LIBAN : Bachar Mar Khalifé, « Ya Balad »

0-Bachar Mar KhalifeBACHAR MAR KHALIFÉ, Ya balad, Infiné

La douleur de l’exil a une B.O. : le dernier album de Bachar Mar Khalifé, «Ya Balad» (Ô pays). Alors que les millions de réfugiés syriens qui fuient leur pays dévasté par la guerre sont au coeur de l’actualité, ce disque, d’un pays tout proche, et qui a connu, aussi, pendant les 20 ans de sa guerre civile (1975-1994), des vagues d’exil qui ont porté des millions de Libanais hors de leur pays, nous parle, mieux que mille articles de journaux ou photos spectaculaires, de la douleur de perdre son pays.

«Kyrie Eleison» : le titre qui ouvre le disque est une prière, en arabe:

Ya Rab sarli mit sana

Basoum wa bessalli, erhmani

Ghanaa’i li ajlak Ya Rab

Somti li ajlak Ya Rab

(Mon Dieu cela fait cent ans

Que je jeûne et que je prie, bénis-moi

Mon chant est pour toi Mon Dieu

Mon silence est pour toi Mon Dieu)

L’artiste a même intégré des sons d’orgue, qui sonnent très religieux, dans son disque.

Et «Ya Balad», qui donne son titre à l’album, est un morceau magnifique, tout en pudeur, avec un accompagnement simple et essentiel au piano :

Weynak ? Echta’tellak

Sowtak, bassmatak

Erjaali, betrajjak

Ya balad ahli

(Où es-tu ? Tu me manques

Ta voix, ton sourire

Reviens-moi, je t’en supplie

Ô pays de mes parents)

De nombreuses compositions, à l’instar de «Kyrie Eleison», sont des prières – le titre «Madonna», dédié «aux petits anges disparus trop tôt» inclut même des «Alleluiah» chantés par l’artiste…

Il faut prendre note de ce retour du spirituel dans ce que nous chantent désormais les artistes, à commencer par les du Sud,: après le pianiste de jazz arménien Tigran Hamasyan qui commémorait dans son dernier album, «Luys y Luso» le génocide de son peuple à travers la tradition musicale religieuse chrétienne de son pays ; après la multitude d’artistes africains qui n’ont jamais été coupés de leur spiritualité, et nous chantent, de Youssou N’dour au Sénégal à Malouma en Mauritanie, «La ilah illallah» – «Il n’y a de dieu que Dieu», profession de foi musulmane ; après la foule d’artistes noirs américains qui nous ont chanté, directement venus du gospel qui est du chant religieux, des tubes tels que «Oh Happy Day» (… «when Jesus washed my sins away»» ou, comme Aretha Franklin, « I say a little prayer for you» … 

Mais rappelez-vous Brassens chantant «La prière» («Je vous salue Marie…») sur un poème de Francis Jammes, ou Brel avec sa «Prière païenne». Au fond l’oeuvre de nombreux artistes en musique ne peut-elle finalement se réduire à une immense prière : donner de l’espoir, de la joie, ou au moins un petit réconfort. Comme ce sont aujourd’hui les pays du Sud les plus meurtris par la vie et par l’Histoire, nul hasard si c’est du Sud que ces prières-en-musique nous parviennent en plus grand nombre aujourd’hui…

«Oh Happy Day» par Aretha Franklin :

Brassens, «La prière» :

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