FRANCE : Manu Théron, Chants rebelles occitans

Manu Théron, Youssef Hbeisch, Grégory Dargent : Sirventès (Accords Croisés)

MANU THERON

Soyons clairs : ce n’est pas le disque que vous choisirez pour mettre de l’ambiance pour recevoir vos amis à dîner, ou en musique de fond dans votre boutique pour appâter le chaland. Mais ce recueil de chansons occitanes médiévales est un petit trésor pour qui s’intéresse :

– à la poésie en France et à son histoire ;
– à la chanson en France et à son histoire ;
cette dernière n’étant que la version mise en musique de la précédente, pour permettre à tous de mieux la mémoriser !

Le label Accords Croisés poursuit ainsi son oeuvre patiente d’édition, au fil des ans, du patrimoine chanté de l’Humanité, véritable projet musicologique mené par une petite – mais vaillante ! – entreprise privée !

Dans le livret, remarquablement documenté comme toujours chez ce label, le chanteur marseillais Manu Théron, qui se consacre depuis quelques années à redonner vie au répertoire et à la langue occitane – y compris lorsqu’il chante ses propres compositions et nous parle de la Marseille d’aujourd’hui ! – nous explique le sens de ces poésies dites «Sirventés», qui constituaient, à côté des poésies d’amour, l’autre genre majeur de la poésie – et par conséquent des chansons – en France au Moyen-Age.

Le Sirventés désignait des chansons rebelles, qui critiquaient et dénonçaient les agissements des puissants – clercs et princes. Et ces chansons furent – avec les poésies d’amour courtois – les premières à être écrites en langue romane et non pas en latin : pour les arabophones, cette révolution équivaut à celle qui vit l’irruption des dialectes – égyptien, marocain,… – dans la littérature, au lieu de l’arabe classique, langue des élites lettrées.

Autrement dit : ces chansons furent conçues pour être comprises – et reprises – par le plus grand nombre : entreprise plus que rebelle : véritablement révolutionnaire ! Qu’on juge de quelques paroles :

«La buse et le vautour
Ne reniflent pas plus vite la chair puante
Que les religieux ou les prédicateurs
Ne détectent la maison du riche.
Sans attendre, ils se font des amis,
Et quand la maladie le terrasse,
Ils lui extorquent un testament
Qui dépouillera ses héritiers..»

Ou encore, chantée par une dame, à l’époque où les mariages forcés concernaient la France aussi :
«Me voici maintenant déchue
Car je suis offerte à un infâme
Par le seul pouvoir de ses richesses.
Et je mourrais
Si je n’avais un amant
A qui confier mon désespoir…»

Le chant de Manu Théron est parfaitement mis en valeur par le ‘oudiste Grégory Dargent et le percussionniste Youssef Hbeisch, et des plages instrumentales permettent au silence des mots de s’installer, comme pour faire mieux réfléchir aux paroles…

Et comme il ne s’agit pas de «conserver» un patrimoine mais de le faire vivre, nos trois artistes adaptent librement les mélodies anciennes – qui étaient consignées par écrit – pour créer un tempo et une ambiance qui parlent à notre oreille aujourd’hui.

Un seul cd, mais un grand pas dans la connaissance et la diffusion de l’histoire de la musique populaire en France.

http://www.accords-croises.com

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