Dimanche dernier (9 février 2025), concert du Tigrane Kazazian Quartet au New Morning. L’artiste est né et a grandi en Egypte, et vit depuis 12 ans en Arménie. Dans la salle, ses amis l’interpelaient en arabe égyptien, et lui parlait au public en arménien, en français ou en anglais : polyglottisme courant dans notre Moyen-Orient…
Nous ne l’avions jamais entendu, ni même en disque. L’accompagnaient : au piano et clavier électronique, Lucy Khanyan ; au doudouk : Arsen Petrosyan ; et aux percussions : Thomas Ostrowiecki.
Le concert a débuté avec Lucy, qui, au clavier électronique, a créé des sons qui évoquaient tout à fait le souffle du vent sur une vaste steppe, territoire nu et sec comme le sont certains paysages d’Arménie – que je ne connais que par des images : le cadre géographique, et culturel, était posé.
Sur ce souffle venu d’Arménie, Tigrane a entamé, avant même que de jouer de son instrument, une mélopée typiquement orientale, chant/plainte tout en « Aaah – Aaaaah… » de douleur ou de nostalgie , que l’on retrouve dans tout le Moyen-Orient.
Le doudouk, lui, venait apporter une touche quasi sacrée, quasi religieuse, comme toujours pour cet instrument, symbole à lui seul de toute la musique arménienne. Une note de gravité, qui marque la musique arménienne, peuple dont la tragédie nourrit toujours la mémoire – sans ressentiment ni agressivité pour autant.
Des rythmes dansants venaient heureusement égayer la soirée aussi, car au Moyen-Orient comme partout on aime danser, le public tapant dans ses mains, salle comble et même plus.
D’autres rythmes, répétitifs et hypnotiques, nous évoquaient ces transes soufies d’Anatolie, rites et région qu’évoque merveilleusement l’écrivain-voyageur Jacques Lacarrière dans son livre « La poussière du monde » (Éditions Points).
Nous avons été impressionnée par les performances musicales de Lucy Khanyan au clavier, inventive et créative (et co-compositrice de quelques titres, avec Tigrane) ; de l’émotion que dégageait Arsen Petrosyan avec son doudouk, jouant souvent les yeux fermés, concentré lui-même ; et de l’extraordinaire vitalité et inventivité de Thomas Ostrowiecki aux percussions, qui faisait tantôt sonner des clochettes, tantôt s’emparait d’un daf, tantôt caressait de la main ses tambours, pour donner vie et sang au quartet.
Deux albums de l’artiste sont déjà parus, chez le label L’Horizon Violet, et un troisième est en préparation.
Entre l’Egypte et l’Arménie Tigrane a fait son choix : des racines orientales et arméniennes, mais des ailes qui volent au-dessus de la terre universelle du jazz…
Nadia Khouri-Dagher – n.khouri AT orange.fr
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