CUBA : GRUPO COMPAY SEGUNDO, « Vivelo » (ANZN label)

Bernard Lavilliers doit être ravi : sa chanson « Les mains d’or » est désormais une chanson cubaine, devenue… « Manos de oro » ! « Les mains d’or » était sortie en 2014, hommage de notre chanteur-voyageur à sa ville natale, l’industrielle Saint-Etienne, aux usines aujourd’hui sinistrées, comme d’autres villes en France. Mais sinistrée aussi comme le sont de nombreux lieux à Cuba, pour ceux qui y sont allés : usines, bâtiments ou autres, aujourd’hui abandonnés et sans vie… C’est toute la magie des chansons, qui voyagent depuis toujours : ce qui parle au coeur ici, peut toucher au coeur dans un tout autre pays. Et Bernard Lavilliers, qui a adopté ces musiques latines joyeuses et libres dans nombre de ses chansons, devient ainsi à son tour un modèle pour les artistes cubains : la gloire !…

Un grand soleil noir tourne sur la vallée

Cheminées muettes, portails verrouillés

Wagons immobiles, tours abandonnées

Plus de flamme orange dans le ciel mouillé…

Ecouter « Manos de Oro » : https://www.youtube.com/watch?v=RItyXvNDCE8

Comme des millions d’entre nous, je suis fan de Compay Segundo et des musiques cubaines en général, et ce disque fait revivre tout l’esprit du génial musicien, qui ne mourra jamais, à l’instar des Bach, Mozart, Elvis Presley, Oum Kalthoum, et autres. Le « Grupo Compay Segundo » a été créé, après la mort de Compay, par son fils, Salvador Repilado, contrebassiste qui a longtemps accompagné son père. Et on retrouve ici quelques titres célèbres, mais aussi des créations de Salvador Repilado, et le disque en entier diffuse la même énergie et joie de vivre que celles, célébrissimes, du Buena Vista Social Club. 

L’occasion ici de rappeler le parcours hors-norme de Compay Segundo (1907-2003) : le guitariste-chanteur crée son groupe en 1956, « Compay Segundo y sus Muchachos ». Mais la révolution cubaine stoppe net la mode de la musique cubaine dans le monde – et donne un sérieux coup de frein à la vie musicale locale, qui était largement entretenue par le flot des visiteurs étrangers. Compay se voit alors contraint de travailler dans une usine à cigares, et ce n’est qu’en 1970, une fois retraité, qu’il se remet à jouer de la musique. Il crée un nouveau groupe en 1992, « Compay Segundo y su Grupo » – il a alors 85 ans ! – groupe dans lequel son fils Salvador le rejoint, mais c’est le film documentaire de Wim Wenders, sorti en 1999, « Buena Vista Social Club », qui va véritablement relancer sa carrière – comme celle des autres musiciens du film – et lui offrir une consécration internationale, avec tournées mondiales à la clé. 

Une tournée mondiale accompagne pareillement la sortie de ce formidable album, et elle passe par la France en ce moment. Ne ratez pas ces concerts qui sont de vraies shoots de gaieté ! Infos ici : https://www.znproduction.fr/fr/artistes/grupo-compay-segundo 

Et nous ne résistons pas au plaisir de vous livrer l’intégralité des paroles de la désormais cubaine « Manos de Oro », avec ce cri « Quiero trabajar », qui résonne avec tout son poids dans un pays comme Cuba touché par un chômage de masse… 

LES MAINS D’OR

Paroles Pascal Arroyo, musique Bernard Lavilliers 

Un grand soleil noir tourne sur la vallée

Cheminées muettes, portails verrouillés

Wagons immobiles, tours abandonnées

Plus de flamme orange dans le ciel mouillé

On dirait, la nuit, de vieux châteaux forts

Bouffés par les ronces, le gel et la mort

Un grand vent glacial fait grincer les dents

Monstre de métal qui va dérivant

J’voudrais travailler encore, travailler encore, 

Forger l’acier rouge avec mes mains d’or

Travailler encore, travailler encore

Acier rouge et mains d’or

J’ai passé ma vie là, dans ce laminoir

Mes poumons, mon sang et mes colères noires

Horizons barrés là, les soleils très rares

Comme une tranchée rouge saignée sur l’espoir

On dirait le soir des navires de guerre

Battus par les vagues, rongés par la mer

Tombés sur le flan, giflés des marées

Vaincus par l’argent, les monstres d’acier

J’voudrais travailler encore, travailler encore

Forger l’acier rouge avec mes mains d’or

Travailler encore, travailler encore

Acier rouge et mains d’or

J’peux plus exister là

J’peux plus habiter là

Je sers plus à rien, moi

Y’a plus rien à faire

Quand je fais plus rien, moi

Je coûte moins cher

Que quand je travaillais, moi, d’après les experts

J’me tuais à produire pour gagner des clous

C’est moi qui délire, ou qui devient fou?

J’peux plus exister là, j’peux plus habiter là

Je sers plus à rien, moi, y’a plus rien à fair

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