hindoue de Ganesh, ou Carnaval Antillais, autant d’occasion de vibrer au son des peuples du monde et de leurs joies collectives !

    Samedi dernier 14 décembre 2024 était une Première pour moi : assister à une fête en l’honneur de Notre-Dame de Guadalupe, célébrée dans tout le Mexique et vénérée dans toute l’Amérique Latine, et pas seulement dans la ville de Guadalupe, autour du 12 décembre, où cette fête demeure jusqu’à ce jour l’une des plus importantes du pays. 

    Les membres du groupe Mariachido : de g. à d. , Manuel Romero, Philippe Botte, Fer Machado, Gildardo Mejia et Franklin Losada. À l’église St Roch à Paris, le 14 décembre 2004. Photo Nadia Khouri-Dagher.

    Car Guadalupe (prononcez Gouadaloupé) est aussi célèbre au Mexique et en Amérique Latine que Lourdes l’est en France et en Europe, et pour les mêmes raisons : la ville aurait abrité une apparition de la Vierge Marie. Pour Guadalupe, la Vierge serait apparue à un jeune paysan nommé Juan Diego, en 1531. Le premier récit de cette apparition figurerait dans un manuscrit de 1550 rédigé en langue nahuatl, et comme pour toutes les apparitions, ce miracle d’une apparition sur terre de Marie, aurait entraîné de nombreux autres miracles, jusqu’à ce jour. 

    L’image de Notre-Dame de Guadalupe est une icône immensément populaire au Mexique, et sur le continent latino-américain, aujourd’hui imprimée à des millions d’exemplaires et reproduite sur divers supports, comme nous avons pu le constater lors de cette fête mexicaine en France. 

    La figure de la Vierge de Guadalupe fut même été utilisée lors de la guerre d’Indépendance de 1910 par Emiliano Zapatta (1879-1919) pour unir les Mexicains de toutes régions et toutes classes, guerre au cours de laquelle ce combattant mourra assassiné par le pouvoir colonial. Sur sa tombe on peut ainsi lire : « À l’homme représentatif de la révolution populaire ; À l’apôtre de l’agrarisme, au visionnaire qui jamais ne perdit la foi ».

    Et l’écrivain Octavio Paz, prix Nobel de littérature, écrivait non sans humour, dans les années 70, que « le peuple mexicain (…) n’a foi qu’en la Vierge de Guadalupe et en la Loterie Nationale »… (tiré de la préface de l’ouvrage universitaire dont le titre explique à lui seul le poids de ND de Guadalupe dans le pays : « Quetzalcoatl and Guadalupe, The formation of Mexican National Counsciousness 1531-1813 », par Jacques Lafaye, University of Chicago Press, 1976). 

    Bref, samedi dernier nous étions conviés par le groupe mexicain Mariachido à venir les écouter : une messe se tenait le matin à l’Eglise Saint-Roch, rue Saint-Honoré à Paris, réunissant une partie de la communauté mexicaine de Paris et de la région parisienne (sermon en français et en espagnol par un prêtre français qui avait vécu au Mexique !), et le groupe était invité à animer la réunion informelle organisée après l’office, dans une salle derrière la sacristie, qui offrait un buffet mexicain… ainsi que des objets et images de la Vierge mexicaine, bien sûr. 

    Après un office que je trouvai ennuyeux car en latin, langue que je ne comprends pas du tout, et où notre groupe mexicain, sagement assis sur un banc au premier rang, ne fit qu’une minuscule parenthèse musicale en début d’office, ce fut la fiesta, pour les dizaines de Mexicains et Mexicaines, et leurs familles, venues jusqu’ici. 

    Autour de la leader du groupe, Fer Machado, violoniste mexicaine formée au classique dans sa ville natale de Xalapa, à quelque 250 km à l’Est de Mexico, non loin de Vera Cruz, et désormais installée à Paris, où les occasions de jouer de la musique mexicaine ne manquent pas nous apprend-elle, en public ou en privé, quatre autres musiciens, tous aussi enthousiastes et heureux que l’assemblée venue pour cette fête : Gildardo Mejia, Mexicain comme Fer Machado, à la petite guitare au son acide, la « vihuela » ; le Colombien Franklin Losada à la grosse guitare « Guitarron » au son de basse, ainsi nommée car sa caisse est presque aussi volumineuse qu’un tambour ; et aux trompettes – indispensables à toute musique mexicaine traditionnelle ! – le Vénézuélien Manuel Romero, dont le père était un trompettiste et chanteur honoré dans son pays, et le Français Philippe Botte, formé à la trompette classique et tombé amoureux du Mexique. Et tous au chant, bien entendu, car dans la tradition des orchestres Mariachis, tous les musiciens chantent aussi, et en polyphonie.

    Après l’atmosphère un peu compassée de l’office religieux traditionaliste, la joie des Mexicains et Mexicaines venus se retrouver pour faire la fête « comme chez eux » a éclaté : sur des airs célèbres comme « Cielito Lindo », que le public chantait en choeur en même temps que les musiciens, se greffaient parfois des paroles-hommages à la Vierge de Guadalupe : « Virgen de Guadalupe/Madre de todos los Mexicanos… ». Un peu comme, dans la chanson française, la même mélodie peut servir à la fois à la chanson « Il n’y a pas d’amour heureux » sur un poème d’Aragon, et à « La prière » chantée par Brassens sur un poème de Francis Jammes (« Je vous salue Marie… »).

    Mais après deux ou trois chansons mentionnant la Sainte Vierge, le groupe de Mariachis, genre musical mexicain apprécié dans tout le continent latino-américain, et qui s’est exporté grâce à la radio et au disque notamment, a entamé les plus grands succès populaires de la chanson mexicaine : « La Malagueña », « La Llorona », etc. 

    « La Malagueña », par la vedette mexicaine Miguel Aceves Mejia, star des années 50, célèbre pour ses vocalises aigües :

    Et les paroles de chansons d’amour passionnées telles que « Olvidarte no puedo…» (Je ne pourrai jamais t’oublier…) faisaient suite sans aucun problème, pour l’assemblée de fidèles mexicains, aux formules latines comprenant moult « Dominus » (Dieu) et « Mea Culpa » (C’est ma faute) de l’office religieux catholique traditionaliste qui précédait ces réjouissances. 

    Et au bout de deux ou trois chansons, cela a commencé à danser ! Des femmes élégantes en vison installées en France depuis des dizaines d’années, des étudiantes de passage en France pour y apprendre le français ou la biologie, des Espagnoles que nous n’avons pas interrogées sur leur histoire de vie (beaucoup de femmes, comme dans toutes les célébrations catholiques du monde dirait-on), et des Parisiens amoureux de l’Amérique latine ou simples curieux : tout le monde chantait, dansait, filmait avec son portable – et nous aussi ! 

    « Il y a de nombreux groupes de Mariachis en France », nous confiait Fer Machado à l’issue du concert – une bonne heure de musique. « Mais tous ne sont pas de qualité ». Et en effet, elle-même formée dans un conservatoire, l’un des deux trompettistes aussi, et les autres musiciens également professionnels, composaient un orchestre excellent.

    Au Mexique, les groupes de Mariachis abondent, bien entendu. Mais honneur suprême, et tout neuf : le groupe Mariachido, qui se fait également appeler Mariachi do Paris, fut sélectionné pour participer au célèbre Festival Mariachi de Guadalajara (https://www.facebook.com/EncuentroMariachi/?locale=fr_FR), en août dernier. Et honneur supplémentaire : il est invité à nouveau l’année prochaine ! Guettez leur page Instagram pour savoir s’ils se produisent près de chez vous : la veille de cette fête en l’honneur de Notre-Dame de Guadalupe, ils se produisaient sur la merveilleuse péniche Le Son de la Terre, au pied de … Notre-Dame de Paris

    Nadia Khouri-Dagher – n.khouri AT orange.fr 

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    Les suivre sur Instagram : https://www.instagram.com/mariachi_do_paris/

  • « Il était une fois Michel Legrand » : un film-documentaire formidable sur le plus grand compositeur français du XXème siècle ! 

    Hier mercredi 11 décembre 2024, séance de cinéma à l’Arlequin, rue de Rennes à Paris, avec une amie de longue date, Huguette, fan comme moi de Michel Legrand (1932-2019). Séance de cinéma ? Bain de gaieté, de bonne humeur, d’énergie positive plutôt, qui nous rend toutes deux euphoriques, à la sortie ! 

    Je n’avais jamais entendu parler – et sans doute vous non plus – de David Hertzog Dessites, le réalisateur du film qui sort en salles en ce moment, après avoir triomphé lors de sa présentation au dernier Festival de Cannes, en mai dernier. Et on lui tire notre chapeau ! 

    Dès le générique, le ton est donné : un générique complètement années 60, qui vous rappelle ceux des premiers James Bond, coloré, rythmé, jazzy : trois adjectifs qui résument parfaitement la musique de Michel Legrand. 

    Olivier Hertzog a suivi le compositeur pendant des mois entiers, en concert, en répétition, et même chez lui à la maison en plein travail de composition. Comme journaliste-reporter, nous saluons déjà cette performance : parvenir à se faire accepter, adopter, pendant des jours et des mois, par un si grand homme, jusque dans son antre secrète – sa table de travail. Car nous verrons, en gros plan, la grande partition d’orchestre, vierge, se remplir sous nos yeux, avec sa vingtaine de lignes et plus pour inclure tous les instruments… 

    Michel Legrand est craquant – même s’il a parfois très mauvais caractère lorsqu’il dirige un orchestre, maltraitant les musiciens (ce que nous savions déjà, de quelques amis musiciens qui ont travaillé avec lui !). Et Claude Lelouch, ami qui lui commandera quelques musiques de film, commentera d’ailleurs à ce propos : « j’avais envie de lui casser la gueule quelques fois, parce que je n’aime pas qu’on parle mal aux gens ». 

    Images d’archives et images tournées pour le documentaire s’entremêlent, en un montage parfait, pour nous raconter le cheminement du grand homme, depuis son enfance. Un père musicien – mais irresponsable, qui abandonnera vite femme et enfants et fera ainsi 6 fois  avec plusieurs compagnes (!) ; les années de conservatoire à Paris avec la très exigeante Nadia Boulanger ; le succès triomphal des « Parapluies de Cherbourg » et des « Demoiselles de Rochefort », premières comédies musicales françaises « à l’américaine » (et le titre du premier film est bien sûr un clin d’oeil au cultissime « Singing in the rain », avec la célèbre scène de danse de Gene Kelly sous la pluie… et sous son parapluie !) ; les années à Hollywood, où il part pour composer des musiques de film, seul moyen, comme il l’explique dans sa passionnante autobiographie, « Rien n’est grave dans les aigüs », de composer de la musique symphonique qu’écoutera le grand public ; les triomphes à l’international, avec des concerts filmés par Olivier H au Japon ou en Pologne avec leurs ovations ; les 3 Oscars reçus pour la Meilleure musique de film, fait rarissime dans la profession ; et enfin son ultime concert, à la Philharmonie de Paris, le 1er décembre 2018 – l’artiste s’éteindra quelques semaines plus tard, le 26 janvier 2019…

    Le film est remarquable aussi par la quantité de témoins qui viennent chacun et chacune apporter leur éclairage sur le fascinant personnage : disparus avec des voix ou images d’archives, ou filmés pour l’occasion, d’Agnès Varda, compagne de Jacques Demy, à Macha Méryl la dernière compagne du compositeur, en passant par l’artiste lyrique Natalie Dessay avec qui il enregistra ces dernières années des chansons, ils sont des dizaines à parler, avec affection et admiration à la fois, de l’ami Michel. 

    Et l’on ressort du film formidablement heureuse d’avoir passé un excellent moment, formidablement triste aussi qu’un si grand homme ait disparu… Et la journaliste musicale que je suis n’a qu’un regret : n’avoir jamais rencontré le grand homme dont elle fredonne les chansons depuis des décennies… Mais me reste en mémoire la cérémonie d’hommage qui lui avait été rendue, après sa disparition, dans un théâtre parisien, et où l’émotion d’Agnès Varda et de quelques-uns de ses meilleurs amis venus témoigner sur scène, nous avait étreint le coeur… Car être doué est une chose, mais avoir vécu de vraies et profondes amitiés, certaines sur des décennies, exprime pour nous mieux que tout, quel coeur d’homme se cachait derrière l’immense artiste…

    Le rire et l’humour du jazz, oui, mais Michel Legrand nous touche surtout par la formidable ÉMOTION que dégagent ses plus belles mélodies. Pour nous il est incontestablement le plus grand compositeur français du 20ème siècle, et l’un des plus grands compositeurs du 20ème siècle tout court. Éternel et vivant à jamais désormais, par ses oeuvres, qui lui survivront…

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    A lire : son autobiographie, aussi formidable que l’artiste : Rien n’est grave dans les aigüs (avec Stéphane Lerouge), Cherche Midi éditions, 2013

    Nadia Khouri-Dagher – n.khouri AT orange.fr