LIBAN: ABAJI, « Origine Orients », Absilone/Distr. Harmonia Mundi

Incroyable Abaji ! Voilà un musicien, polyinstrumentiste, qui joue non seulement de plusieurs instruments, ce que d’autres font aussi, mais qui réalise la prouesse de les jouer: en même temps !!! Les vidéos prises pendant l’enregistrement de ce 6° album le montrent, comme il le fait sur scène, jouant par exemple d’un saz turc (luth à long manche) de la main droite, en se servant d’une flûte en bambou de Bali à la main gauche, qui tantôt, en pinçant les cordes sur le manche à divers endroits, fait fonction de “main gauche” de cet instrument à cordes, tantôt, portée à la bouche, est jouée comme une flûte; le tout rythmé par des clochettes accrochées à chacune de ses deux baskets, qui rythment l’ensemble, une autre percussion étant ajoutée par un pied qui frappe un support de bois…

         Sur un autre morceau de sa composition, Abaji joue du duduk, ce hautbois arménien; sur un autre le kemencheh, violon indo-persan à long manche et dont la caisse de résonance a la forme d’un petit luth. Abaji, qui adore aussi transformer les instruments, s’est même fait fabriquer une guitare-saz sur laquelle il joue… avec un archet ! Et si vous voulez voir tout cela de vos yeux, c’est très simple: http://abaji.free.fr.free.fr/index.php?/project/videos/ .

           Nous avons été séduite par cet artiste, autodidacte passionné, voyageur infatigable, et qui n’aime ni se cantonner à un seul instrument ni à une seule tradition musicale. C’est dans ses gènes, comme il l’illustre musicalement dans ce dernier album, et comme il s’en explique dans le livret: car Abaji est né au Liban d’un père “arméno-gréco-syrien né à Smyrne” (aujourd’hui Izmir, 2° port de Turquie après Istanbul, face à la Grèce) et d’une mère “arméno-syrienne née à Istanbul”. Les deux s’étant rencontrés au Liban, “pays de tous les exilés”. Porteur de toutes ces traditions musicales, et des “cinq langues de (sa) famille”, Abaji a aussi choisi de chanter ici dans ces cinq langues, pour la première fois: le Français, sa langue maternelle, comme bien des Libanais de la bourgeoisie, “langue des minorités du Levant”; l’arabe, “langue de la rue de Beyrouth, de (ses) amis de toujours”; le turc que sa mère et ses tantes parlaient “pour qu’on ne comprenne pas ce qu’elles disaient”; le grec, “langue dans laquelle (son) père et (sa) mère se sont dit les premiers mots d’amour et qui était la langue de la fête lors des retrouvailles en famille”; et enfin l’arménien, “racine cachée, racine arrachée, qui est passée à travers les roches et les massacres, langue qu’(il ne) parle pas mais qui (lui) parle intensément”.

        Au total un album plein de sonorités aussi riches que l’héritage génétique de l’artiste, lequel a sans doute hérité, par ses racines familiales, d’un talent inné de parler mille langages musicaux – mais les milles langages d’une région bien déterminée, cette région Nord-Est de la Méditerranée, dont les frontières musicales tendent vers l’Inde et la Perse, comme en attestent les titres de ses compositions: “Saz dance”, “Turkish Gypsy”, “Desert to desert”, “Rayeh” (“je pars” en arabe), “Anatolia”, “Black Sea Blues”, “Steppes”… Région qui a connu tant de brassages de population depuis l’époque d’Alexandre le Grand qui le premier unifia la région; brassages qui ont été subitement stoppés par les Indépendances et les nationalismes nés au XX° siècles, et leurs “identités meurtrières”… qui ont conduit Abaji en France, il y a 33 ans de cela…

www.abaji.net

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