FRANCE-ESPAGNE: JUAN CARMONA, El sentido del aire, Le chant du monde/Harmonia Mundi


Et d’abord un hommage: Bernard Coutaz, le fondateur du label Harmonia Mundi, à qui nous devons tant de découvertes dans les musiques du monde – et dans les autres types de musique aussi, du baroque au contemporain, car l’homme était curieux – vient de décéder, à l’âge de 88 ans. Heureusement pour nous, l’entreprise qu’il a créée, et qui est aujourd’hui une multinationale employant plus de 300 employés, lui survit.


Né à Lyon en 1963 dans une famille rapatriée d’Afrique du nord et d’origine espagnole, Juan Carmona, qui commence à jouer à 10 ans et qui, comme il le raconte, “du plus loin qu’il s’en souvienne, n’a jamais rêvé que d’Andalousie”, se forme d’abord à la guitare classique (il a enregistré un disque de de Falla), puis part se plonger dans le monde du flamenco dans l’un de ses épicentres en Espagne, Jerez de la Frontera. Il y a passera 8 ans, et recevra dans ce pays de nombreux prix et récompenses, dont le Premier Prix du Concours de Madrid, des mains de Paco de Lucia. Deux de ses albums ont été nominés aux Latin Grammy Award: “Orillas” en 2003, et sa “Sinfonia flamenca”, en 2006, créée par l’Orchestre philharmonique de Bulgarie, et jouée depuis par d’autres orchestres.

           Sur la pochette de ce neuvième album, “El sentido del aire”, on voit en gros plan le visage d’un homme heureux, et sur le cd, gros plan sur sa main, ornée d’un bracelet en argent à breloques – Juan Carmona revendique son âme gitane. Dès le premier morceau, qui donne son titre à l’album, le douloureux chant gitan est là, qui accompagne la guitare – et les voix masculines et féminines, en solo ou en choeur, ainsi que les palmas, les frappes de mains, se succèdent tout au long du disque, l’enracinant dans la traduction séculaire du flamenco, où guitare et voix dialoguent incessamment.

          A des pièces vives et rapides (comme “La estrella que me guia”) succèdent des compositions totalement instrumentales ou presque, plus mélancoliques (comme “Camino de la memoria” ou “Soleariyas”), et on aime bien ces pièces où la voix de la guitare chante pour elle seule, et nous parle, les voix chantées se faisant alors plus effacées et plus douces.
Carmona aime aussi le jazz – il a joué aux côtés de Bireli Lagrène, Philip Catherine, Jan Garbarek et d’autres – et il entraîne parfois sa musique vers des rythmes plus swingés (comme dans “La Gachi”). Et plus le CD se déroule, plus Juan Carmona va vers son pays à lui, moins exubérant, plus intérieur, où sa guitare devient totalement libre, prenant là des accents de balade folk, empruntant ici à des rythmes africains, ou se risquant ailleurs à des effets bruts d’assonances comme en musique contemporaine. Car Carmona aime aussi s’ouvrir à d’autres mondes, et a joué aux côtés du violoniste indien Subramanian ou d’une chanteuse ouzbèke. Un album délicieux de bout en bout, que vous aurez plaisir à écouter, et à offrir. Et pour ceux qui sont en France et en Belgique, l’artiste est en tournée jusqu’en avril. Toutes les dates sur son site web.
Le voir jouer:
www.youtube.com/watch
www.juancarmona.com

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